LYON ET VKRSAILLES SANS CHOLÉRA
en France. Les matières vomies, les déjections alvines, les vêtements d'un cliolérique, peuvent servir de véhicule à la conlagion ; dans ce cas, la puissance de transmissibilité diminue
mesure que l'on s'éloigne du foyer cholérique. Il est de notion vulgaire que des personnes ayant séjourné môme un temps très court auprès de cholériques ont présenté peu après les premiers symptômes du mal. Un exemple frappant s'est produit à Marseille pendant la dernière épidémie : une religieuse, fatiguée et épuisée par les soins dévoués qu'elle donnait à ses malades, fut prise de choléra cinq à six heures après avoir déshabillé un jeune enfant qui n'était pas cholérique, mais dont le père et la mère venaient de mourir du choléra.
D'autre part, si des matières fécales provenant de cholériques s'infiltrent dans le sol, il n'est pas douteux que l'eau, qui renfermera le poison, ne soit contagieuse. Ainsi peuvent s'expliquer les cas où la transmission a eu lieu par l'intermédiaire d'une eau qui paraissait pure. Si la transmission peut se faire par l'eau, il ne s'ensuit pas qu'elle n'ait lieu que par ce moyen.
Vous savez la théorie de Pettenkoffer : les épidémies de fièvre typhoïde surviennent quand le niveau de la nappe d'eau souterraine s'abaisse ; il en serait de môme pour le choléra. . Ainsi, sécheresse du sol, pulvérisation de ses couches les plus superficielles, et par suite volatilisation des microbes qu'elles contiennent.
. Cétte théorie est, battue en brèche par les faits observés à Lyon et à Versailles, villes qui, toutes deux, ont joui jusqu'ici de l'immunité cholérique.
La ville de Lyon, arrosée par deux fleuves, a toujours une mppe d'eau souten-aine très haute. Voilà Lyon qui semble obéir à la loi de Pettenkoffer, quant au choléra. Cependant elle y est rebelle quant à la fièvre typhoïde, car le professeur Teissier père ayant recherché dans cette ville si la doctrine du médecin de Munich était exacte, relativement à cette fièvre, a constaté, au contraire, que les épidémies do dothiénentérie avaient coïncidé avec une surélévation de la nappe d'eau.
D'autre part, dans Versailles, qu'aucun fleuve ne baigne, le sol est toujours sec, et si la doctrine de Pettenkofl"er était vraie,
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celle ville devrail ôlre ravagée par le choléra; c'esl précisémenl l'inverse que l'on observe; el voilà Versailles qui désobéit quant au choléra à la loi de Pellenkofi'er.
Il faut donc ici avouer notre ignorance et reconnaître que nous ne connaissons pas la cause de celte immunité.
A Paris môme, et dans celte épidémie de 1884, le transport exclusif par l'eau du microbe cholérique est en désaccord avec l'observation; ainsi, dans l'épidémie acluelle, le quartier de Montmartre, où les habitants recevaient de l'eau de Seine polluée et Infecte, a été l'un des moins atteints, et il tie vient qu'après le quartier des Champs-Élysées, qui buvait de l'eau de source pure ou des eaux minérales.
D'ailleurs, quelle que soit l'opinion émise sur la nocuité de l'eau en matière de choléra, il y a un point qui domine toute l'étiologie : c'est la question de la réceptivité organique, de Vopportunité morbide. Ce sont les individus débilités et sans résistance qui sont frappés, les vieillards et les jeunes enfants d'une part, les déprimés par les excès d'autre part. Il en est ici comme de l'influenza (i). Si, tout en tenant compte de la densité de la population, on compare le chiffre de la mortalité d'une période de dix années pendant laquelle a sévi le choléra, et celui de la décade suivante ou précédente, on voit que le chiffre est sensiblement le même. Ainsi, de 1832 à 1842, il n'y a pas eu plus de mortalité que de 1822 à 1832. C'est que le choléra ne frappe qu'une certaine catégorie d'individus, il balaye les débiles, ceux dont l'organisme offre le moins de résistance.
Si le choléra peut être transmis par l'eau, il peut l'être aussi par l'air, et je deviens alors plus contagionniste que les partisans de la théorie aquatique! Pendant l'épidémie de cette année, un cholérique arrive à Arles, venant de Marseille ; quelques jours après, dit le docteur Queirel, un cas se déclare dans la partie la plus élevée de la ville. Comment s'est faite la transmission dans ce cas? Ce n'est évidemment pas par l'intermédiaire de l'eau, les cours d'eau ne procédant pas des parties basses vers les parties hautes. Le poison venant du cholérique de Marseille n'a donc pu être transporté que par l'air.
(1) Voir plus haut, leçon cvi, page 319.