‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 210 sur 287 · SYMPTOMES DES CAS COMPLETS · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DES CAS COMPLETS

citer chez les goitreux, et chacun sait V « émotion intestinale » des premiers coups de feu chez les jeunes soldats.

Or notre numéro 6 a deux à quatre garde-robes en vingtquatre heures.

Je n'ai pas fini, il y a certainement parmi' vous, messieurs, des jeunes gens qui ont concouru pour l'Internat ou l'Externat; eh bien, ils ont trouvé, dans la petite chambre où on les a enfermés pour méditer, un seau qui leur permît de satisfaire h l'impérieux besoin d'expulser le « superflu de leur boisson ». Est-il donc si naturel d'avoir, quand on est jeune, de telles et si pressantes envies d'uriner? Pas du tout; mais c'est l'émotion qui agit ainsi sur le plexus rénal, et par là encore le grand sympathique est touché.

< Or^ une goitreuse exophthalmique, dont je vous parlerai bientôt et qui était couchée au numéro 22, avait non seulement de la polyurie, mais ses urines étaient albumineuses. Et ce fait morbide est fréquent chez les goitreux exophthalmiques.

Pour en revenir à nos malades actuels, le numéro 6 nous présente un type complet de la maladie de Basedow. Et il y a cette particularité intéressante que, chez elle, la névrose est héréditaire. Son père en était atteint, bien que cette maladie soit beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Cette jeune fille a été réglée à onze ans; à quatorze ans, elle a eu des perturbations menstruelles, des « suppressions». Actuel-' lement, elle a dix-huit ans, et il y a dix-neuf mois qu'elle n'a eu ses règles. En même temps que survenaient ces troubles, la malade lut prise de palpitations et son cœur devint bondissant; puis bientôt apparurent le gonflement du cou, et enfin la saillie des yeux. En quelques mois la triade était complète.

Le caractère de cette jeune fille est très irritable ; elle rit et se fâche sans motifs apparents et pleure fréquemment. De plus, elle est très agitée, ne peut rester en place ; elle dort peu et très mal, ce qui se conçoit. Il n'est pas indifl'érent pour le cerveau et la moelle d'être 120 ou 140 fois par minute secoués par une impulsion artérielle, d'être 120 ou 140 fois, dans le même temps, irrigués par le sang. Ce désordre circulatoire provoque matériellement tous ces troubles fonctionnels.

«6* LES aOlTREUX EXOPHTHALMIQUES.

Les perturbations gastriques dépendent alors aussi de la mauvaise qualité de Tinnervalion. Il y a au numéro G une inertie notable du muscle stomacal et une énorme dilatation de l'organe ; le suc gastrique est en outre altéré dans sa sécrétion, d'où la fréquence des vomissements.

Je reviens à l'état du cœur. Chez nos deux malades, il est bondissant et le bondissement s'accompagne d'une hypertrophie du ventricule gauche.

On ne peut constater aucun souffle valvulaire par suite de l'intégrité matérielle de l'endocarde de nos malades. Au numéro 6, il y a au cou un pouls veineux indiquant la diminution de tonicité des muscles tenseurs de la tricuspide.

Enfm l'hypertrophie du corps thyroïde, dont il me reste à parler, dépend non seulement de l'augmentation de volume résultant de l'afflux du sang, mais encore de l'augmentation de volume et de nombre des acini, ainsi que du développement du tissu conjonctif. Ce goitre présente des souffles vasculaires chez nos deux malades. Je reviendrai dans une prochaine conférence sur le rôle que joue le corps thyroïde (organe énigmatique), sur le rôle, dis-je, que joue le corps thyroïde, non seulement dans la circulation cérébrale, mais encore dans l'hématopoièse, puisque son extirpation est suivie d'une cachexie spéciale, « la cachexie strumiprive » ou « myxœdème » .

L'hypertrophie du cœur et celle du corps thyroïde sont des phénomènes dépendants de l'hypernutrition de ces organes; l'exophthalmie est purement mécanique, et il n'y a pas d'hypertrophie des tissus rétro-oculaires.

L'émotion, ai-je dit, joue un grand rôle dans l'étiologie de la maladie de Basedow, et je vais, avant de terminer cette première conférence, vous citer deux cas démonstratifs de cette proposition. La jeune ûlle d'un meunier est réveillée la nuit par l'incendie du moulin qu'elle habite, et comme ce moulin n'était pas assuré, c'est la ruine pour les parents. Il y a là non seulement la terreur de l'incendie, mais l'affliction de la fortune perdue. Alors palpitations, palpitations qui deviennent permanentes; le cou grossit, les yeux sortent des orbites et le goitre exophthalmique est constitué. Il y a vingt-cinq ans que je connais cette

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personne, aujourd'hui à peu près guérie, bien que les yeux soient encore un peu saillants et le cou un peu plus gros qu'à l'état normal; elle est toujours émotive, et, de plus, elle est ultradévote; c'est là sa déséquilibration cérébrale, car il ne faut jamais être ultra-(( n'importe quoi».

Autre fait : une jeune femme, vivant dans le célibat, avait placé sur la tôte de sa nièce toutes les tendresses d'une maternité sans emploi. L'enfant meurt de fièvre typhoïde«et, à la suite de cette mort, la jeune femme est prise de palpitations et de troubles cardiaques. A Paris, oti elle vient, on constate une hypertrophie du cœur, de la tachycardie, quelques irrégularités et de l'œdème des membres inférieurs. Plusieurs médecins portent le diagnostic d'affection cardiaque sans souffle.

Je suis appelé à mon tour pour examiner la malade, et, frappé de l'exagération du nombre des pulsations, je lui mets à nu le cou qu'elle avait très cravaté, et je constate l'exis tence du goitre, goitre qu'elle cachait par coquetterie.

Bien qu'il n'y eût pas d'exophthalmie, je portai le diagnostic de maladie de Basedow, et le traitement vint me donner raison en guérissant à peu près la malade.

Les douches froides firent disparaître les accidents cardiaques en deux mois; et, retenez ceci, messieurs, je veux y insister en terminant, ces douches sont le meilleur traitement de la maladie.

Mais nous y reviendrons, car je suis loin d'avoir tout dit.

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