NÉVROSE VASCULAIRE. 6G
paroi thoracique. Chez d'autres, à ces phénomènes se joint de l'œdème des malléoles par une sorte de paralysie des vaisseaux. Dans ces cas, comme il y a palpitation, douleur de la pointe, œdème malléolaire, les malades se croient atteints d'une maladie du cœur; mais ce qu'ils ont en plus (et c'est énorme), ce sont les troubles psychiquesîqui vous dénoncent la névrose. J'ai vu dernièrement un malade qui m'était envoyé par mon collègue, le docteur A. Fournier, et qui présentait des palpitations, de l'essoufflement et de l'œdème ; il n'avait cependant qu'une névrose vasculaire. Tous ces malades sont des émotifs. Un de mes anciens élèves, qui se croyait atteint de lésion cardiaque, n'avait que la névrose en question; je le rassurai de mon mieux; mais quelques mois plus tard, il revint, se croyant atteint de phthisie aiguë, parce qu'il avait de l'oppression émotive. Il était devenu hypochondriaque et avait arrangé son petit roman pathologique.
Nous avons au numéro 1 de notre salle Trousseau un bel exemple de cette névrose vasculaire avec tachycardie, tremblement et sueurs profuses.
Cette femme, âgée de trente-six ans, est entrée à l'hôpital pour son tremblement et ses palpitations j elle se croit atteinte de maladie de cœur.
Dans son enfance, elle dit avoir eu la rougeole, la scarlatine, la variole; elle était chétive.
Elle a été réglée à treize ans, et depuis lors se plaint de maux de tête et de maux de reins. Elle a toujours été très nerveuse, pleurant et se fâchant facilement, tremblant pour la moindre cause.
Il y a trois mois environ, elle commença à trembler. Le tremblement était généralisé et ne cessait que pendant le sommeil.
En même temps elle perd ses forces, éprouve des palpitations et on lui dit que son cou grossit.
Depuis cinq mois, ses règles, tout en venant régulièrement, sont moins abondantes, rosées, et ne durent qu'un jour.
Actuellement, le tremblement a diminué.
hQcœura 13 centimètres dans son grand diamètre oblique; l'aorte, 3 centimètres. Ce sont là de gros chiffres pour une femme.
«TU LliS QOlTUliU.X EXOI'HTUALMIQUES,
En coi'Liiins points, le premier bruit est un peu souiïïanl; en d'autres, il y a un léger « bruit de galop ».
Il y a des sensations désagréables au niveau du cœur.
Le pouls est à 120 le 19 mai, à 108 le 20.
La malade éprouve une sensation de chaleur perpétuelle ; le% pieds et les mains sont baignés de sueur. Jamais d'œdôme des pieds.
Le doigt trace la me méningilique.
Les pneumogastriques ne sont pas douloureux ; la nuque l'est un peu.
Le sommeil est agitée entrecoupé de rêves et d'insomnie surtout depuis que la malade est entrée à l'hôpital.
La vue est trouble, la malade ne peut lire à si petite distance que ce soit; pas d'ophthalmoplégie externe, ni vomissements, ni diarrhée.
Il ne paraît pas y avoir de polyurie ; les urines ne contiennent pas d'albumine.
Le traitement a consisté, dès le début, en douches froides, bromure de potassium donné à la dose de 2 grammes par jour et sulfonal, 1 gramme le soir.
Par ce traitement, les sueurs, le tremblement et l'insomnie ont notablement diminué ; mais la tachycardie n'a pas été sensiblement amendée.
Ce premier terme de la maladie de Basedow est aussi incurable que les termes les plus avancés de la série morbide basedowienne, que le goitre exophthalmique le plus complet.
En résumé, la névrose vasculaire représente une unité de plus dans la trinité classique basedowienne ; elle commence la série morbide, et persiste alors que, par le traitement, les symptômes les plus grossiers de la maladie de Basedow (« gros yeux et gros cou ») ont à peu près disparu, llyatoujours alors le «groscœur dont cette névrose vasculaire est la génératrice, et c'est même là un exemple frappant d'un trouble fonctionnel générateur d'une lésion organique, d'un trouble de la vitalité, propriété de la matière, engendrant une lésion de la matière.
Voilà l'ébauche du goitre exophthalmique; les malades qui en sont atteints sont des candidats à la maladie de Graves.
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Dans des cas plus intenses, il y a do plus une hypeiarophie thyroïdienne. Un réseau veineux très visible se développe à la partie antérieure du cou et devient quelqueibis variqueux; il peut môme présenter des mouvements puisa til's. Nous approchons ainsi du goitre exophthalmique complet. Un degré déplus et l'on a l'exorhitisme, dû à des phénomènes congestifs qui se produisent dans le tissu cellulaire rétro-oculaire ; il y a une sorte de bouffissure de ce tissu. La maladie de Basedow est alors constituée dans sa forme la plus complète. En résumé, voici la série morbide :
1" Névrose vasculaire périphérique, oti il n'y a ni goitre, ni exophthalmie, ni hypertrophie du cœur, mais parésie vaso-motrice seule, avec débandement de la tension artérielle, palpitations du cœur, des carotides et des autres grosses artères (ainsi de l'aorte ventrale); par conséquent, plus tard hypertrophie du ventricule gauche possible par exagération fonctionnelle ;
2° Névrose vasculaire périphérique; plus névrose vasculaire (hyroïdienne, avec hypertrophie de la glande (goitre exophthalmique sans exophthalmie) ;
3" Névrose vasculaire avec goitre ; ^\\x?> hypertrophie du ventricule gauche (le goitre exophthalmique tend à se compléter ; l'exophthalmie manque encore) ;
4° Névrose vasculaire avec goitre, hypertrophie cardiaque ; plus exophthalmie (la maladie de Basedow est complète).
Que leur affection soit fruste ou complète, tous ces malades sont des agités ; ils sont irascibles, présentent des troubles du caractère. Un degré de plus, c'est l'aliénation mentale; ils deviennent fous par exagération de leur trouble cérébral habituel. J'ai vu, avec le docteur Lecorché, une dame à idées très ambitieuses, qui était atteinte de goitre exophthalmique. Chez elle, l'hydrothérapie fit à peu près disparaître les principaux symptômes; puis son mari s'étant présenté à la députation et ayant échoué, ce n'est pas lui qui perdit la tête, mais elle, qui resta privée de ce qu'elle avait de raison pendant près de trois mois.
Les goitreux exophthalmiques sont donc à leur tour candidats à l'aliénation mentale.
Alors le cercle vicieux est complet. Partant du cerveau, le
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phénomène «émotion», après avoir produit les troubles fonctionnels et les lésions matérielles du goitre exophthalmique, retourne, chez quelques-uns, au cerveau et y fait la folie; le cerveau, dans ces cas, ne demandait pas mieux que de mal faire.
11 est une objection que je prévois et à laquelle je dois répondre. Voici l'objection : « Comment comprendre qu'il y ait si peu de goitreux exophlhalmiques, alors qu'il y a tant d'émotifs avec troubles vasculaires? »
Voici ma réponse : « Gomment comprendre qu'il y ait si peu de vrais fous, alors qu'il y a tant de toqués? »
En réalité, l'explication est très simple : les émotifs, comme les toquésj peuvent indéfiniment vivre en côtoyant sans cesse, sans jamais les franchir, ceux-ci les frontières de la folie, ceuxlà les frontières du goitre exophthalmique (cette folie du sympathique) ; mais vienne une émotion plus intense, et les frontières sont franchies ; l'un devient fou, l'autre goitreux exophthalmique.
Voici le cas d'une malade qui démontre à la fois qu'une émotive peut devenir goitreuse exophthalmique, et qu'une goitreuse exophthalmique est placée sur les frontières de la folie.
Cette malade, âgée de cinquante ans, nous est apportée à l'hôpital, le 7 novembre 1889, salle Trousseau, n° 22; elle est incapable de marcher; ses jambes sont fléchies au niveau des jointures et douloureuses. Elle parle avec volubihté; elle a même un tel flux de paroles que, cela joint à un peu d'embarras de la langue, il est très difficile de la comprendre.
Il y a huit ans, elle fit une fausse couche de trois mois. A partir de ce moment, elle est devenue nerveuse, irritable ; sa vue s'est troublée, elle avait des brouillards devant les yeux. Sa situation de fortune avait brusquement changé ; de l'aisance elle tombe dans une situation très précaire. Elle ^st dès lors obligée de se livrer à des travaux pénibles, de porter de lourds fardeaux ; enfin elle se nourrit mal.
Au commencement de novembre 1889, cette femme est à bout de forces ; elle est extrêmement fatiguée ; la fièvre s'allume, les jambes enflent, la marche est presque impossible. Il y a un peu d'oppression, et le cœur bat violemment,