CENT VINGT-HUITIÈME LEÇON
L'adénopathîe trachco-bronchique scrofnlcnso.
Scrofule ganglionnaire superficielle et profonde. — L'adénopathîe trachéobronchiquo se révèle par des symptômes de voisinage.
Messieurs,
Cette forme de l'adénopathie comprend, d'une part, celle que je vous ai déjà décrite, d'autre part, la scrofule des ganglions superficiels,
L'adénopathie scrofuleuse ne diffère de l'adénopathie simple que par la persistance des accidents et l'aggravation progressive de ceux-ci, elle peut se montrer sous deux types différents, suivant qu'elle s'accompagne ou non de fièvre.
Quand il n'y a pas de fièvre, l'engorgement atteint les ganglions superficiels et profonds de la région cervicale d'abord; ceux-ci sont indolents, mobiles sous la peau ; puis, au bout d'un certain temps, spontanément et sans cause appréciable, ils deviennent douloureux, augmentent de volume, se ramollissent et suppurent. Si les ganglions malades sont profonds, les mouvements du cou sont gênés et douloureux par suite des adhérences qui s'établissent entre le ganglion, d'une part, le tissu cellulaire et les muscles voisins, d'autre part. Au bout de quelques semaines ou même de quelques mois, il faut intervenir, pratiquer l'ouverture de l'abcès ganglionnaire ; la cicatrisation a lieu et la guérison laisse à sa suite une cicatrice déprimée et indélébile.
L'engorgement scrofuleux des ganglions intra-tboraciques détermine les mômes symptômes de voisinage que l'adénopaihie simple; mais ils sont, en général, plus marqués et tendent toujours à s'aggraver davantage. Ce sont la dyspnée, la toux Sèche, l'altération de la voix, les signes d'auscultation, etc., tous
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points sur lesquels je n'insiste pas, les ayant déjà développés.
L'état général est sérieux : perte d'appétit, amaigrissement, fièvre vespérale. C'est alors que l'on peut méconnaître la nature de l'aflection et croire à de la tuberculose pulmonaire. Les accès de fièvre surviennent sous forme de frissonnement général quotidien, à des heures irrégulières de la journée ; ce n'est pas le frisson franc et régulier de l'accès de fièvre ordinaire. C'est un accès avorté, car à cette sensation de froid succède une sensation de chaleur sans sudation, qui persiste pendant deux à quatre heures. Celte forme si intéressante de la fièvre est modifiable par le traitement antipyrétique : 50 centigrammes à 1 gramme de sulfate ou de bromhydrate de quinine agissent heureusement.
Le traitement général de l'affection sera plus énergique et plus persistant que celui de l'adénopathie simple, car nous sommes ici en présence de la scrofule avérée. Donnez l'huile de foie de morue à haute dose; mais ayez soin qu'on ne la mélange pas avec de la créosote. Celle-ci n'agit que comme ferait un balsamique et n'est indiquée que quand il y a sécrétion bronchique exagérée ; dans le cas présent, il n'y a pas de sécrétion. Je sais bien qu'on a voulu en faire un parasiticide et la donner pour détruire le microbe delà tuberculose. C'est là une opinion mal fondée.
Quand l'huile de foie de morue ne sera pas supportée, vous la remplacerez par de la glycérine ou du caviar, qui n'est autre chose que des œufs d'esturgeon.
Le diagnostic de l'adénopathie bronchique scrofuleuse est facile alors qu'il y a des ganglions cervicaux suppurés ; car les accidents thoraciques que l'on observe peuvent être facilement rapportés par analogie à un engorgement de môme nature des ganglions intra-thoraciques.
L'existence des signes d'auscultation et de percussion sur lesquels j'ai longuement insisté lèvera tous les doutes.
Le pronostic est assez grave, car l'adénite scrofuleuse est une étape qui peut être suivie de la tuberculose. Mais ce n'est pas une conséquence nécessaire. Je connais des malades qui, depuis sept ù dix ans, ont de l'adénopathie trachéo-brouchique scrofuleuse avec suppuration des ganglions cervicaux et qui n'ont
jamais présenté le moindre signe de tuberculose pulmonaire. Vous pourrez observer de temps en temps des faits semblables ; c'est une question de conditions sociales et de traitement, ce qui prouve encore une fois qu'il faut toujours, en médecine, associer la clinique de la ville à celle de l'hôpital.
Les ganglions cervicaux scrofuleux suivent une évolution lente et progressive :et, de plus, ils ne subissent leurs différentes transformations de ramollissement puis de suppuration que par groupes successifs. Les ganglions sous-maxillaires sont les premiers, puis les sterno-mastoïdiens, et plus tard seulement suppurent les ganglions profonds; un grand nombre de semaines s'écoulent avant l'envahissement de tous les ganglions.
Doit-on laisser le ganglion s'ouvrir spontanément? Non, il faut intervenir chirurgicalement à l'aide du bistouri ou du galvano-cautère ou du séton filiforme. 11 faut empêcher la formation de la cicatrice déprimée et caractéristique qui constitue une lare inspirant, surtout pour une jeune personne, une répulsion légitime.
Si l'abcès ganglionnaire est ouvert au bistouri, un pus grumeleux, mal lié, s'écoule immédiatement en assez grande abondance, puis, pendant deux ou trois mois, persiste un trajet fîstuleux donnant passage à un suintement purulent plus ou moins abondant. Chaque matin, on devra y injecter quelques gouttes de teinture d'iode.
Quand le ganglion est volumineux et fluctuant, le séton filiforme de Guersant sera des plus utiles. Un à trois fils réunis entre eux sont introduits à travers la collection purulente à l'aide d'une aiguille courbe. Ce fil agit à la façon d'un corps étranger; au bout d'un à trois jours, les orifices .cutanés s'agrandissent et donnent passage au pus.
Après cinq à six jours d'application, le séton peut et doit être enlevé, car l'irritation qu'il détermine pourrait couper la peau qui sépare les deux orifices. Restent aux deux pôles du ganglion deux orifices par lesquels le liquide purulent trouve un libre passage aussi longtemps qu'il sera nécessaire. La guérison ne laissera ainsi après elle que deux cicatrices sous forme de petits points blancs aux deux extrémités du ganglion abcédé.
, Le traitement général consistera surtout dans le séjour sur des plages marines ou dans des stations de thermes sulfureux, chlorurés ou arsenicaux. L'hôpital deBerck-sur-Mer est un véritable bienfait pour les scrofuleux pauvres; l'amélioration y est constante, rapide et définitive. Quand vous enverrez des enfants riches à la mer, ayez soin qu'on ne les mène pas à Trouville ni sur une autre plage où la vie parisienne et luxueuse gâte les bienfaits du bord de la mer. Il faut une plage où l'enfant puisse passer presque toute la journée sur le sable, où il mène cette vie agreste extérieure et salubre qui fait la résurrection du petit scrofuleux.
PHTHISIE BRONCHIQUE.