‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 217 sur 287 · LES GOITREUX EX0PI1THALM1QUE · texte numérisé non relu

LES GOITREUX EX0PI1THALM1QUE

térielle du cœur; il m'a été donné d'observer longuement des cas où cette série morbide a été réalisée.

Le goitre exophthalmique constitue donc une maladie redoutable, d'abord en raison de sa durée indéfinie ou du moins indéterminée et de sa presque incurabilité. Ainsi notre malade du numéro 6 nous a dit que son père avait été atteint de goitre exophthalmique ; par un traitement judicieux il a paru guérir, i mais nous avons constaté chez lui de la tachycardie; il a encore i 90 pulsations. Ces malades restent donc des candidats perpétuels . au goitre exophthalmique; ils n'abdiquent jamais. Les troubles ; nerveux peuvent aussi persister chez eux ; ils sont encore et . toujours des candidats àla folie. A la suite de quelques émotions, ils chavirent facilement du côté de Taliénation mentale.

Il en a été ainsi chez une malade que j'ai vue avec Lecorché, ', et qui est devenue folle, après avoir été atteinte de goitre exoph.- • thalmique. Une autre fois, c'était chez une dame, femme d'un « médecin distingué, atteinte de goitre exophthalmique par hérédité, qui est devenue folle. Sa mère, qui avait eul pendant plus ; de vingt ans la môme maladie, était morte comme une car- • diaque qu'elle était devenue, avec infiltration généralisée, dila- tation veineuse, lésions pulmonaires et lésions du cœur. La fille .[ savait qu'elle avait la même affection que sa mère; très émotive, ,j grande musicienne et par conséquent fort impressionnable, elle j était devenue folle après la mort de sa mère. |

On me l'amena à Paris ; elle avait réellement la monomanie .de la maladie du cœur, ne parlant que de cela, disant qu'elle ! allait mourir par le cœur comme sa mère.

Pendant huit jours elle fut absolument folle, refusant de manger, la chose étant inutile puisqu'elle allait mourir. Il y a de cela dix ans ; elle est maintenant très bien portante, quoique toujours émotive, musicienne et goitreuse. Je l'ai guérie par de bonnes paroles et de bonnes douches.

Ce sont là deux faits à retenir que l'importance de l'hérédité et la tendance à l'aliénation mentale. Ces malades sont de? émotifs, et voilà pourquoi ils deviennent facilement des aliénés.

Le pronostic doit donc toujours ûlrc des plus réservés; le goitre exophthalmique est une maladie très grave, car il dérive

DIAGNOSTIC PARFOIS DIFFIGILK. «79

d'une infirmité du système nerveux tout cnLicr : grand sympathique, bulbe et cerveau, et tourne d'autant plus facilement à la folie complète que ces goîtreux-Ià sont déjà et toujours des demi-fous.

Le pronostic peut encore s'aggraver par le fait d'une maladie intercurrente. Notre malade du numéro 22, cette Sévigné de la maladie de Basedow, ayant été atteinte de rhumatisme, celui-ci prit les allures d'un rhumatisme quasi-infectieiix. Chez une autre, celle du numéro 25, la grossesse avait été accompagnée de vomissements incoercibles dus non ;\ une gastrite, mais ;\ l'existence de la maladie de Basedow.

A propos du diagnostic, j'ai coutume de dire, sous forme paradoxale, que rien n'est à la fois plus facile et plus difficile : plus facile, quand la triade est au complet; mais les gros yeux peuvent manquer ; d'autre part le cou est habillé, caché, surtout chez les femmes, qui masquent exprès leur maladie; enfin le pouls est fréquent, mais chez une nerveuse on pourrait ne pas s'y arrêter. Il n'en faut pas moins enlever audacieusement la cravate, démasquer l'ennemi, le gros cou; et rien ne sera plus facile alors que le diagnostic. Mais il y a les cas frustes; rien alors n'est plus difficile et l'on commet les erreurs les plus monstrueuses. Un malade est atteint de cachexie ; il maigrit, il a parfois de la diarrhée ; il présente une sorte de fièvre incontestable s'élevant à 38, 39 degrés, on pense à une fièvre typhoïde. Ainsi je vois un jeune banquier de Gonstantinople ; on le dit atteint de typhus permanent. Il a bien le cou un peu gros, mais les yeux sont peu saillants. Il a de la fièvre, jusqu'à 39 degrés, dit-on ; moi-même j'ai constaté 38°, S. C'est un goitreux exophthalraique. Je l'ai amendé par l'hydrothérapie ; mais il est resté émotif, son pouls est encore à 90 pulsations; le corps thyroïde est à peu près normal. Il est toujours candidat à son affection antérieure.

En 1863, étant chef de clinique de Trousseau, j'ai vu un malade reçu par Archarabault qui avait diagnostiqué une fièvre typhoïde, puis qui l'envoya à Trousseau, en raison de la persistance des symptômes. Le goitre exophthalmique était peu connu alors ; c'est le premier cas que j'aie observé.

680 LES GOITREUX EXOPHTHALMIQUES.

D'anlrcs fois on pense à une phlhisie aiguii ; on trouve bien quelques râles, mais la phlhisie n'évolue pas. J'ai vu encore celte erreur commise par Gendrin et un médecin des plus remarquables, professeur actuel de celte Faculté. Il s'agissait d'une Havanaise atteinte de goitre exophlhalmique, à la suite d'une révolution où elle avait perdu sa fortune. Je survins comme un troisième larron et je fis le diagnostic exact.

Rien n'est donc plus facile et plus difficile, et moi-même j'ai commis l'erreur. Il s'agissait de la femme d'un pharmacien d'une petite ville de la Côte-d'Or. Cette femme avait été élevée dans une ferme, chez son père; à la suite de son mariage, elle vient habiter dans une boutique de province. Elle dépérit, elle présente de la fièvre, de l'oppression ; son pouls augmente de fréquence. On me l'envoie comme atteinte de phlhisie et je confirme ce diagnostic. Je la revois deux ou trois mois après ; elle présente les mêmes symptômes, mais pas de lésions matérielles des voies respiratoires. Mais le pouls atteignait 120 pulsations; alors, toujours du même geste, je découvre le cou. Le corps thyroïde était hypertrophié; je l'interroge: il en est ainsi depuis cinq ou six mois ; auparavant son cou était normal. Avec cela pas de saillie des yeux ; aussi était-il facile de s'y tromper. J'instituai le traitement ordinaire : hydrothérapie, bromure de potassium. Je la revis une troisième fois ; son pouls était presque régulier, le corps thyroïde avait diminué et la malade reprenait de l'embonpoint. Les erreurs sont donc possibles, môme pour un médecin déjà prévenu.

Y a-t-il des lésions matérielles dans la maladie de Basedow? Ici encore on peut répondre « oui » et « non » . Les dissidences des auteurs s'expliquent par la différence des symptômes et la différence dans la durée de la maladie. Il y a des cas bien observés, bien certains, oîi, à l'autopsie, on n'a rien trouvé. C'est une question de temps, de durée.

Chez notre malade du numéro 6, les yeux sont d'un jour à l'autre plus saillants ; cela s'explique par une turgescence, une congestion plus grande. Si la congestion est fugitive, les vaisseaux se vident, et il n'y a pas d'hyperplasie. Si la congestion s'établit c\ l'état permanent, il se forme une byperplasie réelle

Page 1