‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 178 sur 287 · SCROFULEUX DEVENU TUBERCULEUX · texte numérisé non relu

SCROFULEUX DEVENU TUBERCULEUX

VOUS savez, messieurs, que le croup est Lrôs souvent la maladie des organismes chétils.Dans son enfance, il a eu de l'impétigo du cuir chevelu, du coryza, des engelures, maladies propres au scrofuleux.ll y a quinze mois, apparition de ganglions du côté gauche du cou; il y a un an, apparition de ganglions à droite. Depuis deux mois, les ganglions du côté droit suppurent abondamment.

Actuellement, notre malade présente un faciès pâle, amaigri ; ses muqueuses sont décolorées ; il a une lèvre supérieure volumineuse, de l'eczéma séborréique du cuir chevelu ; son thorax est rétréci, 70 centimètres de taille seulement. Les extrémités ■ des doigts sont renflées, les ongles striés avec légère tendance à l'hippocratisme.

Il se plaint d'une toux opiniâtre, de perte d'appétit.

A l'inspection, on constate que les ganglions du cou sont très volumineux. Ils s'étendent, à gauche, depuis l'oreille jusqu'à la clavicule, mais ne suppurent pas. A droite, ils occupent toute la région carotidienne et sus-claviculaire et sont suppurés.

Ils forment des saillies considérables, mamelonnées.

Si nous examinons le malade au point de vue de la tuberculose, nous trouvons en avant de la sonorité exagérée à gauche, de la matité à droite ; en arrière, matité dans les deux fosses sus-épineuses.

L'auscultation confirme les renseignements fournis par la percussion. On entend une respiration soufflante à droite et en avant, une respiration caverneuse à gauche. En arrière, respiration caverneuse et souffle caverneux au sommet gauche ; gargouillement à ce même sommet ; râles sous-crépitants et frottements dans le reste du poumon. A droite, craquements secs au sommet.

L'examen des crachats a permis de reconnaître la présence des bacilles de Koch en abondance, tandis qu'il n'y en pas dans le pus des adénites ; il y aurait donc chez ce malade deux maladies distinctes: au cou, la scrofule typique; dans les poumons, la tuberculose la plus classique, et cela de par le bacille. En réalité, le mauvais organisme de cet homme a évolué du lymphatisme à la scrofule et de la scrofule à la tuberculose.

Ce qu'il y a d^intéressant d'autre part, c'est que cet homme,

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qui n'a jamais eu de rhumatisme, présente une insuffisance milrale très nelLc. 11 est probable qu'il avait un mauvais endothélium de la valvule mitrale et que cet endolhélium s'est altéré sournoisement.

Ainsi cet homme a eu d'abord des scrofulides légères, puis ces scrofulides sont devenues plus graves et, enfin, est apparue la tuberculose terminale.

Voici maintenant la femme de la salle Trousseau. Son père est mort à cinquante-cinq ans de pleurésie tuberculeuse. Elle a eu trois frères morts en bas âge et deux sœurs qui ont succombé vers l'âge de vingt ans à des pleurésies suivies de tuberculose. Dans son enfance, elle était sujette aux « engelures ». Mariée à vingt-six ans, elle a eu deux enfants malingres; l'un, âgé de deux ans, est presque toujours malade, le second a de l'impétigo du cuir chevelu, du coryza, de l'eczéma des fesses. C'est un scrofuleux.

Chez notre malade, les ganglions ont apparu vers l'âge de sept ans. Ils ont suppuré, puis ont guéri au bout de deux ans. A douze ans, apparition de nouveaux ganglions, suppuration, puis guérison vers l'âge de quinze ans.

A vingt-six ans, les ganglions réapparaissent, augmentent de plus en plus de volume et d'étendue. 11 en existe dans l'aisselle gauche et dans les aines.

Actuellement la malade présente un faciès pâle, boursouflé. Les muqueuses sont décolorées; la lèvre supérieure est hypertrophiée à cause de l'irritation de voisinage due à l'écoulement nasal pendant l'enfance ; le nez est un peu élargi, aplati à la racine. Il existe de l'eczéma à l'oreille droite.

Au cou, on voit deux masses énormes s'étendant d'une oreille à l'autre, se rejoignant sur la ligne médiane pour former une vaste mentonnière mamelonnée.

En bas, les ganglions descendent dans les creux sus-claviculaires qu'ils remplissent complètement.

Toute cette surface est recouverte des nombreuses cicatrices d'anciens abcès dont on voit des traces jusque dans la fosse sus-épineuse droite.

La palpation permet de découvrir d'autres ganglions dans les

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aisselles et clans les aines. Dans l'aisselle gauche, on sent une masse ganglionnaire du volume du poing.

A la percussion, on trouve une matité considérable au niveau de la moitié supérieure du sternum. Cette matité présente dO centimètres d'étendue transversalement. Au niveau des premières vertèbres dorsales, le plessimètre permet également "de reconnaître une matité très étendue produite par la présence de nombreux ganglions bronchiques très développés.

Ici, messieurs, je me permets d'ouvrir une parenthèse. (Un homme d'une grande valeur, Noël Guéneau de Mussy, a écrit un livre sur V Angine granuleuse ; eh bien, il a constaté que, sous l'influence de la persistance de l'inflammation de l'arrière-gorge, les ganglions bronchiques se prennent, s'hypertrophient et que cette maladie pouvait conduire à la tuberculose. C'est absolument vrai. Si des individus atteints d'angine granuleuse sont placés dans de mauvaises conditions hygiéniques, ils pourront se tuberculiser, et le bacille de Koch apparaît, parce qu'il se trouve dans des conditions propres à son développement. Dans l'angine granuleuse persistante, il faut donc réserver son pronostic.)

Ici, je ferme la parenthèse et je reviens à notre malade. Elle présente des signes non douteux de tuberculisation. Aux l'deux sommets, on trouve de la matité en arrière. A l'auscultation, on entend une expiration prolongée et de la respiration saccadée aux deux temps.

De plus, au niveau de l'union de la première pièce du sternum avec la seconde, on entend des froissements pleuraux indiquant que la plèvre pulmonaire frotte sur la plèvre thoracique. Ces signes indiquent nettement l'invasion de la tuberculose chez une scrofuleuse.

Maintenant, messieurs, qu'est-ce que la scrofule?

Ici, je vais entrer dans le vif de la question. L'observation de la ville doit compléter celle de l'hôpital. En ville, en effet, on peut suivre la scrofule pendant la vie tout entière du malade. On peut étudier la filiation des accidents morbides et leurs transformations successives, soit sur un seul et môme individu, soit dans sa famille. Alors on voit la scrofule s'aggraver de plus en

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plus si l'on n'intervienl pas, el l'on constate des faits de cette nature :

Un grand-père coxalgique, guéri parce qu'il habitait un village des plus salubres, a deux enfants. Tous deux sont scrofuleux ; mais bien portants en apparence.

L'un, étant marié, a une fille qui «pisse au lit », et, devenue femme, continue de pisser au lit.

L'autre, très scrofuleux, a eu de lablépharite, delalagophthalmie, de l'ectropion. Néanmoins, il se porte bien pendant toute sa vie et meurt à soixante-douze ans d'affection cardiaque sans avoir jamais eu de rhumatisme, comme notre numéro 15.

Il n'a eu qu'un flls qui, pour son malheur, a été bachelier ès lettres, puis licencié en droit. Ce fils, chétifet pâle, vient à Paris et entre dans une administration où les employés travaillent démesurément et parqués dans de petits espaces. Au bout d'un an, ce flls de scrofuleux meurt à vingt-quatre ans de phtisie galopante. Il n'avait eu dans son enfance comme manifestations scrofuleuses que de la faiblesse, de l'eczéma et de l'otite externe dont il était guéri. Et il est mort tuberculeux, parce que ses parents ont voulu en faire un bachelier, puis un licencié en droit, et, villageois, en faire un citadin. Si donc on suit la scrofule dans les familles, on la voit se transformer en tuberculose sous l'influence de mauvaises conditions hygiéniques.

Il en est de môme chez les goutteux. La goutte peut déterminer une déchéance telle que les malades se dépravent et se tuberculisent; mais cela ne veut pas dire que la goutte et la tuberculose sont une même chose, et le bacille ne s'est développé chez un goutteux dégénéré que parce que son organisme était devenu tel.

Si l'on suit l'évolution de la scrofule, on voit des manifestations successives qui vont de la bénignité à la malignité et de la scrofule grave à la tuberculose ; et, si l'on envisage l'ensemble de la maladie scrofuleuse et de la tuberculeuse, on voit que tout est-différent dans la scrofule et dans la tuberculose.

La scrofule apparaît dès la plus tendre enfance.

La tuberculose se manifeste surtout iV l'âge adulte.

La scrofule est toujours chronique. Elle dure des années et peut persister toute la vie. Elle se réveille à l'âge adulte après

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