CENT DIX-HUITIÈME LEÇON
Le eliolérn înilicii.
(SUITIÎ.)
Durée du choléra. — Infection typhoïde ultérieure nécessaire. — Incidents également presque nécessaires de la convalescence. — Empoisonnement cholérique et spontanéité morbide
Choléra algide.
Choléra sûreux.
Réaction typhoïde.
Choléra mu queux (Etat cholériforrae).
Diarrhée terminale.
Messieurs,
• J'ai fait dessiner sur le tableau un cercle destiné à vous montrer les différentes phases par lesquelles peut passer un individu atteint de choléra ; phases, qui, si elles n'existent pas toujours chez le cholérique, se retrouvent toujours pendant la durée d'une épidémie.
. C'est tout d'abord la diarrhée initiale, prémonitoire de Jules Guérin; puis les accidents augmentent de gravité, et le choléra maqueux, parfois bilieux, apparaît. Dans une forme plus avancée, nous trouvons le choléra séreux, puis enfm le choléra algide, manifestation suprême de la maladie. Il s'en faut que tous les cholériques passent par ces divers échelons et atteignent tous, ce degré maximum. Beaucoup n'ont qu'une des formes plus atténuées, mais s'ils ont présenté le choléra algide, et s'ils ont
Choléra muqueux (bilieux).
Diarrhée initiale.
pu y résister, ils passent par de nouvelles étapes qui doivent les mener à la guérison ; en premier lieu, la réaction typhoïde, puis un état analogue au choléra muqueux, et enfin la diarrhée terminale. Ainsi, aux deux termes extrêmes, nous trouvons la diarrhée dite iniliale dans le premier cas, lerminale dans le dernier. Le choléra finit donc par où il a commencé. Actuellement, nous observons à Paris un grand nombre de cas de diarrhée rebelle à la thérapeutique, diarrhées qui sentent leur infection cholérique.
Dans ma dernière leçon, je me suis arrêté, dans ma description clinique, au choléra algide, dit asphyxique ou cyanique. J'appellerai cette forme choléra spasmodique, et ce seront là mes seules définition et dénomination. Dans le choléra indien, ce qui domine, c'est le spasme, spasme des muscles de la vie de relation, d'où la crampe; spasme des muscles de la vie de nutrition, d'où les contractures artérielles.
La faiblesse, puis la disparition complète du pouls est un des symptômes les plus fréquents et les plus classiques. En même temps, le malade se refroidit, il est pâle et pas encore cyanique. Cette pâleur (qui n'est autre chose qu'une syncope par contracture vasculaire [1]), cette pâleur préalable à l'asphyxie de même, origine, existe tant que l'asphyxie ne s'est pas reproduite et peut exister sans cyanose jusqu'à la fin de la maladie et du malade. La figure s'amincit, le visage présente cet ensemble si bien décrit sous le nom de faciès hippocratigue ; les plis, faits à la peau, persistent un certain temps, par suite de la perte de l'élasticité du derme muqueux.
Telle est l'esquisse du choléra « algide » ; je dis algide, et je ne saurais trop insister sur cette dénomination parfaitement exacte. En effet, on a dit que le refroidissement, dans celle période, était purement subjectif et n'existait pas réellement ; qu'au contraire, il y avait élévation de la température centrale. Je m'inscris en faux contre une pareille assertion. Je vous ai déjà dit que, dans mon service, la température rectale prise avec soin avait été de 37 degrés environ chez mes cholériques, mais
(1) Voir plus loin la leçon sur la Syncope et l'Asphjxie locales des extrémités.
LE SPASME DANS LE CHOLÉIVA. 'iSl
la température périphérique des mains, du nez était de 10 degrés seulement, alors que la température de la salle était de 12 degrés. La température périphérique était ainsi plus basse que celle du milieu ambiant ; il n'y avait môme pas équilibre, comme cela s'observe chez les animaux dits à sang froid. Il y a donc algidité réelle, absolue, et c'est une erreur de dire que, dans la période algide du choléra, il y a surélévation de la température centrale.
Ainsi donc, pâleur et refroidissement marchent ensemble. Puis, au bout de quelques heures, le malade bleuit, comme un individu qui ne fait plus d'hématose. C'est qu'en effet cette situation est la sienne, et la preuve en est dans la présence d'une moins grande quantité d'acide carbonique dans l'air expiré.
Ici intervient la notion du spasme, auquel, comme vous le verrez bientôt, je fnis jouer un rôle considérable dans la pathogénie des accidents cholériques. C'est le spasme seul, en effet, qui peut nous expliquer cette brusque diminution de la chaleur périphérique, cette disparition du pouls chez des malades qui n'ayant pas eu d'évacuations abondantes, meurent dans l'espace de six heures, quelquefois en moins de temps. C'est la contracture du système artériel pulmonaire, comme de toutes les autres artères de l'économie, qui nous explique, d'une part, cette anhématosie, et cette absence de pouls, d'autre part.
Ce qui se passe pour l'artère pulmonaire se passe également dans le système artériel des reins. Pendant deux, trois jours, quelquefois davantage, le malade ne rend pas une goutte d'urine, et la sonde introduite dans la vessie atteste la vacuité absolue de cette dernière. C'est que le rein a été frappé d'impuissance fonctionnelle par la contracture de ses artères. -Il y a ainsi anurie vraie, c'est-à-dire suppression de la fonction ûrinaire.
Y a-t-il également suppression de la fonction du foie? Il y a
ici à faire entrer en ligne de compte un fait clinique et un fait
analomique. Le cholérique algide a pu passer par la période du
choléra muqueux, avec Polyckolie et diarrhée bilieuse. Je vous ai
montré ici un foie provenant d'un cholérique mort dans mon
service; cet organe était légèrement augmenté de volume, PETEa. — Clin. méd. ,,, o.
A 82 LliS CHOLÉRIQUES,
rouge, hyperémié, et la vésicule biliaire était distendue et gorgée de bile foncée. C'est que le foie est une glande solidaire de l'appareil digestif. Celui-ci étant irrité, il y a pendant quelque temps, par synergie fonctionnelle, irritation, hyperémié, el, par suite, exagération de sécrétion de la glande hépatique. C'est ainsi que la sécrétion biliaire n'est pas suspendue.
La diminution de l'hématose, la suppression de la fonction urinaire, l'absence de toute combustion régulière dans les muscles, par suite du sang vicié qui les arrose, tel est l'ensemble qui constitue l'algidité, algidité qui n'est que le résultat de Vanhématosie et de Vanhémalopoiesie. Le défaut des combustions respiratoires, des éliminations rénales, le manque général d'hématose, mènent à l'asphyxie, el le choléra algide devient le choléra cyanique.
On a fait jouer un rôle abusif à l'épaississement du sang dans le choléra; il n'est pas douteux qu'il existe dans certains cas, mais ce n'est pas lui qui fait les accidents cholériques. La pathogénie est bien simple pour les hydrauliciens et les iatro-mécaniciens : l'eau du sang a disparu, le sang est donc épaissi; par suite, tout s'arrête : circulation, respiration, sécrétions. Pour les hydrauliciens, tout réside dans l'épaississement du sang; pour moi, tout s'explique par le spasme des artérioles. Si le sang n'arrive plus dans l'artère radiale, dans le poumon, dans le rein, c'est parée qu'il y a spasme artériel d'origine réflexe.
C'est là pure affaire de doctrine, direz-vous peut-être ? Doctrine, il est vrai, mais doctrine qui a une sanction thérapeutique. Que diriez-vous d'un malade qui entre chez un marchand de vin, y boit un verre de vin, et qui, une heure après, meurt foudroyé? Alléguerez-vous qu'il a ou des spoliations séreuses qui ont épaissi son sang? Il n'a pas eu une seule évacuation, et cependant il est mort, comme on meurt du choléra stibié. Des faits, malheureusement trop nombreux, du môme genre, furent observés pendant l'épidémie de 1832. On criait alors à l'empoisonnement, et des marchands de vin furent ainsi massacrés. La doctrine hydraulique, qui fait tout reposer sur les spoliations séreuses, est donc mal fondée.
Kt cependant, on en a tiré des déductions thérapeutiques. >