‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 211 sur 287 · CENT TRENTE-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CENT TRENTE-SIXIÈME LEÇON

Série morbide <lii goitre cxoi>litiialini(|uc.

Passivité de la peau. — Patliogénie de l'émolion, clef de la pathogénie du goître exophthalmique. — Série morbide progressive, allant de la simple névrose vasculaire au goîlro exophthalmique complet. — Folie du sympatliique et folie du cerveau.

, Messieurs,

Dans le goître exophthalmique, la vitalité de la peau n'est pas seulement amoindrie quant à son sympathique vaso-moteur — d'oti la tache rouge et l'exagération de la chaleur périphérique dont je vous ai parlé; elle l'est quant à ses glandes sudoripares — d'oïl les sueurs profuses ; elle l'est quant à ses glandes sébacées — d'oîi l'acne fréquente ; elle l'est quant à son épiderme, d'où les éruptions de vûiligo; elle l'est, enfin, quant à son derme, d'où | la diminution de sa résistance, d'une part au passage d'un courant électrique, d'autre part à la compression.

Ainsi le docteur Larat,-, qui s'occupe avec succès d'électrisation médicale, a constaté devant vous que la résistance au courant était de 2500 ohms (1) chez une femme bien portante ; elle n'est plus que de 1200 chez notre numéro 6 et de 900 chez le numéro 25 ; elle est donc diminuée de moitié chez la première | et des deux tiers chez la seconde. Pour la résistance h la compression, elle est également tellement affaiblie que, chez une autre goitreuse exophthalmique, dont je vais vous parler tout à l'heure, et qui était entrée chez nous au numéro 22 pour un rhumatisme articulaire aigu, il se produisit, au bout de quinze jours, une eschare au sacrum, reproduction exacte du decubilus acutus que l'on observe dans la paraplégie par myélite aiguë.

(1) Le K ohm » est une mesure arbitraire représentant l'unité de résistance.

ENCORE l'émotion. 667

La faiblesse paralytique de la peau est donc démontrée quant ;\ ses vaisseaux, quant à son nerf et quant à son derme.

Je crois devoir revenir encore sur l'émotion, car son étude analytique donne la clef du goitre exophthalmique.

Quoi de plus banal que l'émotion et les larmes à la suite? Et quoi de plus inexpliqué? Acte réflexe de part et d'autre. Mais pourquoi des larmes ici et de l'urine là? La seule différence est que le réflexe rénal est moins fréquent : voilà tout.

Chez d'autres, il y a de la polycholie, de la diarrhée bilieuse, de l'ictère émotif; mais, au fond, c'est toujours le même phénomène : il y a pleurs de bile au lieu de pleurs de larmes ; l'émotion a porté sur une glande différente, la glande hépatique au lieu de la glande lacrymale.

L'émotion, phénomène d'impression cérébrale, chemine donc des circonvolutions vers le bulbe (centre vaso-moteur), puis vers la région cervicale de la moelle (lieu d'origine des filets du grand sympathique), et de là se propage sur les plexus.

Eh bien, notre numéro 6 a de la diarrhée bilieuse tous les jours. Son foie, au lieu de 8 centimètres de matité sous-mamelonnaire, en a 10 et demi. Il y a donc chez elle une congestion habituelle de la glande hépatique; elle pleure de la bile, sous l'influence de l'état émotif qui a engendré son goitre exophthalmique. Mais les flux de larmes, de bile et d'urine que détermine l'émotion ne sont chez vous et moi que transitoires, tandis qu'ils deviennent permanents dans la maladie de Basedow.

Le gonflement de la glande thyroïde est également d'ordre réflexe. Les passions agissent sur cette glande. A la puberté, elle augmente de volume, surtout chez la femme, et il est de tradition que la perte de la virginité fait grossir le cou.

« Vénus t'a touchée, ma fille, dit Goethe faisant parler une mère, et bientôt ton «petit corps n (le corps thyroïde) va se transformer. »

' Par réflexe sur le plexus cardiaque, fonctionnement exagéré du cœur, hypertrophie du ventricule gauche. Par retentissement m le plexus pulmonaire, troubles respiratoires, attaques intenses de dyspnée, et même chez les goitreux exophthalmiques, congestions pulmonaires et bronchiques, plus ou moins fugitives,

fif)8 LES fiOITREUX EXOPHTHALMIQUES.

que Trousseau a signalées. Par ' réflexe sur le plexus solaire, vomissements, diarrhée, polycholie ; et quand, dans le goitre exophthalmique, les troubles digestifs deviennent intenses, l'amaigrissement est très rapide, et comme il y a souvent alors des poussées fébriles, une erreur de diagnostic est possible. Je dois vous rappeler encore les troubles du plexus rénal, pollakisurie le plus souvent. Mais quelques malades ont de la glycosurie ou de l'albuminurie (notre numéro 22 a eu de l'albuminurie), phénomène passager que vous comprendrez facilement si vous vous rappelez l'expérience de Claude Bernard, démontrant que la piqûre du plancher du quatrième ventricule provoque ici la glycosurie, plus bas l'albuminurie; or le centre vaso-moteur est précisément situé entre le bec du calamus et les tubercules quadrijumeaux.

Le plexus utérin peut être atteint dans l'émotion; or dans le goitre exophthalmique il y a fréquemment suppression des règles, comme chez notre numéro 6.

Vous trouvez donc toute la symptomatologie de l'émotion transportée dans celle du goître exophthalmique, etje vais vous rendre cette proposition évidente en vous parlant d'abord des formes frustes de la maladie pour arriver progressivement aux formes complètes.

Certains émotifs sont atteints d'une névrose vasculaire bien évidente; il y a chez eux une sorte de débandade des muscles vaso-moteurs. Or, quand ces muscles ont cessé de fonctionner régulièrement, il y a retentissement sur le cœur, tachycardie et palpitations.

C'est surtout en ville que vous observerez cette névrose vasculaire. J'ai eu l'occasion de voir la femme d'un conseiller à la cour de Bruxelles, extrêmement émotive, qui, assise, avait un pouls battant 100 ou 103 fois par minute, et qui, dès qu'elle se mettait debout, avait 10, 13, 20 pulsations de plus.

Cette dame avait la tache rouge, la tachycardie, l'hypertrophie ventriculaire ; sa névrose vasculaire l'avait conduite à l'hypertrophie du cœur par excès de fonctionnement. D'auli'es ont, outre les palpitations, une douleur de la pointe du cœur, une véritable contusion du sommet de l'organe heurtant contre la

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