TRAITEMENT PAU LE SAC A GLACE
OU les crampes. C'est un paradoxe de dire que la glace appliquée sur le corps de ces malheureux, déjà algides, les réchauffe; et cependant rien de plus vrai. En effet, en faisant cesser le spasme des vaisseaux, on permet au sang de circuler, et, par suite, h la chaleur animale de se produire.
Dans plusieurs cas où l'application de la glace avait été cessée trop tôt, les vomissements ont reparu et le traitement, de nouveau appliqué, a été suivi de leur rapide disparition.
La diarrhée a paru également diminuée, mais l'amélioration, de ce côté, a été moins manifeste, car elle a été plus tardive, tandis que, pour les autres symptômes, elle se produisait rapidement.
Tels sont les résultats que m'a donnés le traitement du docteur Chapman ; je me suis trop étendu sur l'action thérapeutique dynamique de l'application du froid pour m'y arrêter plus longtemps.
Je vais maintenant vous parler du traitement par l'électrisation; il n'a pas les avantages du précédent : sa simplicité, son bon marché et sa permanence. Je ne vous en parle que parce qu'il me fournit des arguments en faveur de ma théorie.
J'ai employé les courants continus : un électrode était appliqué au niveau de la région épigastrique, et l'autre tantôt sur la région lombaire, tantôt sur l'un des pneumogastriques, le gauche le plus souvent. La durée d'application était de trois quarts d'heure à une heure à chaque séance; et l'on faisait deux à trois séances par jour. L'intensité du courant a été de 10 à 15 milliampères. Dans presque tous les cas, on n'a pu dépasser ce chiffre à cause de la sensation de cuisson déterminée par le passage du courant.
Cette méthode n'a été employée exclusivement chez aucun malade. Elle n'a été mise en usage que chez ceux qui refusaient la glace.
Par suite de l'intermittence de ce traitement, on ne peut tirer aucune conclusion au point de vue de son influence sur la guérison. Ce que l'on peut dire, c'est que l'électrisation a produit les mêmes effets immédiats que ceux du sac de glace; mais ils étaient moins durables ; le hoquet et les vomissements dispa-
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raissaienl «comme par enchantement)), mais reparaissaient peu de temps après la cessation de l'élcctrisation. Cette courte durée, pendant laquelle les symptômes étaient améliorés, tient à l'impossibilité dans laquelle nous étions de faire une application continue, à cause des eschares qui n'auraient pas manqué de se produire.
M. Boudet, de Paris, a fait deux séances de dix minutes chacune sur une femme : un électrode était placé à l'épigastre, l'autre dans le rectum. L'intensité du courant était de 25 milliampères. Chaque séance fut suivie de deux ou trois évacuations abondantes ; puis, dans le courant de la journée, les selles furent moins nombreuses que les jours précédents. Cette femme est morte; mais l'électrisation ne fut employée que dans les derniers jours de sa maladie ; elle montre seulement que l'électrisation de l'intes tin peut diminuer la diarrhée.
En résumé, la glace appliquée le long de la colonne vertébrale et les courants continus ont donné les mêmes résultats, mais . les effets produits par la glace ont été plus durables que ceui dus à l'électrisation . Cette supériorité est due à l'application per- • manente de la glace, tandis que les courants continus n'étaient appliqués que pendant deux ou trois heures chaque jour. !
Je ne m'en suis pas tenu à la glace et à l'électrisation ; j'ai ; employé beaucoup d'autres auxiliaires. Les frictions sèches ; m'ont rendu de grands 'services contre les crampes, qu'elles . diminuaient. Elles agissaient, en effet, sur la périphérie des i nerfs sensibles, tandis que la glace portait son action sur leur ■ origine centrale. Ces deux moyens s'aidaient mutuellement \' pour combattre le spasme, c'est-à-dire les crampes.
Dans la période algide, les injections intramusculaires (1) M d'éther relevaient les malades, et quand l'adynamie était pro- i fonde, deux, trois, quatre injections étaient pratiquées dans les > vingt-quatre heures.
D'autres fois, j'ai fait des injections de morphine quand il fal-
(1) Je dis « intramusculaires » et non pas « sous-cutanées »; celles-ci sont ' trop douloureuses.il l'auL plonger l'aiguille perpendiculaii-emenl dans le muscle (le droit antérieur de la cuisse de préférence) et y injecter une pleine seringue do Pravaz.
TRAITEMENT DE SEMMOLA. 511
lait comballrela douleur trop vive ; d àlO milligrammes chaque fois suflisaieut, cl étaient répétés de quatre à cinq l'ois par jour.
De môme, j'ai donné de l'alcool pour empêcher le collapstis. 11 ne faut pas prescrire du thé àU fhura, cJir il y a une trop grande quantité de liquide à prendre et les mâlades le rejettent; 11 faut donner du rhum pur par cuillérée à Café; on obtiônt ainsi une stimulation bienfaisante des nerfs de l'estomac. Tel qui vomirait un petit verre de rhum pris dans une tasse de thé, supporte bien la même quantité si on le lui fait prendre seul par petite cuillerée à café toutes les heures ou toutes les demiheures.
. Contre la soif, de la limonade glacée prise par petite tasse, ou tnieux, de petits morceaux de glace, avalés à l'état de glaçons, téussissent toujours; C'est d'ailleurs là une application directe du FROID sur les nerfs émanés du plexus solaire, et, par suite, une action presque directe exercée sur ce plexus.
Je veux vous dire quelques mots du traitement du choléra préconisé par le professeur Semmola, de Naples. M. Semmola n'est pas partisan convaincu de la théorie microbienne; fût-elle démontrée, qu'elle ne pourrait servir de base au traitement, parce que les agents parasiticides les mieux connus et les plus puissants ne peuvent jamais être introduits dans l'économie en proportions nécessaires pour tuer les microbes en restant inolfensifs pour l'homme.
Il convient, dit Semmola, de s'en tenir présentement au traitement symptomalique et physiologique.
Le traitement symptomalique oppose, à la fluxion intestinale, les astringents ; à la faiblesse, les excitants ; à l'algidité, la chaleur artificielle et l'alcool, etc. ; à la paralysie du cœur, les injections d'éther sulfurique ou autres.
Quant au traitement physiologique, c'est «celui qui, sans troubler l'organisme par de puissantes actions pharmaceutHïues, se propose seulement d'augmenter de toutes les façons la résistance de l'économie vivante contre l'invasion progressive de rcmpoisonnement cholérique ».
Les bases en sont les suivantes :
1" Repos absolu du tube gastro-intestinal par le jeûne corn-
plet, dès l'appai-ilionde la plus légère manifestalion diarrhéique en temps de choléra ;
2° Exciter l'activité physiologique de l'organisme par des moyens presque physiologiques, dont le type est le bain chaud de 38 à 40 degrés ;
3° Administration de petites doses d'opium, qui, sans compter son action favorable sur la sécrétion morbide de l'intestin, agit surtout en stupéfiant les centres nerveux et diminue les effets toxiques des principes absorbés par la muqueuse intestinale.
Le traitement du professeur Semmola est à peu près le même que le mien. 11 vise les troubles du système nerveux, et cela, par la chaleur, tandis que moi, j'emploie le froid. Ces deux moyens, si dissemblables en apparence, modifient également l'état du système nerveux. Une température très élevée ou très basse agit périphériquement d'une façon analogue. Buvez de l'eau tiède, vous aurez envie de vomir ; buvez, au contraire, de l'eau très froide ou très chaude, l'estomac sera stimulé. Le très chaud produit la même action que le très froid ; des deux côtés il y a brusque modification de l'organisme, révulsion du système nerveux périphérique.
Voilà ce que je voulais vous dire au sujet du traitement de la période algide. La base du traitement rationnel de cette période est la modification du système nerveux.
Le malade a survécu à la période algide ; il peut encore mourir pendant la période dite de réaction. Le spasme vasculaire a cessé, et le sang qui afflue dans les tissus est empoisonné par l'extractiémie ; cela est si vrai, que des partisans des doctrines microbiennes, ayant analysé le sang des cholériques et y ayant trouvé une grande quantité de sels biliaires, se sont demandé si ce n'était pas là de la « cholémie». Le sang ainsi vicié produit de la lièvre et des accidents qui tuent dans la proportion d'un tiers.
Deux malades de mon service (les numéros 21 et 1 de la salle Sainte-Madeleine) ont présenté une réaction typhoïde complète; toutes deux ont guéri. Leur température a été de 37 degrés pendant la période algide, et de 39 à 40 degrés pendant la période typhoïde, dite de réaction.