‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 184 sur 287 · CORYZA DU NOUVEAU-NÉ · texte numérisé non relu

CORYZA DU NOUVEAU-NÉ

du tympan, ût,'par suite, une altération plus ou moins durable du sens de l'ouïe. Vous voyez à quelle grave conséquence peut mener le manque d'emploi d'un traitement suffisamment actif.

En terminant, je veux vous dire quelques mots d'une variété de coryza scrofuleux, qu'on observe chez le nouveau-né. 11 est exceptionnel, il est vrai, mais il a une telle gravité qu'il est important de le bien connaître. Le nouveau-né ne peut se nourrir qu'en tétant. Or, pour téter il doit pouvoir sucer, et pour sucer, il doit respirer par le nez. S'il y a du coryza, il est forcé de respirer et de sucer à la fois parla bouche. Aussi, lâche-t-il le téton de sa nourrice pour pouvoir inspirer de l'air. Ainsi, cet enfant est voué à une mort certaine par inanition.

Il est encore exposé à un autre genre de mort, et cela d'une façon toute mécanique : il est exposé à avaler sa langue ; il est tellement faible, en effet, par suite de son alimentation insuffisante, que la pression de l'air inspiré repousse, au fond du pharynx, sa langue qui peut ainsi obstruer les voies respiratoires.

De plus, en raison de la synergie et de la solidarité morbides si intenses chez les tout jeunes enfants, la propagation de l'inflammation le long de l'arbre aérien se fait avec une grande rapidité; quarante-huit heures après le début du coryza, on peut voir apparaître une bronchite capillaire mortelle en quelques heures. Ainsi, cette affection, le coryza, qu'on est habitué à considérer comme banale et sans importance, peut, dans certaines circonstances, être grosse de conséquences et des plus graves.

Le diagnostic doit être fait avec le coryza syphilitique. Ce dernier est moins aigu, l'oblitération nasale est moins complète ; le liquide qui s'écoule est différent, il est mucoso-purulent presque d'emblée, parfois sanguinolent. Le pourlour du nez est excorié et recouvert de croûtes sanglantes. De plus, le coryza existe raremen t comme manifestation isolée spécifique, il coexiste ordinairement avec des syphilides cutanées : pemphigus de la plante des pieds et de la paume des mains, plaques psoriasiformes.

J'insiste sur le diagnostic du coryza aigu chez les scrofuleux. Pkteu. - Clhi. inéd. m

S'il esl assez intense, le problème se pose d'une façon discordanle et à contre-sens. Vous ûtes appelés poui- un pelil malade qui accuse une céphalalgie frontale intense ; c'est pour une méningite supposée à son début, et non pour un coryza, qu'on vous consulte. Vous trouvez un enfant ayant de l'insomnie, poussant des cris continuels et manifestant une douleur atroce à la moindre pression de la région des sinus frontaux. Supposez, ce qui est assez fréquent^ que vous constatiez, en outre, que l'enfant a le pouls lent avec quelques intermittences toutes les 5 à 10 pulsations. (Quelques enfants parfaitement sains sont comme les chiens, et présentent à l'élat normal, de l'irrégularité du pouls. Pourquoi les chiens onl-ils le cœur intermittent pendant toute leur vie? Les vétérinaires n'en savent pas la raison. 11 en est de même pour certains enfants jusqu'à dix à douze ans.) Mais je suppose que cette intermittence existe chez votre petit malade ; vous aurez alors beaucoup de raisons pour craindre des accidents méningitiques. Eh bien, l'absence de vomissements et de constipation, la brusquerie de l'apparition des accidents chez un enfant jusque-là bien portant et atteint seulement d'un rhume de cerveau (si léger que la mère n'y a pas pris garde et ne vous en parle pas, si vous n'attirez son attention de ce côté) devront déjà vous mettre sur la voie du diagnostic. Joignez-y la douleur vive déterminée par la pression sur les sinus, et aussi le timbre nasillard du cri ou de la voix.

Si c'est un adulte qui sait raconter ce qu'il ressent, voici comment les choses se passeront. Un mari vient vous chercher en toute hâte un matin (je vous raconte un cas tel qu'il s'est présenté à moi) pour sa femme qui a « de la congestion cérébrale». Vous trouvez une femme se plaignant de douleurs atroces dans la tête, et principalement au niveau du front, elle ne peut remuer la tête sans avoir des vertiges, les yeux sont douloureusement impressionnés par la lumière, la marche est impossible à cause de la titubation vertigineuse, les réponses sont dolentes et la voix nasonnée. Ce dernier signe, joint à l'existence d'un rhume de cerveau datant déjà de plusieurs jours, vous met sur la voie du diagnostic. Il y a plus de trente ans, mon cher et éminent maître Gruveilhier m'apprit ce que je vous

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