LÉSIONS MATÉRIELLES POSSIBLES
du tissu conjonclif ; les parenchymes s'altèrent et l'on observe des lésions varices des organes. Dans les cas anciens, le tissu cellulaire de l'orbite présente de l'infiltration séreuse, accompagnée de dilatation des vaisseaux intraorbitaires et de la dégénérescence graisseuse des petites veines et des artères ; lésions dues à un excès de fonctionnement et à l'usure athéromateuse. Quelquefois il y a encore de la dégénérescence graisseuse des muscles de l'œil.
Il en est de même pour le corps thyroïde. Chez certains sujets, il y a de la dilatation vasculaire et rien que cela. Plus fréquemment, il existe une hypertrophie incontestable du corps thyroïde, constituée par l'hyperplasie de l'épithélium des acini et l'hypertrophie du tissu conjonctif interstitiel; c'est une thyroïdite mixte.
11 est plus rare d'observer d'autres dégénérescences, des kystes.
Quant aux lésions du cœur, je vous en ai déjà parlé; il y a toujours dilatation des cavités du cœur, des deux oreillettes et des deux ventricules, quoique l'altération débute par le ventricule gauche. Les lames valvulaires sont parfois intactes, ou bien athéromateuses et calcifiées.
Vous savez qu'on observe aussi de la congestion du foie par hypérémie, révélée par de la diarrhée bilieuse, un gros foie comme chez la malade du numéro 6, dont le foie mesurait 13 centimètres de hauteur au lieu de 9. A la longue, les lésions peuvent devenir permanentes ; il se fait de l'hépatite chronique parenchymateuse et interstitielle. L'ictère grave peut en être la conséquence. Les lésions des reins ne sont pas la règle; on ne les rencontre que dans quelques cas.
Du côté du système nerveux, on ne trouve le plus souvent rien dans l'encéphale ; mais il existe parfois des lésions du grand sympathique, portant sur ses cordons ou sur ses ganglions. J'ai vu dans un cas une femme mourir par apoplexie, avec de l'athérome des artères cérébrales, un gros cœur et des dégénérescences artérielles; mais, d'autres fois, on a pu trouver des altérations parenchymateuses et interstitielles du grand sympathique ; on a •trouvé les cellules ganglionnaires granuleuses, les tubes nerveux
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brisés, fragmentés, lésions qui expliquent les symptômes, le grand sympathique présidant à l'innervation vaso-motrice. Par contre, il est d'autres fois impossible de trouver aucune lésion; c'est une question de durée dans la maladie.
Le traitement a ici un rôle important. Ce qu'il faut, c'est tonifier le système nerveux périphérique, c'est-à-dire les nerfs sensitifs de la peau et les nerfs des vaisseaux cutanés. Aussi faut-il prescrire les douches froides de près d'une minute de durée, deux fois par jour ; et ce traitement est accepté avec enthousiasme par les malades, qui présentent une grande résistance au froid, en raison de leur dilatation vasculaire. L'hydrothérapie est donc la base du traitement ; mais ce n'est pas tout. Il faut encore donner non la digitale, qui échoue toujours et produit des troubles de l'estomac, mais du bromure de potassium, comme sédatif du système nerveux, à la dose de 2, 4, 1 6 grammes par jour. Il faut ensuite penser à faire dormir les malades; l'opium ne réussit guère, mais le sulfonal a une efficacité que vous avez pu constater chez les malades du numéro 23 et du numéro 6. Vous en donnerez 1 ou 2 grammes par jour en deux fois. On a aussi conseillé l'électrisation par les courants continus ; comme sédatif, C'est très utile.
Et puis quoi encore? L'aconitine, la vératrine, la teinture de veratrum viride? Méfiez-vous ; ce sont des moyens peu sûrs; on n'obtient une action sur le cœur qu'en empoisonnant le malade.
En terminant, je ne puis m'empècher de demander à quoi sert le corps thyroïde? C'est un organe énigmatique, comme le thymus, les capsules surrénales. Il n'est bien connu que par ses maladies et non par ses fonctions physiologiques. Le thymus peut dégénérer en lymphadénome du médiastin, dont on meurt; dans les capsules surrénales siège la cause de la maladie d'Addison,. comme, dans le corps thyroïde, celle de la maladie de Basedow. Ce que nous savons, du moins, c'est que l'ablation de cette glande peut être suivie d'accidents redoutables.
Les goitreux sont fréquents en Suisse ; on dit d'eux qu'ils ont un «cou de Genève». On a enlevé dans cette ville et en d'autres localités de la Suisse le corps thyroïde; mais la thyroïdectomie totale a été suivie d'accidents remarquablement décrits
ROLE DU CORPS THYROÏDE. fiSS
pai-Kocher (de Berne) et les deux Hoverdin surtout. Eh bien, après celle opération, on observe un ralentissement de la vie intellecluelle, médullaire et organique, de la lenteur dans les idées, de la difficulté à comprendre, de la perle de la mémoire ; l'individu devient triste, taciturne, silencieux ; il y a absence de sécrétion cérébrale, un état crétinoïde. Puis la figure prend un aspect spécial; le tissu cellulaire sous-cutané s'infiltre, surtout à la face; il y a bouffissure des paupières et des traits, immobilité du visage ; les lèvres sont gonflées et renversées, l'aspect est hébété; il y a, de plus, refroidissement périphérique, plus grande sensibilité au froid extérieur, c'est-à-dire atrophie intellectuelle et hématopoiétique, un arrêt de développement dans tous les sens.
C'est ce qu'on a appelé le myxœdbme; or ce myxœdème, Gharcot et Bourneville l'ont également décrit chez les crétins dépourvus de corps thyroïde, témoin cet enfant surnommé le pacha de Bicêlre. Chez lui, le corps thyroïde était atrophié ; donc, l'atrophie de cette glande est suivie du myxœdème, du crétinisme, et il en est de même après son ablation chirurgicale. Ainsi, voilà une glande sans conduit excréteur qui peut jouer un grand rôle dans l'organisme. Après l'ablation du corps thyroïde, ce qu'on observe encore c'est une tendance singulière au refroidissement; or^ dans la maladie de Basedow, c'est exactement l'inverse qui a lieu. Dans le myxœdème s'observe encore le ralentissement du pouls, tandis qu'il s'exagère dans le goitre exophthalmique.
Le corps thyroïde a donc un rôle important. Quel est-il? 11 servirait à absorber la mucine; il produirait une matière annihilant certaines substances alcaloïdiques formées par les organes. En réalité, ou peut dire qu'il est utile, et c'est tout.
Voici, pour le prouver, le résumé d'observations et d'expériences à ce sujet :
En 1883, Kocher (de Berne), au congrès allemand de chirurgie, appela l'attention sur les graves désordres qui suivent l'ablation delà thyroïde. Reverdin (de Genève), en même temps, montra l'analogie qui existe entre cette affection et le myxœdème ou cachexie épidermique de Gharcot. Deux chirurgiens anglais, encore à la môme époque, Hilton Fagge et sir W. Gulf,
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firent voir le rapport qui existe entre le myxœdème et les lésions du corps thyroïde.
Voici, d'ailleurs, d'après Kocher et Reverdin, le tableau clinique des troubles consécutifs à la thyroïdectomie : quatre à cinq mois après l'opération, faiblesse dans les bras et dans les jambes, fatigue, douleurs dans différents groupes musculaires, sensation de froid aux extrémités. D'autre part, gonflement du -visage, des bras, des jambes ; puis le corps tout entier augmente de volume; peau pâle et sèche, sans plis, muqueuses pâles; les cheveux tombent.
Troubles intellectuels : difficulté au travail, intelligence lente, parole lente. Quelquefois vertiges, syncopes; rarement convulsions tétaniques.
Voici maintenant la démonstration expérimentale, décisive, par Horsiey (de Londres), qui enlève la thyroïde à des chiens et à des singes, et voit le myxœdème se développer.
Les expériences de Horsiey ont été répétées par Kocher.
D'autre part, Horsiey a constaté que, dans le myxœdème, chez l'homme, le corps thyroïde est profondément altéré, qu'il y a développement considérable du tissu conjonctif, lequel a envahi tous les éléments.
Un peu plus tard, on remarque que le myxœdème consiste en un œdème dur de la peau : le tissu conjonctif sous-cutané revient à l'état de gélatine de Wharton. Quand la thyroïde n'existe plus, il se fait donc une accumulation de mucïne dans tout le tissu conjonctif.
Mais cette explication ne rend pas compte de tous les faits : 1° Des troubles cérébraux (état intellectuel des crétins) ; 2° Des phénomènes d'intoxication que présentent les animaux opérés.
Les anciennes expériences de Schiff attestaient déjà une intoxication.
Quand on laisse une petite portion de glande, les animaux ne meurent pas.
On a supposé, étant donné tous ces faits, que la thyroïde neutralise des substances toxiques produites dans l'organisme ; peut-être s'y dépose-t-il des corps à fonction alcaloïdique qui y sont normale-
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ment «^eïrwi^s.Le mécanisme interne de cette action nous échappe encore complètement, et Muntz, de Berlin (1888), a vivement attaqué les idées nouvelles qui se font jour sur les fonctions de la thyroïde.
Les expériences ont donc démontré l'importance du rôle de la thyroïde dans la production de la cachexie strumiprive ou myxœdème, sans bien nous éclairer sur son rôle habituel à l'état normal.
C'est ici le cas de signaler le résultat du traitement du myxœdème par les injections du suc thyroïdien imaginé par M. Bouchard.
« Depuis les résultats obtenus par M. Brown-Séquard avec les injections de suc spermatique, j'ai eu l'occasion, dit M. Bouchard, de reprendre à la Charité, avec la collaboration de M. Charrin, cette idée dû traitement du myxœdème par les injections de suc thyroïdien, et de l'appliquer simultanément sur deux malades.
« Chez toutes deux, les résultats des injections ont été étonnamment rapides et se sont montrés favorables de la façon la plus évidente.
« La turgescence œdémateuse de la face, des paupières, des lèvres, des mains, des avant-bras, a disparu avec la plus grande rapidité, pendant que, par le fait même de la disparition de ces œdèmes, le poids du corps diminuait notablement; en même temps il s'est produit une amélioration considérable au point de vue fonctionnel. La lenteur de la parole, la torpeur intellectuelle, la difficulté à se mouvoir, que présentaient mes deux malades, se sont amendées d'une façon véritablement frappante.
« La température qui, chez l'une et l'autre, était inférieure à la normale, s'éleva sensiblement, et ces deux femmes qui, auparavant, avaient une telle sensibilité au froid qu'elles restaient tout habillées dans leur lit, purent renoncer à cette habitude dès que les injections eurent été faites. Notons enfin l'abondance de la sécrétion urinaire, que l'on constata à la suite des injections parallèlement avec la diminution des œdèmes.
« 11 y eut donc, en résumé, une amélioration considérable; mais, à côté des effets favorables, je dois signaler quelques effets
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fâcheux qui se sont produits après les injections. Il ne s'agit nullement d'effets locaux, attendu qu'il n'y a eu aucune réaction locale appréciable, mais de céphalées, de douleurs dans les membres et dans le thorax, qui, à plusieurs reprises, durent faire suspendre les injections. Ces troubles disparaissaient avec .la cessation des injections, et reparaissaient dès qu'on reprenait les injections, après cinq ou six jours d'interruption. »
GOITRE EXOPHÏUALMIOUE liT HlillÉDlTÉ.