‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 156 sur 287 · HYGIÈNE ET CHOLÉRA · texte numérisé non relu

HYGIÈNE ET CHOLÉRA

sulffilo de fer au huiliôme, ou des acides à dose faible : acides nitrique, phénique,au centième. On fera ainsi disparaître l'odeur inieclc des matières fécales et des objets qui auront servi aux cholériques, mais ou n'aura pas, pour cela, anéanti le poison cholérigône. Comme l'a spirituellement dit mon excellent ami et collègue le professeur Brouardel, « on confond ce qui pue avec ce qui tue ». J'aimerais mieux, en tout cas, l'emploi des acides, car peut-être forment-ils avec les ptomaïnes des combinaisons qui atténuent leur puissance vénéneuse.

La meilleure prophylaxie consisterait à supprimer les causes deTéclosion du poison cholérique sur les bords du Gange et à la Mecque. Ce rêve, qui peut paraître une utopie digne de l'abbé de Saint-Pierre, n'est pas impossible à réaliser. C'est une question de temps et d'hygiène.

Il faut bien savoir que le choléra et la fièvre jaune ne sont pas des maladies spéciales, l'un à l'Inde, l'autre aux Antilles. Nous avons en Europe leurs analogues. Ainsi le typhus d'Irlande, le relapsing fever, ou fièvre à rechutes, a bien des points de commun avec la fièvre jaune ; ce n'en est qu'une forme atténuée, et l'atténuation est due à la différence des climats. Supprimez la misère de l'Irlande et vous verrez disparaître cette ébauche de fièvre jaune.

Nous avons vu qu'il en est de même pour le choléra, qu'il existe toujours dans notre pays, à certaines époques de l'année, sous forme de choléra dit nostras. Mais il reste isolé et non contagieux, à cause de nos bonnes conditions de salubrité. 11 ne doit qu'à des infractions graves à l'hygiène dans l'Inde d'y être si violent, si meurtrier et si transmissible.

La peste elle-même, qui a causé tant d'épouvante dans les siècles passés, a pu être can tonnée et ne sévit plus que dans des parties restreintes de la Perse. Elle a dû reculer devant les mesures hygiéniques prises contre elle, et ses invasions, jadis si redoutables, ne sont plus à craindre.

Il en sera de même pour le choléra le jour où l'on aura appliqué les mêmes prescriptions rigoureuses, le jour oh l'on aura lodifié l'hygiène des populations au milieu desquelles existe le oyer perpétuel du fléau. C'est une question de civilisation qui

marche. Ce n'est pas en cherchant le microbe qu'on combattra le choléra, c'est en étudiant les causes qui rendent ce mal endémique en certaines contrées, qu'on trouvera le moyen le plus sùr de le déraciner sur son lieu même d'origine.

J'arrive à la partie classique ;du choléra, à l'élude de son anatomie pathologique et de sa symptomatologie. Je n'entrerai pas dans de longs détails, car tous vos auteurs ont longuement insisté sur ces deux points. Je n'appuierai que sur certaines particularités qu'il m'a été donné d'approfondir davantage pendant cette épidémie. Je vous ai présenté des pièces provenant d'un cholérique mort dans mon service (1). Je vous ai fait remarquer le degré de congestion de l'estomac dont la muqueuse, d'un rouge pourpre, présentait çà et là de véritables ecchymoses.

Le plexus solaire était hyperémié.

Voici le résultat de l'examen fait par mon chef de clinique, Le docteur Siredey :

Des ganglions semi-lunaires et de petits ganglions recueillis sur le trajet du plexus solaire provenant de divers cholériques morts dans mon service à la Charité ont été examinés au laboratoire d'histologie de l'amphithéâtre des hôpitaux.

A l'œil nu, ces ganglions ne présentent rien de particulier; leur coloration paraît cependant un peu plus rouge qu'à l'état normal.

Mais des coupes faites après séjour dans l'acide osmiqueaa centième et durcissement par l'alcool absolu montrent nettement la congestion intense de ces ganglions.

Les capillaires sanguins qui les parcourent sont absolument remplis de globules rouges qui les distendent, sans que l'on constate cependant de rupture de leurs parois. On peut suivre ainsi la distribution des vaisseaux sanguins sur les coupes avec plus de facilité qu'on ne le ferait sur des pièces injectées artiûciellement. Cette accumulation des globules rouges dissocie sur quelques points les fibres nerveuses et même les cellules ganglionnaires, mais on ne distingue pas de véritables foyers hémor' rhagiques ni même d'embolies vasculaires. Les endolhéliums des capillaires ne sont pas altérés.

(1) Voir pluB haut, leçon cxiv, page 42S.

HYPERÉMIES VISCÉRALES. '<65

Les cellules ganglionnaires ont conserve leur apparence normale ; elles ne sont le siège d'aucune dégénérescence atrophique ou graisseuse. Les fibres de Remak, dans l'épaisseur des ganglions et sur leurs bords, sont normales.

En résumé, la lésion fondamentale consiste dans une liyperémie manifeste du système gam/lionnaire.

Il serait d'ailleurs peu admissible que les nerfs qui émanent d'un organe aussi congestionné que l'esLomac ne fussent pas, eux aussi, congestionnés.

Du côté de l'intestin grêle, on a signalé de la psorentérie. Elle consiste dans une hypertrophie notable des follicules solitaires et agminés, due à l'infiltration glandulaire et à la prolifération cellulaire. Elle est le résultat de la fluxion qui se fait du côté de l'intestin grêle, fluxion se traduisant par une exagération de sécrétion, d'oii le flux séreux. Il est remarquable que, dans le» quelques autopsies que j'ai faites, je n'ai pas rencontré cette psorentérie. Mais c'est cependant un fait habituel signalé par tous les auteurs.

Le foie est également hyperémié, il ne subit pas d'augmentation de volume, mais il est plus vasculaire ; ainsi s'explique la diarrhée bilieuse du début, indice d'une polycholie exagérée.

L'altération du tissu adénoïde de l'intestin a été aussi signalée, et l'on a dit que c'était à son hypérémie qu'était due la leucocytose de choléra ; je crois que celle-ci reconnaît une autre cause :. la diminution considérable du sérum du sang.

La raté, à l'inverse de ce qu'on voit dans les maladies infectieuses, est petite, rouge, résistante et non diffluente.

Cependant, par bien des points, le choléra se rapproche des maladies typhiques : le poison qui l'engendre est d'origine animale, les glandes intestinales s'hypertrophient et prolifèrent, enfln la période de « réaction typhoïde » se manifeste par les symptômes grossiers de celte dernière affection et, à cette période, la rate augmente de volume. De plus, au point de vue clinique, on observe, dans le cours du choléra, des éruptions diverses, qui ne ressemblent point à celles de la dothiénentérie, mais qui sont analogues à celles des maladies infectieuses en général.

Peter. — Clin. méd. m. — 30

Le cœur, en systole excessive, est vide de caillots ou à peu près. Il subit souvent la dégénérescence graisseuse rapide, ce qui explique la mort par syncope.

Les reins présentent presque toujours l'injection et l'inQltration de leur portion tubuleuse. La substance corticale est pâle, au contraire, et a subi une dégénérescence plus ou moins avancée. Les tubuli contorti contiennent des bactéries en grand nombre; d'où, a-t-on dit, une népbrite infectieuse, due à l'élimination des bactéries à travers le rein. On a beaucoup discuté sur la nature de cette népbrite: pour Vircbow, il s'agirait d'une néphrite catarrbale; Frerichs en fait une néphrite croupale; d'autres ont pensé que c'était une néphrite parenchymateuse. Ce qui est certain , c'est qu'il y a hyperémie rénale pouvant aller jusqu'à la néphrite, car on a vu mourir du mal de Bright des individus qui, à la suite d'une attaque de choléra guérie, avaient conservé une altération des reins. ' 11 est remarquable de voir que cet état des reins s'accompagne pendant un certain temps d'une anurie vraie , d'une absence complète de sécrétion urinaire. Mais aussitôt que le mieux apparaît 5 il y a exagération en sens inverse , les reins laissent transsuder une grande quantité de sérum, il y a polyurie très abondante, pouvant aller jusqu'à 7 et 8 litres d'urine dans les vingt-quatre heures, comme chez un de mes malades. Il s'agit là, je crois, d'une véritable sérumurie.

Sur 43 malades entrés dans mon service, il sont morts, ce qui donne une moyenne de mortalité de 39 pour 100, moyenne bien inférieure à celle donnée par les auteurs (I).

L'examen des urines a fourni, d'une façon générale, les résultats suivants : l'albumine, le sucre et l'indican ont été presque constants au début de la période de réaction. Leur quantité a été des plus variables et sans rapport avec la gravité de la maladie; cette quantité variait d'ailleurs non seulement chez les différents malades, mais encore chez le môme malade d'un jour à Vautre.

: Au point de vue de l'urée, il y a eu presque toujours une

■]) Voir plus loin, leçon cxix.

l'urine chez les cholériques. 467

véritable débâcle pendant la période de réaction et surtout pendant la convalescence.

Voici l'examen des urines de 16 malades de mon service :

Albumine et peptone. — La présence de l'albumine a été constatée dans 10 cas sur 16. La proportion de cette albumine n'a pas été déterminée par le dosage. Assez forte au début, à en juger par le coagulum formé par la chaleur, elle disparaissait en général rapidement, parfois du jour au lendemain. En outre, on a pu constater la présence de faibles quantités de peptone ou albuminose dans plusieurs cas.

Sucre. — La présence du sucre a été constatée dans 7 cas sur 16. La quantité de glycose est généralement peu élevée. La plus forte proportion a atteint 6 grammes par litre ; un autre malade a présenté 4 grammes par litre ; dans les autres cas, la proportion était supérieure à 2 grammes par litre.

Polyurie et urée. — Cinq malades , qu'on a pu suivre dès le moment où cessait la période d'anurie, ont été plus spécialement examinés à ce point de vue. En voici quelques exemples :

A. Polyurie. — Premier cas: 3 litres d'urine pendant trois jours. Deuxième cas : 4 litres d'urine pendant trois jours. Troisième cas : débute par 3 litres pour aller jusqu'à 7 et

8 litres les jours suivants. Chez ce malade la polyurie persiste après neuf jours.

B. Urée. — Proportion généralement élevée.

Premier exemple : débute par 38 grammes d'urée et s'élève à 40 grammes les deux jours suivants.

Deuxième exemple : débute par 37 grammes, 27 grammes le lendemain et 40 grammes le surlendemain.

Troisième exemple : débute par 25 grammes pour en donner 50 grammes le lendemain et 47 grammes le surlendemain.

(Ces chiffres se rapportent à vingt-quatre heures.)

Sur ces 5 malades, tous ont offert de la polyurie à un degré plus ou moins élevé, et 4 ont excrété une quantité d'urée supérieure à la normale.

Notez celle polyurie et cette glycosurie qui montrent la part considérable que l'on doit réserver au système nerveux dans l'explication des phénomènes symptomatiques du choléra. Il est

/i8S LES CHOLÉRIQUES.

certain qu'il y a une pertui-bation profonde des fonctions du bulbe. Je ne crois pas que le choléra soit une maladie primitivemenl nerveuse, comme le soutiennent quelques auteurs, mais je crois à une atteinte, à une localisation du poison du côte du système nerveux (1).

(l) Voir plus loin la leçon 3ui' la Polyurie, la Glycosurie et le Diabète.

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