‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 155 sur 287 · CHOLÉRA ET QUARANTAINES · texte numérisé non relu

CHOLÉRA ET QUARANTAINES

Un jeune médecin, fort instruit, qui a observé à Naples pendant la dernière épidémie, me communique un fait du môme genre.

« Le village d'Alfédéna, renfermant 400 habitants, est situé à 700 mètres au-dessus de la mer, sur le sommet de la montagne. Malgré toutes les précautions de l'isolement, des quarantaines et d'un lazaret placé hors du village, le choléra a fait des ravages, car tous les jours il y avait sept à huit décès, ce qui fait une mortaUtc plus forte qu'à Naples, en tenant compte de la population de cette ville. »

Là aussi, la contagion a dû se faire par l'air ; le mode de transmission est indiscutable et ne peut être nié.

Quant à la prophylaxie, elle se déduit aisément de ce que nous savons de l'étiologie. L'application des quarantaines maritimes, sagement pratiquées, est encore jusqu'ici le meilleur moyen pour empêcher le choléra de s'étendre au delà du pays où il est endémique. A ce point de vue, l'Égypte a fait une expérience qui lui a coûté cher. Tant qu'elle est restée sous la domination de la France, tant que notre éminent collègue le docteur Fauvel a eu l'autorité nécessaire pour rendre obligatoires les quarantaines des pèlerins de la Mecque, ainsi que celles des navires venant de pays contaminés, tant qu'une investigation scrupuleuse a été faite avant de permettre l'entrée sur le sol égyptien, l'Égypte n'a pas été visitée par le choléra. Mais du jour où les Anglais s'en sont emparés, les quarantaines n'ont plus été mises en vigueur et le résultat ne s'est pas longtemps fait attendre. Damiette, puis le Caire ont été bientôt ravagés par le mal cholérique. Ainsi donc « pas de quarantaines et choléra », « quarantaines et pas de choléra »; ily a plus qu'une coïncidence, il y a une relation indubitable entre ces deux termes.

Sans doute les quarantaines maritimes, avec leurs affreux lazarets, ne sont pas l'idéal de la préservation; mais en attendant {et ce ne sera pas demain) qu'on ait modifié, ainsi que le propose mon savant ami le professeur Kelsch, « les milieux, le sol, l'eau, les habitations », elles sont encore, suivant l'expression

du docleur Vallin, « un pis-aller » que je dis préférable au « laisser-aller ».

Le professeur Trolard, d'Alger, propose, comme mesures propres à les remplacer, a l'inspection sanitaire à l'arrivée des bâtiments suspects, l'isolement des passagers voyageant en groupes, l'isolement des malades et des suspects dans un hôpital spécial, la désinfection à quai des bagages et des marchandises » (ce ne sera pas toujours facile); mais il conseille surtout «l'assainissement des villes, la patente netté des villes (tenues en état de propreté rigoureuse), des bureaux municipaux d'hygiène et, chaque fois qu'une épidémie éclaterait dans une ville, l'état de siège épidémique de cette ville, c'est-à-dire la concentration entre les mains du maire de tous les moyens propres à combattre le fléau (i) ».

Mais si les quarantaines maritimes sont encore le rempart le moins ineflicace, ne pourrait-on pas espérer qu'il en serait de même pour les quarantaines terrestres ? Ici, c'est tout l'opposé ; elles sont dangereuses et illusoires. En effet, les cordons sanitaires sont formés de soldats qui se trouvent en rapport avec les habitants des lieux contagionnés. Aussi sont-ils exposés à contracter le choléra. Que l'un d'eux en soit atteint, il devient une cause de contagion pour les autres, et peut être le point de départ d'un nouveau foyer. C'est ainsi que les cordons sanitaires deviennent un moyen de transmission du choléra, au lieu d'en empêcher l'extension ; ils sont un trait d'union entre les cho-' lériques et ceux qui ne le sont pas. Les pays qui les ont mis en usage, l'Italie par exemple, ont été les plus ravagés.

Le choléra une fois débarqué, il est illusoire de vouloir arrêter sa marche en voulant créer des barrières qu'il franchira sûrement. Mais ce que l'on doit faire, c'est améliorer l'hygiène et se mettre en garde contre la contagion possible.

Dans ce but, on a conseillé, et avec raison, je crois, ne serait' ce que dans le but de rassurer les masses, d'user de désinfectants : solution de permanganate de potasse au centième, ou de

(1) De la prophylaxie des maladies exotiques, importables et tra7ismissi(/les, par le docteur Trolard, professeur îi l'École de médecine d'Alger. Alger, 1891, — Excellent travail, oti règne l'esprit médical le meilleur.

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