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BIENFAITS DE LA RÉVULSION

môme, 64 pulsations, el les douleurs de la nuque disparurent en partie. Depuis lors la malade n'a pas eu de crises. Voilà qui est net comme résultat.

Permettez-moi ici de vous citer un fait analogue, sinon complètement identique. J'étais agrégé alors; un médecin éminent, qui aimait tendrement sa fille, m'écrivit : « Venez vite, ma fille se meurt d'angine de poitrine. » J'accourus et je trouvai une jeune femme, d'une pâleur extrême, disant : « Je vais mourir, ob ! Dieu, que je souffre! » Le pouls était tombé à 36 pulsations avec intermittence toutes les deux ou trois pulsations. La situation était sérieuse. Je conseillai immédiatement l'application de sangsues à la région précordiale. « Y pensez-vous? — Mais parfaitement. » Un moment de silence. « — Eh bien, mettez-les vous-même, » me dit le père stoïquement. Ce qui fut dit fut fait. Et pendant que le sang coulait, la malade répétait : a Oh ! que je suis soulagée 1 » Une demi-heure après, le pouls était à 60 pulsations et régulier. J'avais par conséquent amélioré la situation, Le soir même, le père était appelé dans une ville d'Italie. Il me dit : (I Je vous confie ma fille ; restez chez moi jusqu'à mon retour. » J'y restai.

Le lendemain j'appliquai un vésicatoire à la région précordiale ; il n'y eut plus de retour de l'angine. Tout allait pour le mieux lorsque, cinq jours après, sous l'influence de l'émotion que la malade éprouva au retour de son père, elle eut une violente attaque d'éclampsie qui dura quelques minutes. Le rétablissement fut lent; la santé laissa longtemps à désirer; mais enfin elle guérit complètement, car son angine était due à de la névralgie cardiaque et non à de la névrite.

Je vous cite ce fait pour vous montrer : 1° les bienfaits de la révulsion; 2° la corrélation qui existe entre ces deux névroses : angine de poitrine et éclampsie.

Je reprends l'histoire de la malade du numéro 13. Les douleurs de la région cardiaque et de la nuque avaient beaucoup diminué. La malade respirait mieux, le pouls était remonté à 90, puis à 100 pulsations, lorsque tout à coup il se produit un nouveau changement de scène; la malade se plaint de douleurs très vives, d'abord au niveau du cou-de-pied droit, puis au

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niveau do presque toutes les articulations. Elle avait une attaque de rhumatisme articulaire et tendineux. Ce rhumatisme génital, utérin, mais non blenuorrhagique puisqu'il n'y avait pas de leucorrhée, a en partie cédé à l'emploi du salicylate de soude. 11 ne reste plus qu'un peu de douleur dans les gaines tendineuses et un peu d'empâtement.

Ce matin, la malade n'a plus de fièvre : 36»,6 dans l'aisselle, 37°,8 dans le rectum.

Voilà donc une jeune femme qui, après avoir eu un goitre exophthalmique, présente actuellement les symptômes d'une angine de poitrine atténuée; elle soufi're dans ses deux pneumogastriques, surtout celui de gauche; elle souffre dans les carotides ou plutôt sur le trajet des nerfs qui sont accolés à la tunique de ces vaisseaux. J'ai fait de la révulsion aiguë parce qu'elle avait une aflection aiguë. Vous en voyez le bon résultat.

Eh bien, messieurs, permettez-moi encore d'ouvrir une parenthèse pour la glorification de la révulsion. Nous avons, dans le service, une femme qui a de l'aortite chronique, dont je vous ai parlé dans une de nos dernières leçons. Je vous disais qu'elle était menacée de mort par suite de la persistance et de la subintrance de ses attaques. On lui faisait des piqûres de morphine qui calmaient pour quelques instants la douleur, mais c'était tout. Eh bien, après la séance où je vous ai parlé d'elle, je lui fis appliquer trois cautères. Depuis elle n'a plus eu d'attaques, ou n'en a eu que d'embryonnaires, et à de très rares intervalles. Sa vie est devenue tolérable. Et ce que je dis n'est pas un fait exceptionnel, je l'ai constaté nombre de fois. 11 n'est pas toujours facile de faire accepter un cautère à un homme, encore moins à une femme. Il faut user de diplomatie thérapeutique. 11 importe d'abord de prouver que la révulsion est un bienfait. Pour cela, on applique un vésicatoire, puis des pointes de feu, et enfin, quand le malade est convaincu par l'évidence matérielle, on met un cautère dont on incise l'eschare deux jours après. On l'entretient pendant delongs mois, et, commele malade en éprouve un grand soulagement, il le conserve volontiers.

A propos de la coïncidence de l'angine et des attaques d'épilepsic, rappelez-vous ce que disait Trousseau : « L'angine de

ROLE DU PNEUMOGASTRIQUE. «J-*

poitrine est, chez certains sujets, une modalité possible de l'épilepsie. »

Maintenant, remarquez cette apparition subite d'un rhumatisme de forme particulière, génitale, plus tendineux qu'articulaire chez une névrosique. Or, il y a une névrose qui est une des formes du rhumatisme : c'est la chorée; eh bien, il en est ainsi de la maladie de Basedow. Et ici, messieurs (car on voit partout des maladies infectieuses), on ne peut faire intervenir le microbe. Mais si l'on invoque le sens commun, on peut admettre qu'il existe une relation entre le plexus utérin et le rhumatisme. Les faits que nous observons ensemble et ceux que je vous ai cités le démontrent, comme ils démontrent que le rhumatisme peut s'observer dans la névrose « chorée » et la névrose « maladie deBasedow» ; seulement le rhumatisme y est moins fréquent que dans la chorée, en raison de l'excès de chaleur périphérique des basedowiens. Or, vous remarquerez que notre malade a été atteinte de rhumatisme alors qu'elle allait mieux et que sa chaleur périphérique était moindre.

Je reviens à ma malade et à son attaque d'oligocardie. Qu'estce que cela? Vous savez que les frères Weber ont démontré que, sous l'influence de l'excitation des pneumogastriques, on pouvait non seulement produire le ralentissement, mais encore l'arrêt des battements du cœur. Or, entre le ralentissement et l'arrêt, il n'y a qu'une affaire de degré ; ici on peut faire deux hypothèses, ou supposer chez cette jeune femme une excitation du pneumogastrique, telle que le ralentissement du pouls en a été la conséquence, et non seulement ralentissement du pouls, mais grande pâleur, diminulior^ du volume de corps thyroïde et de saillie des globes oculaires par suite d'un moindre afflux du sang dû à la contracture des vaisseaux thyroïdiens et intraorbitaires, ou bien, si l'on se place à un autre point de vue et si l'on suppose que c'est surtout le grand sympathique qui produit la tachycardie, on peut invoquer, pour expliquer celte oligocardie avec toutes ses conséquences, la parésie du grand sympathique fatigué. Dans un sens comme dans l'autre, il y aura irrégularité, inégalité et ralentissement du pouls.

Ce que nous pouvons dire, c'est que chez notre jeune malade

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il y a eu des troubles fonctionnels différents sous l'influence d'une modification dans l'innervation si complexe du cœur.

« Le cœur (je l'ai dit autrefois et je le répèle ici), le cœur physique est doublé d'un cœur moral », toute émotion y aboutit. Or, on ne peut douter de l'origine émotive du goitre exophthalmique. Il me suffirait, en effet, pour vous en convaincre, de vous citer l'exemple de la malade couchée au numéro 7, goitreuse depuis l'accident de chemin de fer survenu à Saint-Mandé en 1891.

Cette jeune fille est une hystérique ; or, l'hystérie et le goitre exophlhalmique sont « cousins germains » . Avant l'accident, elle avait déjà une métrite granuleuse, il existait donc déjà, du côté du système utérin, une pa7's minoris resistentiœ . Elle se trouvait dans le train qui fut tamponné, avec une de ses cousines qui est morte sur le coup d'une fracture de la colonne vertébrale. Absolument terrifiée, notre jeune malade du numéro 7 perdit connaissance, et quand elle revint à elle, elle ressentit des palpitations très vives et de violentes douleurs dans le bas-ventre (plexus utérin) ; elle marchait avec peine et souffrance, courbée en deux et traînant les jambes comme une paraplégique (paraplégie réflexe). Deux jours après, elle s'aperçut qu'elle ne pouvait plus boutonner son col; les jours suivants, le cou augmenta rapidement de volume ; mais il ne se produisit pas d'exophthalmie. C'était donc un goitre exophlhalmique sans exophthalmie. C'était une forme fruste, une de ces formes pour lesquelles les malades viennent vous consulter en vous disant : « J'ai une maladie de cœur, » parce qu'elles ont des palpitations plus ou moins violentes, des douleurs à la région précordiale, une suffusion œdémateuse des malléoles le soir. Si on les examine, on trouve de la chaleur à la peau et la raie méningitique. En réalité, c'est une «névrose vasculaire périphérique». Notre malade avait en plus une névrose vasculaire de la glande thyroïdienne avec hypertrophie de cette glande, ce qui constitue le deuxième degré de la série morbide basedowienne.

Un fait intéressant, c'est l'extrême variabilité de volume du goitre. Le 27 août, le cou avait 41 centimètres de circonférence; le 30 septembre, il n'avait plus que 33 centimètres j au 21 octo-

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bre, 37 centimètres ; au 15 décembre, 35 ; puis, comme la malade avait des métrorrhagies, on lui fait un curettage, et, à la suite, le goitre augmente. Le cou atteint 37 centimètres de circonférence le janvier.

Cette malade présente en môme temps des perturbations profondes de toutes les fonctions. Le pouls atteint 100 à 104 pulsations; il est petit, irrcgulier. La respiration est gônée, il se produit souvent des accès d'oppression. Il existe un tremblement très marqué des mains, des sueurs abondantes, de la diarrhée alternant avec une constipation opiniâtre. Enfin, la malade marche en se traînant.

Tous ces troubles se sont produits sous l'influence d'un phénomène psychique : la peur. Le goitre exophthalmique est donc une névrose cérébro-bulbaire. Ce n'est pas le bulbe qui a peur, c'est le cerveau.

Cette jeune lille est restée quatre mois dans mon service et est sortie avec un corps thyroïde moins volumineux, bien qu'il se gonflât par le fait d'une émotion, celle des jours de visite par exemple; mais elle est toujours fantasque, nerveuse et souffrante de son plexus utérin.

Ce qui ressort de tout ce que je viens de vous dire, c'est que les névroses sont conjointes. Dans une môme famille, vous pouvez observer un épileptique, un angineux de poitrine, un goitreux exophlhalraique ; or, voici que ce qu'on peut observer dans une famille, nous l'observons collectivement chez le numéro -13. Elle a, en effet, un goître exophthalmique, de l'angine de poitrine fruste et des attaques d'épilepsie. C'est assez vous dire la parenté qui existe entre les névroses.

D'autre part, nous avons dit que la maladie deBasedow était une maladie cérébro-bulbaire ; il n'y a pas seulement que le bulbe de touché. Il existe en effet certains phénomènes qui ne sont pas sous la dépendance des lésions bulbaires. Ainsi, je vous ai dit que certains individus atteints de maladie de Basedow deviennent fous. L'aliénation mentale n'est en réalité que l'exagération des désordres psychiques qu'on observe dans tous les cas do maladie de Buscdow, le dernier terme d'une série morbide qui

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commence par l'instabililé des idées et arrive à l'aliénation en passant par la violence du caractère et la méchanceté. Au fond, il n'y a là qu'une affaire de degré. Or, que je sache, aucun de ces désordres de l'intelligence ne peut être attribué à une lésion matérielle ou à un trouble fonctionnel du bulbe. Tout cela vient du cerveau. C'est, le plus habituellement, à la suite d'une violente émotion que surviennent les premiers symptômes de la maladie de Basedow, c'est-à-dire qu'à un phénomène évidemment cérébral succède un phénomène non moins évidemment bulbaire, le premier engendrant le second. Ainsi, et je ne saurais trop y insister, le cerveau est touché dans la maladie de Basedow comme l'est le bulbe. Le goitre exophthalmique est une maladie cérébro-bulbaire et non bulbaire seulement.

Voyons maintenant quel est le siège des lésions dans le bulbe. Brown-Séquard a démontré qu'on pouvait déterminer des phénomènes d'épilepsie partielle en lésant successivement, et de bas en haut, les parties latérales de la moelle, et qu'en arrivant au bulbe on déterminait enûn des attaques d'éclampsie.

Filehne, en 4879, a montré qu'en sectionnant les corps resliformes, on modifiait le tonus du pneumogastrique, de telle façon que les excitations réflexes cessent de provoquer le ralentissement du cœur et que la section ultérieure des nerfs vagues n'augmente plus la fréquence du pouls. Dans ces conditions, Filehne vit apparaître successivement de rexophthalmie,etpuis, plus rarement, du goitre. Par conséquent, c'est du côté du bulbe qu'il faut placer le siège des excitations hypérémiques qu'on trouve dans le goitre exophthalmique.

Autres faits curieux : Ballet a noté, dans la maladie deBasedow, un syndrome dont l'origine est nettement bulbaire, Vophlkalmoplégie externe. C'est une maladie qui consiste dans la paralysie symétrique des yeux, frappant seulement la musculature externe du globe oculaire, mais laissant intacte la musculature interne (muscles ciliaires et iriens).Elle s'accompagne ou non de ptosis. L'aspect du malade est caractéristique ; il a le regard fixe, étonné, les yeux figés dans l'orbite. Il ne peut diriger les yeux ni à droite, ni à gauche; pour voir, il est oblige de tourner la tôte tout d'une pièce.

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