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AUTO-EXPÉRIENCE DE BOCHEPONTAINE. S

maux des selles cholériques et avaient ainsi déterminé des accidents de septicémie, u'ixyànl aucun rapport avec le choléra proprement dit. Aujourd'hui, on nous démontre que l'inoculation du bacille pur, isolé par les cultures, ne donne aucun accident. Il n'en serait pas de môme si l'on avait inoculé des selles cholériques fraîches ; on aurait eu alors des accidents putrides dus à la septicémie aiguë.

Voici ce qu'a obtenu M. Bochefontaine d'une expérience courageusemonl faite sur lui-même (I ) :

« On admet généralement que le contage des maladies épidémiques pénètre dans l'organisme humain par les voies digestives naturelles, principalement avec les aliments solides ou liquides. 11 est admis encore que le germe infectieux du choléra réside dans les déjections alvines des cholériques, sous la forme d'un bacille en virgule, en accent circonflexe, etc., étudié dans ces derniers temps par M. Koch.

«Des expériences nombreuses ont été faites sur des animaux, dans le but de reproduire chez eux la maladie cholérique au moyen de la sérosité riziforme diarrhéique du choléra. Ces expériences n'ont pas donné de résultats absolument démonstratifs. Aussi, je me promettais de saisir la première occasion qui se présenterait, pour essayer de voir sur moi-même les effets de l'ingestion stomacale des déjections séreuses des cholériques.

« Cette occasion se présenta le samedi 8 novembre dernier, à l'Hôtel-Dieu.

(1 Une jeune femme d'une constitution robuste, prise du choléra à 4 heures du matin, était entrée trois heures plus tard dans le service de M. Vulpian. Lorsque j'eus connaissance de ce fait il était iO h. 30, et M. Vulpian venait de terminer sa visite; mais, grâce à l'obligeance de M. Brunon, interne du service, il me fut facile de recaeillir un quart de centimètre cube de sang, sur le doigt de la malade, puis une trentaine de centimètres cubes du liquide séreux diarrhéique,

(1) Expérience pour servir à V étude des phénomènes déterminés chez f homme par l'ingestion stomacalt du liquide diarrhéique du choléra{î^otc de M. Bochefontaine, présentée par M. Vulpian à l'Inslitut).

contenant une l'orte proportion do matière rizil'orme. A ce moment, le visage de la malade était d'une pâleur cadavérique ; les mains étaient cyanosées; il y avait des crampes dans les membres inférieurs; les déjections séreuses alvines coulaient sans discontinuer.

« La malade, après avoir eu froid pendant le transport de chez elle à l'hôpital, s'était réchauffée dans le lit. Elle concluait de ce fait qu'elle ne succomberait pas et môme qu'elle n'avait pas le choléra, parce que son mari, enlevé quelques jours avant par l'épidémie, était resté dans l'algidité sans éprouver la moindre réaction thermique. Aussi, elle redoutait un transfert dans un autre hôpital : « Je vais me refroidir, disait-elle, et mourir dans la voilure. » On la garda à l'Hôlel-Dieu, où, malgré un traitement actif et persévérant, elle succombait le lendemain à 7 heures du soir, après trente-neuf heures de maladie.

« Cependant on avait examiné le" sang, qui se coagulait mal, mais dont les globules avaient conservé leurs caractères normaux. Le liquide séreux diarrhéique contenait un nombre prodigieux de vibrioniens de toute espèce, parmi lesquels dominaient des bactériens très courts, tourbillonnant sous la lamelle du microscope et courant dans tous les sens avec une rapidité telle, qu'il était difficile de les suivre de l'œil. Au milieu de cette foule de vibrioniens, on arrivait à reconnaître nellemenl, mais non sans peine, quelques bacilles en virgule, ou en accent circonflexe.

« Je préparai, le samedi même, avec S centimètres cubes de ce liquide, incorporé dans de la poudre de lycopode et de la gomme, cinq grosses pilules molles, que j'avalai successivement, à 3 h. 30 de l'après-midi. Puis je bus de suite, en plusieurs fois, un grand verre d'eau ordinaire.

« A 6 heures du soir, apparition de la fièvre, avec chaleur à la peau et 100 pulsations à la minute (de 70 état normal). Celte fièvre a persisté pendant vingt-quatre heures; à certains moments, le pouls est allé jusqu'à 120. A minuit, quelques nausées, insomnie pendant trois heures; dysurie durant une partie de ce temps, avec petites convulsions fibrillaires dans les muscles

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