CENT SEIZIÈME LEÇON
Le choléra indien.
(suite.)
Accidcnls cholcriformes et fromages putréfiés. — Lyon, h. sol humide, cl Versailles, à sol sec, également indemnes du choléra. — Choléra et quarantaines, — Choléra et congestions viscérales : état du plexus solaire.
Messieurs,
Nous avons vu ensemble dans la dernière leçon qu'il était illusoire de cherclier une eau sans microbes et que d'ailleurs le degré de pureté ou d'impureté n'était pas en rapport avec la présence ou l'absence de ces bactéries. J'ose dire qu'il est tout aussi illusoire de vouloir trouver le microbe spécifique du cboléra.
Je vous ai dit quels accidents, souvent cbolériformes, déterminait l'ingestion de viandes ou de poissons putréfiés. Eh bien, on peut observer les mêmes troubles à la suite de l'ingestion de fromages altérés.
Voici les faits : « Nombreux cas d'empoisonnement par des fromages putréfiés. — A la réunion de juillet dernier de la Commission sanitaire du Micbigan (Amérique), le docteur H.-B. Baker a présenté un rapport sur quatre faits d'empoisonnement par des fromages, survenus de mai à juin. Le nombre des personnes ayant mangé de ces fromages s'élevait à cent soixante-quatre; toutes furent prises d'accidents semblables : « vive douleur et « sentiment de brûlure à l'estomac, vomissements et évacua- « tions alvines intenses, petitesse extrême du pouls, froid des « extrémités et tendance au collapsus. » Toutes guérirent. Les fromages incriminés avaient la bonne apparence ordinaire ; mais coupés ou rompus, ils laissaient s'écouler un liquide de leur intérieur.
« Le docteur Vaughan [fut appelé à analyser des fromages de lî^ même fabrication. Il ne trouva rien de défectueux ni dans les
LES CHOLÉRIQUBS.
cuves, ni dans les moules, ni par ailleurs. L'analyse ne lui fit découvrir ni arsenic, ni cuivre, ni plomb, ni aucun autre poison métallique.
■ « A la coupe, les fromages laissaient suinter un liquide blanchâtre dans lequel l'examen microscopique lit découvrir un certain nombre de microorganismes. Le liquide en question était fortement acide. Depuis de longues années, dit M. Vaughan, l'attention a été portée sur de semblables empoisonnements, et des recherches spéciales ont été faites sur ce sujet, particulièrement en Allemagne. Pour quelques-uns, la substance toxique provient d'un lait infectieux; pour d'autres, elle réside dans la formation û'acides gras; mais la cause de la toxicité des fromages reste encore méconnue (1). »
Vous remarquerez qu'ici encore on ne signale pas les crampes, tout comme dans les cas de bolulisme et dans l'épidémie de Lorient. Quoi qu'il en soit, quand une substance animale se putréfie, que ce soit de la viande de porc, de la morue ou du lait (2), il se développe dans son intérieur des substances toxiques, causant des empoisonnements parfois dangereux, que ce poison engendré soit d'ailleurs un alcaloïde comme les ptomaïnes ou un acide gras. Le tableau clinique que l'on observe simule celui du choléra ; celui-ci n'est d'ailleurs que l'expression maximum de l'infection par un poison d'origine animale.
Je suis amené ainsi tout naturellement à vous parler de l'étiologio du choléra indien se développant là oti tous les éléments d'insalubrité se trouvent réunis.
Aujourd'hui, je veux pousser plus loin l'étiologie ; nous avons vu naître l'infectieux, voyons maintenant comment il se propage. 11 n'est pas douteux que le choléra ne soit contagieux; mais cette contagion est relative et ne s'opère que dans des conditions déterminées. La transmissibilité peut s'opérer par des moyens bien variés ; elle peut se faire par les caravanes en Egypte, par exemple, par les navires arrivant de pays contaminés, et c'est par cette voie que le choléra a toujours pénétré
(1) Revue sanitaire de Bordeaux et du Sud-Ouest, 10 octobre 18S4. (Extrait du New York M edicat Journal, numéro du 26 juillet 1884.)
(2) Voir plus haut la leçon sur le Choléra infantile.