LE SPASME DANS LE CIIOLKRA
Magendie, en 1832, injectait do l'eau salée, du sérum artificiel, dans le but de rendre au sang l'eau qu'il avait perdue. De nos jours, de semblables traitements ont été appliqués à Londres, à Southampton, à Paris môme tout récemment. Ces expériences thérapeutiques, d'une grossièreté séduisante, ont conduit à de fâcheux résultats, que je vous montrerai bientôt. C'est que, en médecine, il n'y a pas de doctrine qui n'ait sa sanction thérapeutique, bonne ou mauvaise. Quand on injecte du sérum, il ne faut pas croire, d'ailleurs, que l'on fait une action purement liydraulicienue, comme le pensent ceux qui mettent cette méthode en pratique; on agit d'une façon dynamique et vitale. L'action porte sur des vaisseaux sensibles, sur des parois vasculaires vivantes, dont les 7ierfs sont incités par le contact du liquide.
Si, comme je le dis, la pathogénie vraie relève du spasme, la conduite thérapeutique change complètement; nous sommes alors en présence d'un phénomène vital qui relève du système nerveux ; qu'il s'agisse d'une hyperémie primitive du grand sympathique, comme le pense le docteur Chapman, ou qu'il y ait, comme je le crois, action réflexe du système nerveux. Dans tous les cas^ la conclusion est la môme ; agir sur le système nerveux, soit par l'application sur la colonne vertébrale du sac à glace du docteur Chapman, soit par l'action de courants continus, dont les pôles sont placés, l'un sur un point de la colonne vertébrale, l'autre sur le creux épigastrique, au niveau du plexus solaire, qui soutire et se plaint à en crier. On obtient ainsi une action non douteuse, une véritable sédalion.
Tandis que, pour moi, tous les phénomènes observés sont le résultat de la contracture, pour les hydrauliciens, ces mêmes phénomènes relèvent de la paralysie. Il y aurait parésie du cœur, des artères, du globule sanguin lui-même. C'est cette parésie qui empêcherait ce dernier de s'assimiler l'oxygène. Pour moi, l'hématose fait défaut, parce que les vaisseaux étant rétrécis ou fermés par la contracture, le sang arrive en moins grande quantité dans les poumons.
Le cas du choléra algide n'est qu'une des manifestations d'une des plus grandes lois de la vie, à savoir que « toute sensation se
transforme en mouvement, loule impression se transforme en acte». Je vous en donnerai deux exemples, un d'ordre physiologique et un d'ordre pathologique.
Qu'est-ce qu'un aliment par rapport à l'appareil digestif? Un corps étranger. Placé dans la bouche, il provoque une sensation qui a pour conséquences des mouvements des masséters, des muscles des joues, de la langue, et la sécrétion des glandes salivaires par action réflexe sur les nerfs vaso-dilatateurs des glandes salivaires. Vous voyez déjà l'exactitude de ma proposition : une sensation transformée en mouvement.
Instinctivement, quand le bol alimentaire a été suffisamment mastiqué, a lieu le premier temps de la déglutition; les glandes du pharynx sécrètent, ses muscles se contractent et le bol alimentaire passe dans l'œsophage. Arrivé dans l'estomac, il détermine de nouvelles sensations, suivies de nouveaux mouvements; les muscles de l'estomac entrent enjeu, brassent l'aliment; puis les glandes muqueuses et les glandes à pepsine sécrètent abondamment pour le dissoudre et pour le dévorer. Ainsi réduit en une substance liquide, absorbable, il entre dans l'intestin grêle, puis de là dans le torrent circulatoire, et les parcelles qui ne sont pas aptes à devenir nutritives forment les matières fécales qui, à leur tour, détermineront une série de réflexes, dont le dernier terme sera la défécation.
Tous ces phénomènes se sont succédé sans que la volonté ait à intervenir. Il en est de même de tous les phénomènes de la vie. « Nous ne vivons, a dit Broussais, que par incitabilité. « Les réflexes et les mouvements disparaissent quand il n'y a plus d'impressions ni de sensations.
Voici maintenant l'exemple pathologique. Il n'y a pas que des sensations agréables, il y a aussi des sensations désagréables : c'est la douleur. La douleur, c'est-à-dire une sensation pervertie, entraîne une série de réflexes qui varient suivant que la douleur porte sur les nerfs de la vie végétative ou sur les nerfs de la vie de relation.
Tout individu qui soufl're exécute trois actes inconscients : il crie, action des muscles du larynx ; il fait un geste, geste qui peut aller jusqu'à la fuite, action des muscles de la vie de re-