CENT TRENTE-HUITIÈME LEÇON
(ioitro oxopUtUalmiquo. — Épilepsie. — Aiisiue de iioitrine tl'uste. — Corrélation de ces névroses.
Rhumatisme et cliorée? rhumatisme et goitre cxophthalmi«inc.
La maladie de Basedow est une névrosa cérébro-bulbaire. — Troubles de tons les plexus viscéraux. — Bienfaits de la révulsîon, — Coanexité des névroses.
Messieurs,
S'il était besoin de démontrer l'origine bulbaire delà maladie de Basedow, je pourrais invoquer le cas de la malade eoucbée au numéro 13 de la salle Trousseau ; s'il était besoin de démontrer les bienfaits de la révulsion, même dans cette névrose, je pourrais également citer ce cas ; enfin, s'il était besoin de démontrer l'origine émotive du goitre exophtbalmique, je pourrais mentionner le cas du numéro 7 de la môme salle.
Voici les faits. La jeune femme eoucbée au numéro 13 est observée par nous depuis deux ans, époque où elle est entrée dans le service pour ta première fois (i). Sortie améliorée au bout de six mois, elle y rentre au mois de décembre pour des palpitations très vives et très douloureuses.
Je vous rappelle que cette malade présente des antécédents très intéressants, car cbez elle, en effet, la névrose est héréditaire. Son père qui en était atteint est maintenant en meilleur état, quoiqu'il soit resté très nerveux et ait encore de l'cxorbitisme. La mère est également très nerveuse. Elle est sujette aux attaques de nerfs et aux gastralgies, surtout au moment des règles.
Si je voius eile ces faits, c'est pour vous tnontrer lai filiation
(l) Voii' [>las haiil, leçon c.\xxv, p. 600.
088 LI£S QOIÏRliUX EXOPHTHALMIQUES.
des accidents nerveux pouvant aboutir à l'épilepsie ou à l'hystérie.
Noire malade a deux sœurs, l'une a été rachilique dans son enfance; l'autre est actuellement chez nous au numéro 8. C'est une chlorotique, c'est-à-dire (comme je définis la chlorolique par un terme volontairement trivial, mais qui rend bien la réalité de la chose) « une ratée ». La femme est faite pour engendrer, et lorsqu'elle n'est ni réglée ni fécondable, elle manque à « sa mission naturelle et sociale ». C'est d'ailleurs une « déséquilibrée » de son système nerveux.
Notre jeune exophthalmique du numéro 13 a. été réglée à onze ans. A quatorze ans, elle a eu des perturbations menstruelles, « des suppressions ». En même temps que survenaient ces troubles, elle fut prise de palpitations et son cœur devint bondissant; puis bientôt apparurent le gonflement du cou et enfin la saillie des yeux. En quelques mois la triade était complète.
Entrée dans le service à l'âge de dix-sept ans, elle en sortait six mois après très améliorée par l'hydrothérapie. Son pouls, de 120 à 140, était tombé à 90 pulsations par minute.
Au mois de décembre 1891, elle fut prise de palpitations très vives et très douloureuses, et fut admise de nouveau dans le service.
Voici son état au mois de février 1892 : les yeux sont volumineux, les paupières peuvent à peine les recouvrir, elles semblent lourdes à la malade ; cependant leurs mouvements sont synergiques à ceux du globe oculaire. Les sclérotiques sont bleuâtres avec une légère teinte subictérique ; les pupilles sont égales et normales; le champ visuel est également normal, mais la malade se fatigue vite à lire.
Le goitre est assez volumineux, symétrique, formant une saillie régulière; chose remarquable, il varie continuellement de volume; n'oublions pas, en effet, que le corps thyroïde est une sorte d'éponge vasculaire se gonflant et se dégonflant nerveusement. A sa surface, on voit des battements et des mouvements d'expansion très marqués. Les carotides présentent des battements qui simulent u la danse des artères » de l'insuffisance aorliquc. Enfin, à l'auscultation, on entend des souffles Ihyroï-
GOITRE EXOPHTHALMlQUii ET PLEXUS VISCÉRAUX. 68»
diens. Notons également un frémissement vibratoire très intense, absolument comparable au Ihrill des anévrismes artérioso-veineux et qu'on sent par la palpation le long du trajet des carotides.
Du côté du cœur, on constate des palpitations survenant par accès, des battements très intenses frappant avec une grande énergie la paroi thoracique, une hypertrophie considérable du cœur gauche, et à l'auscultation un premier bruit normal, un deuxième bruit remplacé par une sorte de tumulte avec de temps à autre un petit dédoublement. Pouls : 404, petit; pression au manomètre : 2! .
Voilà pour le plexus cardiaque.
Voici, maintenant, pour les troubles nerveux du grand sympathique : tremblement très marqué des mains et des pieds. En réalité, le goitre exophthalmique est plus qu'une « triade » , c'est une « quatriade » de par le tremblement, qui est en effet très fréquent.
Comme autres phénomènes dus à la « déséquilibralion » de l'innervation vaso-motrice, il nous faut encore citer la raie méningitique qui apparaît très rapidement et dure longtemps chez notre malade ; une sensation de chaleur périphérique intense avec recherche du froid ; des sueurs profuses prédominant surtout à la paume des mains et à la plante des pieds.
Le sympathique viscéral, comme le sympathique périphérique, est manifestement offensé.
Du côté du plexus solaire, on note une soif vive, de l'anorexie, des vomissements, une dilatation de l'estomac due à la parésie de la tunique musculaire.
Du côté du plexus pulmonaire, nous constatons des accès de dyspnée intense.
Du côté du plexus utérin, nous trouvons la suppression des règles depuis quatre ans, et l'atrophie des seins coïncidant avec la disparition des règles.
Du côté du plexus rénal, il y a de la pollakisurie et de la polyurie insipide sans sucre, ni albumine.
Gomme autres symptômes, notons encore la pâleur de la face
Peter. — Clin. niéd. ni. — 4i
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la décoloration dos muqueuses, dos insomnies rebelles résislanl à l'opium, au chloral, au sulfonal, etc.
Voilà, en février, la maladie doBasedow classique.
Tout à coup, en mars, la scène change de face. Au lieu d'un gros cou, de gros yeux, de palpitations, de tachycardie, nous vîmes tout à coup le cou diminuer de volume, les yeux rentrer dans l'orbite. Nous vîmes, quoi encore ! à la lachycardio succéder l'oligocardie, le pouls de UO tomber à 40, puis à 36 pulsations. Nous vîmes des convulsions épileptiformes, je dis à ton « épileptiformes» , car c'étaient de véritables attaques épileptiques avec perle de connaissance, morsure de la langue, incontinence d'urine. Dans la même nuit, trois autres attaques, mais sans morsure de la langue, par conséquent, tout à la fois une attaque d'épilepsie et des attaques épileptiformes. Chose remarquable, pas d'albumine dans les urines, donc ce n'étaient pas des attaques d'éclampsie.
Depuis, la malade a encore eu dix attaques. Pendant ces attaques, elle était oppressée, elle avait de la douleur à la région précordiale', et sur le trajet des nerfs pneumogastriques. Elle souffrait à la nuque. Elle était sur le point de mourir, elle le sentait et elle le disait : « Je meurs ; oh! que je souffre ! » En même temps la pâleur de sa face et l'état lipothymique de tout son être semblaient annoncer une fin prochaine.
(Toutes les fois que les malades vous disent : « Je vais mourir, » prenez garde ! Il semble qu'ils éprouvent des sensations de nature telle qu'elles soient incompatibles avec la prolongation de l'existence.)
Pour moi, les convulsions épileptiformes et le ralentissement du pouls étaient dus à l'ischémie du bulbe. flj
Malgré la pâleur de la face et la faiblesse de la malade, je fis appliquer immédiatement cinq sangsues à la région précordiale. Une demi-heure après, le pouls remontait de 40 pulsations à 60, et justifiait l'application de cette médication d'apparence téméraire et irrationnelle.
Gomme la malade souffrait beaucoup au niveau des deuxième et troisième apophyses cervicales, je fis appliquer des ventouses scariliées à la région de la nuque. Le pouls atteignit, le soir