CENT DIX-NEUVIÈME LEÇON
Le choléra indien.
(suite.)
Durée du choléra suivant les slalistiques des moyennes. — Convalescence et ses accidents. — Diagnostic. — Nature du choléra : c'est un empoisonnement. — Cas spontanés.
Messieurs,
Dans cette leçon, je vais continuer l'exposé clinique du choléra, avant d'aborder la question de sa nature.
La durée du choléra est des plus variables; elle est en raison inverse delà gravité de la forme qu'il présente. Tandis que la cholérine dure six, huit, dix jours, le choléra algide peut avoir une durée qui ne se chiffre que par quelques heures. Entre ces deux extrêmes se place le choléra muqueux ou bilieux, qui évolue en moins de temps que la diarrhée cholériforme eten plus de temps que le choléra algide. Si les formes les plus longues sont, eu général, les plus légères, il faut cependantsavoir qu'elles peuvent être mortelles. La cholérine peut tuer par la diarrhée profuse qu'elle occasionne; on doit en être bien prévenu, et le pronostic devra être toujours réservé dans cettej affection, qu'on est naturellement porté à considérer comme bénigne.
On a imprimé et enseigné que la durée moyenne du choléra est de soixante heures. 11 en est de cette moyenne comme de toutes les autres. Il faudrait abandonner ce système du pourcentage en pathologie, car on donne ainsi, comme moyenne de la durée d'une maladie, un nombre de jours qu'on n'a quelquefois pas rencontré une seule fois dans tous les cas qui ont servi à faire cette statistique.
D'ailleurs, la durée du choléra comprend également la durée des suites de la maladie, car' si le malade survit à la période
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algide, il doiL subir Vinfeciion Ujphuïde, qui se prolonge pendant plusieurs jours, tandis que la période d'algidilé, la période du choléra vrai, qui l'a précédée, a pu n'ôtre que de quelques heures. Celte période typhoïde a une longueur en rapport avec le degré d'empoisonnement occasionné par la plus ou moins grande accumulation de matières excrémenlilielles dans le sang.
De plus, après la réaction typhoïde, il y a la convalescence, qui est toujours traînante, et d'autant plus pénible que la phase de l'algidité et celle de l'affection typhoïdique ont été plus intenses.
A la suite du choléra, on observe, comme après la fièvre typhoïde, des accidents du côté de l'appareil digestif, de l'appareil rénal, ou du système nerveux. Comme dans la convalescence de la. fièvre typhoïde, le malade a besoin de réparer et son appareil digestif est incapable d'assimiler. Tantôt, c'est l'estomac qui reste intolérant pendant très longtemps ; ce n'est que par des artifices médicaux et culinaires que l'on parvient à lui faire absorber quelques aliments nutritifs. Tanlôt, c'est l'intestin qui périclite, parce que ses glandes, sécrétant en abondance, causent une diarrhée persistante, souvent rebelle au traitement, ténacité qui rappelle l'infectieux cholérique.
L'appareil rénal peut être atteint aussi à cette période. Tous les cholériques ont de Y albuminurie pendant les premiers jours de la période de réaction. Cette albuminurie est l'indice d'une congestion rénale, qui, en général, disparaît rapidement. Mais elle peut devenir permanente et mener à la dégénérescence du rein; ainsi s'expliquent ces cas de mort par mal de Bright, que l'on a signalés à la suite du choléra. Aussi ne doit-on pas perdre de vue cette hyperémie rénale, qui peut devenir permanente. Si l'albuminurie persiste au delà des premiers jours de la réaction, il faut agir énergiquement, surtout au moyen des révulsifs, qui pourront arrêter l'évolution de la lésion rénale.
Les troubles nerveux de la convalescence sont des plus variés ; la glycosurie de la période de réaction est des plus fugitives et a disparu à celle époque; mais la polyurie simple, sans sucre m albumine, peut persister de longs jours après la maladie ellemême.