‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 203 sur 287 · OBLITÉRATION D'UNE CORONAIRE SANS ANGINE DE POITRINE · texte numérisé non relu

OBLITÉRATION D'UNE CORONAIRE SANS ANGINE DE POITRINE

nécessairement et chronologiquement précédé d'un long temps le ramollissement du cœur et la rup ture de celui-ci ; or, si l'hypothèse était juste, qui voit dans l'oblitération des coronaires la cause de l'angine de poitrine, les douleurs de cette angine auraient dû, pendant longtemps, se l'aire sentir avant la rupture cardiaque. Il n'en a rien été : jamais, avant l'accident syncopal, notre malade n'avait éprouvé de douleur; et celle-ci n'a été que la conséquence et l'expression de la péricardite, consécutive elle-même à l'effraction du sang dans la séreuse par déchirure du cœur.

Voilà donc une observation qui milite doublement contre cette doctrine, puisque, d'une part, il n'est pas douteux que l'artère coronaire était et malade et oblitérée ; puisque, d'autre part, il n'y a eu pendant la vie aucun des symptômes de l'angine de poitrine.

Et, d'ailleurs, combien dans la science d'observations analogues! Réciproquement, combien de cas n'a-t-on pas publiés d'angine de poitrine sans oblitération des artères coronaires ! Ainsi (comme chez notre malade), oblitération de l'artère coronaire sans angine de poitrine, et (chez d'autres) angine de poitrine sans oblitération de l'artère coronaire. Voilà qui est pour victorieusement battre en brèche une théorie en contradiction flagrante avec les faits.

Ce n'est pas qu'il me soucie de faire adopter mes idées, seulement j'éprouve, en passant, une certaine satisfaction d'esprit à constater qu'elles sont et les plus logiques et les mieux fondées. Or, je professe, depuis bien des années, qu'il existe deux espèces d'angine de poitrine (1).

L'une qui se développe soit sous l'influence d'une fluxion rhumatismale, soit encore chez les sujets névropathes, ou à la suite d'accouchements répétés, ou par le fait d'une intoxication telle que le tabagisme. Cette angine, je le répète à dessein, ne fait que des menaces de mort. C'est la névralgie cardiaque, qui correspond à ce qu'on a appelé la « fausse angine de poitrine » ; Qr, il n'y a de faux ici que la doctrine.

(1) Voir tome lor de mes Leçons de clinique médicale et page 670 de mon Traité des maladies du cœur.

L'autre angine de poitrine, qui est consécutive à l'aortitc chronique, par propagation de l'inflammation du vaisseau de tunique eu tunique jusqu'au tissu cellulaire périvasculaire et au plexus nerveux du cœur, et qui fait des menaces de mort suivies d'effet, c'est la névrite cardiaque.

Sous l'influence de l'artérite (qui frappe l'aorte et ses branches), il se peut que les artères coronaires soient malades elles aussi, qu'il y ait rétrécissement de l'orifice de ces artères, altératioa de leurs parois ; c'est-à-dire que les coronaires sont prises alors au même titre que l'aorte, et que leurs lésions ne sont qu'une des localisations contingentes d'une maladie généralisée à tout le système artériel.

Ainsi s'explique pourquoi les individus qui meurent de névrite cardiaque consécutive à l'aortite chronique peuvent présenter des lésions non douteuses des artères coronaires; mais ces lésions sont loin d'aller jusqu'à l'oblitération.

D'aucuns (pour soutenir leur théorie qui ne lient pas debout, et en présence de cas de mort par angine de poitrine sans oblitération des artères coronaires à l'autopsie), d'aucuns vous diront que l'oblitération a eu lieu pendant la vie et par le fait d'un SPASME ariérze/; mais, en vérité, c'est là un argument de désespoir, et qui ne vaut pas qu'on s'y arrête.

Cette leçon clinique aboutit ainsi à une double conclusion :

1° Il peut y avoir perforalion du cœur avec survie de douze jours.

Celte survie peut être due à ce qu'une syncope s'est produite au moment de l'accident, qui a permis la formation d'un caillot capable de produire l'oblitération de l'orifice et d'arrêter l'hémorrhagie. Dans ces conditions, le diagnostic est le plus souvent impossible, parce qu'il n'y a aucun phénomène cardiaque. A peine avons-nous noté, dans les deux derniers jours de la vie, un peu d'inégalité du pouls et un peu d'arythmie cardiaque.

2° Il peut y avoir obliléralion des coronaires sans angine de poitrine. La doctrine qui fait de l'oblitération des artères coronaires la condition sine qua non de l'angine de poitrine est erronée. La théorie de la névralgie et de la névrite cardiaques reste seule soutenable.

Permellez-mni de vous rapporter ici à l'appui une remar-

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