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CORYZA DU JEUNE ENFANT SCROPULEUX

dis aujourd'hui; j'ai pu, depuis, en vérifier l'exacliLude dans ma pratique de la ville, et j'ai été heureux de la connaître pour éviter de graves erreurs.

Cruveilhier m'a raconté avoir observé des cas de coryza tellement intense^ qu'il dut appliquer une ou deux sangsues au niveau des sinus frontaux. Sans aller jusqu'aux sangsues, appliquez toujours de larges cataplasmes aussi chauds que le malade pourra les supporter; vous en obtiendrez des résultats merveilleux ; le flux de liquide qui s'écoule bientôt par les narines et qui suit leur application est l'annonce de la guérison.

Si le coryza n'est pas à l'état aussi aigu, un diagnostic d'une autre nature devra être fait, le diagnostic d'avec la « carie des os du crâne». Vous en êtes peut-être surpris, et cependant c'est l'exacte vérité ; un cas semblable m'a été soumis. Une grande dame scrofulo- syphilitique présentait de graves accidents dont une céphalalgie persistante et atroce était l'élément dominant. Son médecin ordinaire pensait à une carie des os du crâne et on se posait la question de la trépanation. Je reconnus l'erreur, et sous l'influence du traitement si simple que je vous ai indiqué, la guérison fut rapidement obtenue, sans trépanation.

Le pronostic du coryza scrofuleux est, comme vous le voyez, assez sérieux. Il est lié à l'état général de l'individu; on devra être prévenu que le coryza scrofuleux est un coryza à répétition, qu'il a de la tendance à devenir chronique, et que les poussées aiguës sont de plus en plus rapprochées. Enfin, la propagation possible aux sinus, les altérations consécutives des sens de l'olfaction et de l'audition assombrissent encore le pronostic.

Le Irailement s'adressera à tous les éléments morbides en action : topiques chauds, cataplasmes sur le front, fomentations autour du petit malade, au moyen de quatre cuvettes d'eau bouillante placées autour de son berceau ; l'atmosphère chaude agit sur la muqueuse d'une façon bienfaisante. On pourra aussi, avec avantage, faire de la révulsion au moyen de cataplasmes sinapisés promenés sur tout le corps. J'insiste sur ces petits détails qui peuvent vous paraître de la cuisine médicale ; ils sont des plus importants, car c'est d'eux que dépendra la vie de voire petit malade. « De minimis non curai prœlor », dit un vieil adage

648 LES SCIIOFULEUX.

romain ; « de raimmù curai medicus », doit-oû dire en renversant l'adage.

11 l'aut aussi penser à la nulrilion de l'cnfanlel ralimenter àla cuiller. Un léger dérivatif, tel qu'une cuillerée à café d'huile de ricin donnée dans du lait d'amandes sucré, produira de bons effets, si l'enfant est un peu constipé. Si l'inflammation se propage aux bronches, donnez une ou deux cuillerées à café de sirop d'ipéca sans poudre d'ipéca ; vous produirez ainsi de la déplétion et de la contre-stimulation. Retenez bien qu'il faut agir vite pour prévenir la mort qui peut survenir au bout de quelques heures par bronchite capillaire.

Chez les enfants scrofuleux et dont le coryza se répète volontiers, je vous engage à mettre en usage un remède de nourrice, qui consiste à recouvrir le front, les narines et la lèvre supérieure d'une couche de vulgaire suif. C'est de l'empirisme qui produit un effet excellent, et dont je vais essayer de vous donner l'interprétation. Cette couche de suif empêche la sueur de s'évaporer; ce corps isolant appliqué au niveau des sinus frontaux, dont la paroi osseuse est si mince, empêche la perspiration cutanée et muqueuse, et cette région reste ainsi chaude et humide. Enfm, le suif appliqué au pourtour des narines empêche l'irritation eczémateuse produite par le suintement nasal abondant.

En outre du topique chaud, conseillez les irrigations d'eau chaude, répétées plusieurs fois par jour. Quant aux poudres qui ont été employées sous forme de prises, elles n'agissent que comme médication substitutive à la période de déclin. Vous pouvez^user de la formule suivante :

Sucre 30», 00

Alun ou tannin 2 ,00

Ou encore :

Acide borique porphyrisé 4e, 00

Clilorliyilrale de cocaïne 0 .60

Sucre de lait porphyrisé 0 ,40

Le traitement préventif consistera dans l'aguerrissement des enfants contre les influences extérieures, par les pratiques hydrolhérapiques. L'eau froide, sous forme de lotion générale dune

TRAITEMENT DU COUYZA. 549

demi-minute à une minute est excellente. Immédiatement après la lotion, l'enfant sera enveloppé dans un peignoir de flanelle et rigoureusement frictionné. Les bains de mer, la natation, produisent également des effets bienfaisants.

Ne négligez pas le traitement général anti-scrofuleux ; si l'enfant mange, donnez-lui de l'huile de foie de morue, qu'il prendra aisément, car jusqu'à quatre ou cinq ans le goût est très obtus; aussi, l'enfant ne repousse-t-il pas l'huile de morue dont l'odeur répugnante lui échappe. Donnez deux, trois, quatre cuillerées à soupe par jour, suivant l'âge du petit malade. Les bains salés de Salies-de-Béarn sont également un adjuvant utile.

11 y a peu de chose à dire du coryza à répétition, si ce n'est qu'il est caractéristique de la scrofule dans le jeune âge. Dans un âge plus avancé, ce catarrhe à répétition peut être l'indice de l'herpétisme ; mais, chez l'enfant, il permet d'affirmer la scrofule. La cause la plus minime peut devenir, chez le scrofuleux, l'occasion d'une poussée aiguë du coryza : un refroidissement léger, l'humidité des pieds, etc. L'hyperémie causée par le premier coryza n'a pas encore disparu qu'une nouvelle hyperémie, causée par un deuxième coryza, se produit. Cette série, longtemps continuée, entraîne une congestion permanente de la pituilaire, qui se gonfle et s'épaissit. Les méats se trouvent ainsi rétrécis; l'enfant ne peut plus respirer par le nez et a toujours la bouche ouverte.

Cette respiration buccale entraîne l'irritation, par l'air inspiré, des amygdales, du pharynx, et détermine, par le même mécanisme, l'inflammation concomitante de la muqueuse de la trompe d'Eustache. L'enchifrènement de la trompe a pour conséquence la diminution de l'acuité de l'audition, diminution qui devient permanente dans le coryza à répétition.

Le diagnostic du coryza à répétition se présentera ù vous encore à contre-sens. Vous serez consultés pour un enfant qui a l'ouïe moins bonne et qui a « dans l'oreille des bruits de chemin de fer ou de cloche ». Souvent, avant de venir vous trouver, les parents auront pris le conseil d'un auriste. Il faut savoir qu'il ne sagit pas d'une maladie primitive de l'oreille, mais d'une sal-

pingile due à l'extension du coryza. Aussi faul-il traiter à la fois le catarrhe salpingique et le catarrhe nasal. Quand la muqueuse pituitaire sera guérie, la trompe d'iîustache sera désobstruée et ne sera plus enflammée.

On aidera la désoblitôration de la trompe par des irrigations de la gorge avec de l'eau de guimauve bien chaude, pratiquées matin et soir.

Le coryza peut être chronique d'emblée ou succéder au coryza à répétition. En pareil cas, la muqueuse pituitaire est injectée et très congestionnée. Les vaisseaux, augmentés de nombre et de volume, forment des varicosités amenant une rougeur intense. La muqueuse, gonflée par Fhyperémie et par un exsudât interstitiel, présente çà, et là quelques ulcérations et obture en partie les voies nasales. Quelquefois, au lieu de la rougeur, on observe la pâleur de la muqueuse. Celle-ci sécrète un mucus épais, purulent, très abondant; parfois, il se dessèche et forme de véritables rhinolithes, produits par des mucosités concrélées et simulant de petites pierres.

Les troubles fonctionnels que détermine le coryza chronique sont, tout d'abord, un écoulement habituel mucoso-purulent, épais, verdàtre, concrété par places et formant alors des croûtes. L'éternûment n'est pas habituel et n'apparaît que sous l'influence d'une poussée aiguë ; le reniflement est constant; la voix, nasonnée, peut être nasillarde. Tous ces troubles sont assez vulgaires, mais ce n'est pas tout : les conséquences ultérieures en sont inflniment complexes ; le gonflement permanent de la pituitaire entraîne certaines altérations dans la forme du nez, dans la texture de certains organes de la gorge, dans la conformation générale de la face et dans la forme de la cage thoracique.

En effet, l'enfant atteint d'un coryza chronique cesse de respirer par le nez; or, à cet âge, les os du nez sont encore peu développés et semi-cartilagineux en partie. Comme tout organe ne se développe que proportionnellement à ses fonctions, le nez, qui ne fonctionne plus, ne se développe pas. Ainsi se produit le nez cflilé, atrophié, qui ne sert pas à la respiration. Plus lard,

CORYZA CHRONIQUIÎ d'eMULÉB. 651

quand le coryza aura guéri, la conformation du nez restera dans cette situation vicieuse, car les os auront pris leur consistance définitive. Cette simple altcralion du nez est grave, car, au point de vue de la respiration, la prise d'air par le nez, la respiration nasale reste dcfinilivement abolie ou à peu près.

La respiration buccale est une respiration lamentable ; elle permet, il est vrai, à l'orateur et au chanteur de faire de larges inspirations et d'emmagasiner ainsi de grandes quantités d'air; mais cet air n'a pas été humecté ni échauffé par les narines; le verre d'eau sucrée de l'orateur n'a d'autre but que d'humidifler, de lubrifier le pharynx, desséché par le contact de l'air ainsi inspiré par la bouche.

Ce déplacement de fonctions, qui résulte de la respiration buccale, entraîne l'hyperémie et Thypersécrélion des glandules muqueuses, et, consécutivement, l'hypertrophie des amygdales et des glandules du pharynx; c'est V angine glanduleuse (1). La portion digestive du pharj'nx est ainsi lésée par la respiration buccale. Cette angine glanduleuse a, d'ailleurs, été pittoresquement dénommée par les Anglais » le mal de gorge des clergymen », clerçiymen sore-throat. (Vous savez que ces derniers se livrent parfois à une véritable débauche de speechs en plein air, dans les promenades publiques, sur les bornes des rues, etc., et respirent fréquemment et longtemps parla bouche sans boire; aussi sontils sujets à l'angine glanduleuse.)

. Le faciès du jeune scrofuleux, porteur d'un coryza chronique, est tout particulier. Le nez effilé, la bouche ouverte, il renifie de temps en temps et tend l'oreille ou tient la tête penchée en avant, car il a l'oreille paresseuse. En somme, aspect hébété et désobligeant du visage, dù à l'absence de la respiration nasale et à la dureté de l'ouïe,

A ce renillement s'ajoute le hemming des Anglais. Les glandules du pharynx sécrètent en trop grande abondance un mucus épais, visqueux, desséché par l'air inspiré, et le malade fait des efforts pour détacher le mucus qui l'impressionne désagréablement. De là ces hem-tiem si continuels, dont, par onomatopée,

(1) Voir plus loin la leçon cxxvi.

8S2 LtS SGUÛl'ULliUX.

les Anglais ont fait le verbe lo hem et le substantif /iem?»m^, pour exprimer l'acte auquel se livre le sujet.

La muqueuse pharyngée supérieure est elle-même enflammée et constitue le coryza supérieur et postérieur, siégeant au confluent supérieur des fosses nasales postérieures ; c'c%l\e /i a w/cing des Anglais ; c'est « le reniflement postérieur » ; c'est l'efl'ort par lequel le malade tâche de détacher la mucosité de la partie postérieure des voies nasales.

Il y a dans ces cas une inflammation concomitante de Vamygdale pharyngée, ou tout au moins une hyperémie avec hypertrophie de cette amygdale. (On sait qu'elle consiste dans une sorte de tissu adénoïde, formé par un amas de glandules, et qu'elle est située à la partie supérieure du pharynx, immédiatement en rapport avec l'orifice postérieur des fosses nasales.)

Or, l'amygdale pharyngée peut prendre alors un développement tel qu'elle oblitère en partie cet orifice, qui n'est plus perméable que dans sa partie inférieure. La gêne de la respiration s'en accroît d'autant.

Quand vous verrez un individu reniflant, kemmant, hawkant, vous pourrez dire que tout cela dérive d'un coryza chronique qui date de l'enfance.

J'ai à vous signaler l'altération de là voix tenant à l'hypertrophie des amygdales. J'ai l'habitude de l'appeler la voix amygdaLienne. C'est un timbre particulier, dû à la presque abolition des vibrations du pharynx, et qu'il faut s'habituer à reconnaître. Cette modification peut se rencontrer dans l'amygdalite aiguë. A un faible degré, cette voix amygdalienne n'est pas dé;>agréable; c'est à elle que les contraltos doivent en partie leur voix assez recherchée.

J'ai maintenant à vous parler de la conséquence la plus grave du coryza chronique : la déformation de la cage thoracique, déformation caractéristique et spéciale à cette affection. Le thorax est aplati de haut en bas et d'avant en arrière, à sa partie moyenne, au niveau de la jonction de la deuxième et de la troisième pièce du sternum; la conséquence de cet aplatissement est le relèvement de la saillie de l'appendice xiphoïde.

Quel est le mécanisme de cette déformation? Les voies de

DÉFORMATION THOliAClQUE PAU COIIYZA. 553

l'ail- sont rétrécies par le gonflement de la muqueuse nasale et par l'hypertrophie amygdalienne. Ainsi, chez les scrofuleux, la respiration se fait mal de toutes façons; la voie normale, le nez, est obstruée; la voie supplémentaire elle-même, le pharynx, est diminuée. Pendant l'expiration, l'individu vide l'air contenu dans ses poumons; puis, au moment de l'inspiration, a lieu une prise d'air qui, à l'état normal, est proportionnelle aux besoins de l'hématose. S'il y a quelques obstacles opposés à l'entrée de l'air, la pression atmosphérique agit sur le thorax pour combler le vide produit par l'expiration. Chez les jeunes enl'ants, les côtes et les cartilages costaux sont flexibles et se laissent facilement déprimer par la pression atmosphérique, qui, agissant de haut en bas et d'avant en arrière sur les parties les plus flexibles, aplatit le thorax transversalement. Il se produit ainsi, à la partie antérieure, un creux analogue à celui dû, chez les cordonniers, à la pression de la « forme » . Elle en diffère en ce que, chez ces derniers, l'appendice xiphoïde reste vertical et n'est pas relevé en avant.

Ce n'est pas tout : les muscles inspirateurs accessoires sont mis en jeu, et, indépendamment de celle déformation fondamentale, il y a voussure de la partie supérieure de la poitrine et soulèvement des épaules; le dos est voûté. Cette déformation, signalée par Dupuytren, avait été attribuée par ce chirurgien éminent à l'hypertrophie des amygdales, sans tenir compte de la difficulté de la respiration par le nez.

Cette déformation nuit à l'hématose, car le thorax, ainsi déprimé, contient un poumon dont le jeu est des plus difficiles. Ainsi, l'anhématosie par difficulté de prise d'air s'ajoute à l'anémie fondamentale des scrofuleux.

Indépendamment de ces troubles primordiaux, le scrofuleux est privé complètement ou à peu près du sens de l'odorat; il est à moitié amputé de deux autres sens, de l'ouïe et surtout du goût, qui a pour auxiliaire nécessaire l'odorat.

Tout ce que je vous ai dit du coryza scrofuleux chronique suffit pour caractériser celte affection et le diagnostic en est facile. Cependant, quand la déformation thoracique est très marquée, les petits malades ont souvent la respiration gênée,

»54 LliS SCllOFULliUX.

et c'est poui' le trouble respiratoire que vous serez consultés. Il vous faudra alors ne pas méconnaître la nature de celte déformàlion et ne pas la confondre avec les déformations rachitiques ou asthmatiques. Chez les enfants rachitiques, le thorax est aplati latéralement et le sternum projeté en avant. Les côtes du rachitique sont très flexibles par insuffisance d'ossification; de sorte que l'action de la pression atmosphérique se fait sentir latéralement et agit de gauche à droite, et réciproquement; d'où l'aplatissement latéral du thorax. De plus, l'ossification est de mauvaise nature, et, au niveau des articulations chondro-sternales, il y a des saillies, des nouûres, qui forment ce que l'on a appelé le chapelet rachitique ; elles sont formées par l'ossification de produits enflammés. 11 y a trouble de l'hématose de par le thorax rachitique. Cette déformation, soit dit en passant, est plus grave que celle d'origine scrofuleuse, car elle est plus difficilement curable.

La déformation de la poitrine, due à l'asthme, consiste dans le soulèvement des parties antérieures et supérieures du thorax ; la poitrine est cylindroïde, bombée, comme Ta dit si justement Laënnec.

Le coryza scrofuleux peut revêtir une forme des plus intéressantes et des plus utiles à connaître; c'est le coryza postérieur auquel je viens de faire allusion tout à l'heure. Il consiste dans l'inflammation avec hypertrophie des glandules de la face dor*. sale ou supérieure du voile du palais, de la partie postérieure des fosses nasales ou arrière-narines, et de l'amygdale supérieure et postérieure (on désigne sous ce nom l'ensemble des follicules clos qui constituent l'amygdale de Luschka). Chez certains individus qui n'ont pas eu le coryza vrai, tel que nous l'avons étudié, vous pourrez observer cette forme atténuée. Ce sont ordinairement des fumeurs ou des chanteurs lymphatiques, s'ils ne sont scrofuleux. La respiration buccale est Toccasioa du développement de cette inflammation. On devrait l'appeler pharyngite respiratoire. Cette irritation détermine une hypertrophie des glandules qui tapissent la partie postérieure des fosses nasales et la face respiratoire du voile du palais, c'est-àdire sa face supérieure. Il en résulte une sensation de géne

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