‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 158 sur 287 · DISSIDENCES SUR LE BACILLE-VIRGULE · texte numérisé non relu

DISSIDENCES SUR LE BACILLE-VIRGULE

Un seol bacille peut, par sa pullulaLion rapide et innombrable, empoisonner un individu. C'est môme ce qui doit se passer dans les cas foudroyants; si dans ces cas on n'a pu retrouver ce seul et unique coupable, c'est qu'on a mal cherché. »

Que d'hypothèses et d'invraisemblances ! Un microbe (qu'il est parfois impossible de trouver) sécréterait, à lui seul, la ptomaïne du choléra ; et l'organisme tout entier du cholérique, dans des conditions d'hygiène ultra-mauvaise, serait impuissant à fabri' quer cette toxine (1) !

(1) Il s'en faut bien d'ailleurs que, en 1S91, sept ans après la découverte de Koch, les bautériologues soient d'accord sur l'existence du bacil'e-virgule €t sur son rôle patliogénique. Voici ce qu'on en a dit dans le Congrès international d'hygiène et de démographie, tenu à Londres du 10 au 17 août 1891 :

M. le professeur Hueppe (de Prague) rapporte ses recherches sur le bacillevirgule, sa morphologie, ses réactions. Il décrit les différents modes de culture qu'il a employés ainsi que les résultats obtenus par des tentatives d'inoculation sur des animaux; ces inoculations ont provoquéla mortaveo tous les symptômes du choléra. Ses recherches constituent donc un progrès sur celles de Koch.

M. le docteur Klein (de Londres) dit que ses propres expériences ne lui permettent pas de partager L'opinion de M. Hueppe. Il ne pense pas qu'on trouve, ilans tons les cas de choléra, des bacilles-virgules en nombre suffisant pour provoquer la maladie. Il rappelle que le docteur Cunniugham (de Calcutta) a recherché avec grand soin, dans une dizaine de cas, le bacille, sans parvenir à le trouver. En outre, le bacille-virgule, décrit par différents auteurs, n'est pas identique à lui-même ; et l'on observe des différences notables dans sa morphologie, son mode de culture, son développement.

M. le docteur Cunningham (de Calcutta) a pu isoler huit espèces différentes de bacille-virgule provenant de préparations cholériques ; ces différences morphologiques se sont maintenues dans des cultures secondaires faites avec les premières. Lorsqu'on cultive ces espèces différentes d'une manière identique, loin de tendre à se rapprocher, elles difl'èrent encore à bien des égards. On trouve, du reste, le bacille-virgule dans le tissu mucoïde iiormal des singes et des cobayes. (L'orateur montre un certain nombre de préparations microscopiques à l'appui de son opinion.)

M. le professeur Max Gruber (de Viemie) est d'un avis tout \ fait opposé à celui de l'honorable préopinant, dont il ne peut admettre les conclusions. Il pense qu'à l'heure actuelle, quoique dans certains détails il n'ait pas toujours pbtenu les mêmes résultats que le professeur Hueppe, l'influence pathogène du bacille-virgule dans la production du choléra est à peu près démontrée.

Ainsi, sur quatre observateurs, deux sont pour et deux sont contre. Conolucz après cela.

On voudra bien remarquer d'ailleurs que ceux qui sont pour la spécificité morbifique et cholérigène du bacille-virgule de Koch (Allemand) sont des Allemands, et que ceux qui sont contre sont des Anglais; do sorte' que voilît la science qui devient une affaire de nationalité et de clocher!

Ce n'est pas tout : on a trouvé également le bacille-virgule dans le choléra nostras. C'est vrai, a répondu Koch, mais il est (i plus gros ». Encore une lois, voici la grosseur, le volume, qui deviennent un élément spécifique!

Les recherches microbiennes.ne datent pas d'hier ; bien des microbes différents ont été décrits dans le choléra et tous n'ont eu qu'un succès éphémère. En 1849, Pouchet trouva dans les matières fécales cholériques des filaments de mycélium et des sporules, analogues à ceux de Voïdium albicans ; mais il s'aperçut vite qu'il n'y avait là rien de spécial au choléra.

En 48S4, Davaine décrivit, dans le liquide diarrhéique des cholériques, un infusoire piriforme à filament caudal, qu'il appela cercomonas intesiinalis.

Un peu plus tard, Kobb trouva des masses de zooglsea termo. C'étaient des amas hyalins englobant de nombreux microcoques, soit isolés soit réunis en chaînettes.

Vers la même époque, Thromé et Hallin décrivirent un microcoque auquel ils donnèrent le nom de cylindro-tremium choiera asiadcœ. Par la culture, ce microcoque se développait soit en leptothrix, soit en champignon particulier.

Hayem nous a montré que toutes les formes d'organismes inférieurs se retrouvent soit dans la diarrhée prémonitoire, soit dans la plupart des liquides putréfiés ; les plus constants sont les formes jeunes des bacterimn termo et putredinis. Ils se développent toujours sous forme de sporules arrondis ou ovoïdes, isolés ou groupés soit en chaînettes soit en chapelets.

En 1883, MM. Straus et Roux retrouvent dans l'intestin des cholériques tous ces microcoques et bactéries, les uns mobiles, les autres immobiles, tantôt courts et épais, tantôt allongés et grêles, isolés ou accouplés deux à deux, soit en chaînettes soit en S. Un seul, pour eux, est caractéristique et il se trouve précisément que c'est un faux microbe.

Enfin Koch, après avoir réduit à néant le microbe prétendu spécifique de Straus, édifie son bacille en virgule qui serait le seul vrai.

On n'en restera probablement pas là ; de nouveaux microbes

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