LE SPASME DANS LE CHOLÉRA
lation ; il pâlit enfin, c'est-à-dire qu'il y a encore un geste, qui est une contracture des muscles de la vie végétative.
C'est là le tableau du choléra algide et non cyanique, le cholérique pouvant rester pâle jusqu'à la mort.
Il y a, de plus, une différence à faire entre la quantité et la qualité de la douleur. Un corps étranger introduit dans le nerf cubital ou dans un nerf plantaire peut déterminer du tétanos, c'est-à-dire une contraction qui devient une contracture, contracture permanente qui se généralise à tous les muscles de la vie de relation, parce que le nerf cubital est un nerf de la vie de relation (1).
Si le plexus solaire est lésé, il se produit une douleur qui n'est pas proportionnée à la quantité mais à la qualité du nerf otTensé. Qu'observe-t-on dans le pincement latéral et partiel d'une anse d'intestin? Une douleur locale qui devient de plus en plus considérable; le cours des matières est aboli et cependant la lumière du canal intestinal n'est pas oblitérée par l'obstacle mécanique qui n'en atteint qu'une petite portion ; c'est qu'il y a contracture réflexe sur place.
(On invoque trop souvent les réflexes à distance ; il y a aussi des « réflexes sur place ». L'aliment, par exemple, pendant tout son trajet dans l'appareil digestif, détermine dans chacun des organes qu'il traverse des réflexes sur place.)
Je rappelle ici à dessein un fait dont j'ai été témoin pendant mon internat chez M. Gruveilhier, pour montrer la puissance des réflexes du plexus solaire, même quand quelques filets seulement sont lésés. Une femme avait été reçue dans le service de Velpeau par l'interne de garde comme atteinte de hernie crurale étranglée. Yelpeau la considéra comme n'ayant pas d'étranglement herniaire, mais une attaque de choléra. Elle fut alors placée dans le service de Gruveilhier qui déclara qu'il s'agissait d'un étranglement herniaire, sous la forme d'un pincement de l'intestin. La malade ne fut pas opérée et mourut. A l'autopsie, je trouvai un étranglement herniaire portant sur une petite surface du
(1) Je sais bien qu'on invoque ici le microbe de Nicolaïer; mais quand un «coup de froid » provoque le tétanos (et le fait est incontestable), où est le microbe?
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cylindre inlcsUnal. Celui-ci élait gangrène, mais cet étranglement partiel n'obstruait pas la lumière du canal et n'empêchait pas le passage des matières. Voici la preuve évidente que la douleur seule peut déterminer une contracture permanente, dont la mort peut être la conséquence.
Vous voyez ce qui arrive quand quelques niels du plexus solaire sont seulement atteints. Qu'arrivera-t-il quand ce ne seront plus vingt, trente filets nerveux, mais le plexus solaire tout entier qui sera envahi par la douleur ou vivement irrité ? Quoi? sinon une sidération, et en quelques heures la mort possible par ce fait. Voilà le choléra sidérant, mot parfait et qui vaut d'être conservé. Le malade est foudroyé par l'intensité de l'irritation et des réflexes.
De môme que la douleur du nerf cubital ou du nerf plantaire détermine le tétanos des muscles de la vie de relation, de môme la douleur du grand sympathique se traduit par le tétanos vasculaire. De môme qu'il y a contracture permanente des muscles périphériques, de même il y a contracture permanente des vaisseaux. C'est ainsi qu'en peu d'heures un malade peut passer de la période séreuse à la période algide et mourir véritablement foudroyé par l'intensité de la douleur ou de l'irritation du plexus solaire.
Ainsi se trouve vérifiée dans le choléra algide cette grande loi de la vie : « Toute sensation se transforme en mouvement, toute impression se transforme en acte. »
Nous sommes loin de la doctrine hydraulicienne. En résumé, dans le choléra algide, il y a une telle irritation du grand sympathique qu'elle se manifeste par une douleur vive et permanente du creux épigastrique, douleur qui n'est pas seulement celle de l'estomac lésé, mais bien le cri de souffrance du plexus solaire irrité.
Cette douleur amène des réflexes qui sidèrent l'individu. Un coup de poing, vigoureusement appliqué sur la région épigastrique, agit de môme, mais d'une façon moins durable.
On observe des phénomènes analogues chez les empoisonnés par le tartre stibié ou l'arsenic, c'est-à-dire une douleur épigastrique excessive, et il peut y avoir une période cyanique sans
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spoliation dans l'empoisonnement par le tartre siibié. Ces empoisonnements peuvent être combattus par des moyens thérapeutiques spéciaux. Dans le choléra nous ne pouvons agir que contre les symptômes ; de là les indications à satisfaire.
Si le malade ne meurt pas pendant la période algide, il présente une série de phénomènes les plus étranges en apparence, les plus simples en réalité, qui constituent ce que l'on a appelé la période de réaction. Avant qn'ii ail prendre des boissons en quantité suffisante pour réparer la perte du sérum de son sang, son pouls se relève, le refroidissement disparaît, l'acide carbonique est expiré en plus grande quantité et les sécrétions s'accomplissent à nouveau.
C'est que le malade a cessé de souffrir de son plexus solaire ; le spasme a cessé et les vaisseaux ont repris leur calibre normal. . Mais son sang est vicié par les matières excrémentitielles qui y séjournent par suite de l'abolition de la sécrétion urinaire. Le malade s'empoisonne ainsi à nouveau par cette extract l'émie et cet empoisonnement se traduit par des symptômes typhoïdes : élévation de la température qui peut dépasser 40 degrés dans le rectum, fréquence du pouls, peau brûlante. Cet empoisonnement est tellement manifeste que des microbiens avérés en sont venus à se demander si cette phase du choléra n'avait pas quelque analogie avec l'ictère grave.
C'est qu'en effet il y a alors un mélange d'urémie, de cholémie, Sextractiémie dû à la suspension pendant plusieurs jours des fonctions des organes émonctoires naturels et à l'accumulation des « substances extractives » que le rein et le foie doivent éliminer.
Le trouble de l' intelligence qu'on observe pendant la période de réaction distingue nettement cet empoisonnement typhoïdique de l'empoisonnement cholérique. En effet, pendant la période algide, le malade conserve son intelligence intacte quoique affaiblie, et jusqu'aux derniers moments de la vie il peut associer correctement ses idées. C'est qu'il a l'intégrité de son cerveau crânien, il est frappé seulement dans son cerveau abdominal, le plexus solaire.
La période typhoïde doit être considérée comme une nouvelle maladie, succédant à la période algide, et résultant de I'accu- MULA.TION dans le sang de produits destinés à être éliminés. Le malade peut mourir par suite de l'intensité de ces phénomènes typhoïdes ; du délire survient, parfois aussi intense que dans les formes ataxo-adynamiques de la lièvre typhoïde ; des éruptions variées apparaissent : acné, urticaire, érythème papuleux, érythème hémorragique, érythème polymorphe, furoncles, etc. Si la guérison a lieu, le malade conserve de la diarrhée plusieurs jours après la cessation des phénomènes typhoïdes, diarrhée terminale dont je vous ai parlé au début de cette leçon.
Nous sommes bien loin du microbe, qui déterminerait toute cette série d'accidents et qui, après avoir causé le choléra algide, serait frappé d'impuissance progressive et ne pourrait plus à la fin que causer la diarrhée terminale, en faisant place à je ne sais quel autre microbe! Mais, je n'ai peur, on saura bien le trouver.
En se mettant au point de vue d'un empoisonnement, tous les phénomènes se comprennent : au début du choléra, e???poisonnement par ptomaïnes et leucomaïnes et irritation du plexus solaire (comme le font l'arsenic et le tartre stibié); à la Qn du choléra, empoisonnement par les matières extractives accumulées dans le sang. La réaction typhoïde est ainsi une nouvelle maladie, une infection fébrile qui se substitue au choléra algide. Dans celte période, la médication doit être tout autre que dans la première période, et, comme dans la fièvre typhoïde, s'inspirer des indications symptomatiques (1).
(1) Voir plus haut, les Traitements des typhoïdiques, leçons xcix à cm.