CENT VINGT-CINQUIÈME LEÇON
L'anijîïdaiîte chronique.
Ce qu'est une amygdale. — Ce qu'elle devient chez les lymphatiques et les scrofuleux. — Symptômes et traitement de l'hypertrophie amygdalieune, ainsi que de l'amygdalite chronique.
Messieurs,
J'aborde maintenant l'étude de Y amygdalite chronique ; c'est nn des chapitres les plus intéressants de la scrofule, car cette affection, si légère en apparence, détermine parfois de graves conséquences.
Qu'est-ce qu'une amygdale ? Ce n'est point seulement un amas de glandules groupées ensemble ; l'amygdale renferme aussi des follicules clos nombreux et analogues à ceux de l'intestin. Dans les amygdales, il y a des lacunes, des diverticules, dans lesquels est sécrété, comme dans toute glande en grappe, un mucus destiné à lubrifier le bol alimentaire et à faciliter la déglutition.
Par suite d'une admirable économie de ressorts, la nature a voulu qu'il y eût là, comme sur toute la longueur du tube digestif, des follicules clos situés sur les parois des diverticules et des lacunes. Microscopiques à l'état normal, ces follicules prennent, quand ils s'hypertrophient, le volume d'un grain de chènevis ou de plantain. Quand les amygdales s'hypertrophient, il n'y a pas seulement modification des glandes, il y a aussi inflammation de l'appareil lymphoïde de l'amygdale ; mais ces follicules clos sont en rapport avec les ganglions sous-maxillaires et cervicaux, quand donc ils s'hypertrophient, ces derniers sont irrités. Ainsi, par suite de l'hypertrophie amygdalienne, il peut y avoir, et il y a souvent, hypertrophie ganglionnaire.
Au point de vue de l'anatomie pathologique, les amygdales
hypertrophiées présentent des modifications dans leur volume, Peter. — Clin. méd. m. — 3g
S6Î LES SCHOPULEUX.
leur couleur et leur texture. Elles sont d'une couleur rouge violacée, avec développement anormal des vaisseaux. Leur volume atteint celui d'une noix ou môme d'un petit œul'. Tous les éléments de l'amygdale subissent l'hyperplasie : follicules clos, tissu sous-muqueux, lacunes. Sur les parois des diverticuies dilatés et hyperémiés, les follicules clos forment des saillies du volume d'un grain de millet.
La sécrétion amygdalienne est modifiée; au lieu d'une matière muqueuse, c'est une matière sébacée, épaisse, jaunâtre, parfois d'une horrible fétidité ; quelquefois, c'est une matière crétacée, presque calculeuse, due à la concrétion du mucus; ce sont les calculs de l'amygdale.
Le docteur Vidal, de l'hôpital Saint-Louis, a examiné la lésion histologique des follicules clos; il a constaté l'hypertrophie de tous leurs éléments. : épaississement de la paroi, liquide contenu dans leur intérieur moins transparent et plus abondant, et contenant un grand nombre de cellules lymphoïdes.
La cause de l'hypertrophie des amygdales est la scrofule ou, d'une façon générale, le lymphatisme. Elle se montre chez les jeunes enfants à l'âge de trois ou quatre ans, précédée depuis longtemps par le coryza. Chez les adultes lymphatiques, le chant est souvent l'occasion du développement de l'affection, qui survient aussi parfois après la rougeole.
Sous l'influence du lymphatisme, il y a une double raison pour que les amygdales s'hypertrophient ; d'une part, la scrofule prédispose à l'inflammation de toutes les glandes et particulièrement des glandes lymphatiques ; d'autre part, l'air froid, auquel sont exposées les amygdales, par suite de la respiration buccale, est la cause occasionnelle. Pour cette même raison, les amygdales s'hypertrophient chez les individus lymphatiques sous l'influence du chant ou de discours prolongés. De même, l'inflammation de la gorge de la rougeole devient chronique chez le serofuleux, et l'amygdalite s'établit ainsi à demeure. La propagation de l'irritation se fait du côté de la trompe d'Eustache et des ganglions lymphatiques.
L'augmentation de volume des amygdales est le signe objectif le plus frappant; ordinairement, les deux glandes sont atteintes; s