‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 227 sur 287 · DIABÈTE ET PANCRÉAS · texte numérisé non relu

DIABÈTE ET PANCRÉAS

réussit parfaitement, dans presque tous les cas, à greffer un fragment du pancréas sous la peau; puis par MM. Gley etThiroloix. Ces nouvelles expériences ont montré que quand on enlève le pancréas en ne laissant qu'un petit fragment de celui-ci sous la peau, préalablement greffé et relié aux tissus environnants par des vaisseaux de néoformation, le diabète n'a pas lieu, c'est-à-dire que la portion de glande qui vit sous la peau continue à verseï- dans le sang le produit de sa sécrétion interne, dont la présence empêche la glycosurie. Cette substance encore inconnue, cette chose, comme dit Minkowski, est-elle le ferment glycolytique de Lépine et Barrai? On ne peut pas encore l'affirmer, mais son existence semble aujourd'hui indéniable. Vient-on à supprimer la greffe, le diabète apparaît aussitôt.

a On arriverait donc à cette conclusion de M. Lépine, que « le « pancréas, véritable glande vasculaire sanguine, produit la plus « grande partie du ferment glycolytique ou destructeur du « sucre ». La suppression de celte source de ferment est l'élément capital dans la production du diabète; et Thiroloix fait remarquer, en octobre 1892, que cette suppression, qui est produite par des lésions diverses du pancréas, pourrait peut-être survenir aussi à la suite d'une lésion de l'appareil nerveux pancréatique central ou périphérique, expliquant ainsi les cas de diabète nerveux.

a La connaissance de ces faits avait permis d'espérer qu'en faisant pénétrer dans le sang d'un animal rendu diabétique par la suppression de la glande, le suc d'un pancréas frais, enlevé à un autre animal, on pourrait ainsi détruire le sucre qui s'y accumule; mais ces expériences, entreprises par Minkowski, n'ont donné aucun résultat. Ces espérances étaient pourtant fort légitimes, si l'on songe aux résultats fournis par les expériences sur la glande thyroïde; mais Gley et Thiroloix n'ont eu non plus aucun succès en injectant dans le sang d'un chien rendu diabétique du liquide obtenu par la trituration d'un pancréas absolument frais. Capparelli, au contraire, aurait vu le sucre diminuer pendant quelques jours d'une façon très notable chez deux chiens diabétiques, auxquels il avait injecté dans la cavité abdominale de petits fragments de pancréas extemporanément en-

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levés à un autre chien, et mis en suspension dans de l'eau salée à 0,76 pour 100 (!). »

Je n'ai pas craint de vous citer toutes ces expériences, assez contradictoires, afin de vous faire voir combien la théorie expérimentale du diabète est confuse encore.

Et voici maintenant que le docteur Thiroloix a présenté à la Société anatomique, en mars 1892, une observation de diabète sans lésion du pancréas, et qu'il donne comme un fait de diabète par trouble du plexus solaire. Il s'agit d'un journalier, âgé de quarante ans, dont les antécédents névropalhiques sont des plus remarquables. Le père s'est suicidé à soixante et onze ans, la mère était herpétique. De ses cinq frères et sœurs, trois ont été enfermés dans des asiles d'aliénés. Une cousine, du côté maternel, est morte folle. Lui-même, porteur de tares physiques nombreuses (microcéphalie, pieds plats, lobes des oreilles adhérents, petite taille, apparence infantile, etc.), a eu de l'incontinence d'urine jusqu'à l'âge de quatre ans. Pas de syphilis, ni alcoolisme, ni herpétisme.

En 1887, début insidieux de diabète. En 1888, la maladie est nettement établie. Dès lors, cet homme n'a cessé de perdre des quantités considérables d'urine (9 à 15 litres), de sucre (700 à 1 200 grammes), d'urée (130 à 180 grammes), par vingt-quatre heures.

En 1888 apparaît une paraplégie rappelant en tous points la paralysie alcoolique, le béribéri. La fin du diabète a été marquée par le développement d'une tuberculisation pulmonaire et d'une parotidite suppurée. Dans les derniers moments, quoique le malade fut dans le marasme le plus absolu et mangeât peu, les quantités d'urée excrétées ont toujours été considérables. Pendant le cours du diabète (novembre 1891), l'administration de l'antipyrine à haute dose (22 grammes par jour) a fait tomber la glycose de 1 085 grammes à 2'25. Aussitôt la cessation du traitement, elle est revenue à son taux antérieur.

V autopsie a montré une tuberculisation pulmonaire avancée, une hyperémie hépatique énorme, V intégrité du pancréas (examen

(1) Em. Thiercelin, in la Médecine moderne, 1892.

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