‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 238 sur 287 · PATIIOGÉNIE ET PROPHYLAXIE DK LA FIÈVRE PUERPÉRALE · texte numérisé non relu

PATIIOGÉNIE ET PROPHYLAXIE DK LA FIÈVRE PUERPÉRALE

Je dis que dans ce cas, il s'agissait d'une fièvre spontanée; voici sur quoi je m'appuie. La sage-femme n'a pas eu à inter' venir, et, de plus, elle ne soignait à ce moment aucune accouchée malade, comme je m'en suis assuré par une enquête sévère. 11 n'existait non plus aucun érysipôle, ni aucune fièvre puerpérale dans ce quartier; je ne vois pas comment aurait pu se produire la «contagion ».

Peu après entrait dans nos salles une autre malade également atteinte de fièvre puerpérale. Il s'agissait encore d'une femme qui avait eu antérieurement deux accouchements normaux, avec suites régulières. La couche actuelle avait été également fort simple, la délivrance opérée par tractions sur le cordon. Au troisième jour, elle eut un"; grand frisson, et on nous l'amena dans un état d'une gravité extrême. La mort eut lieu au huitièmejour du frisson.

L'autopsie nous montra les mêmes lésions que dans le cas précédent ; péritonite néo-membraneuse et salpingite suppurée à droite. L'utérus était absolument sain.

Ici, comme chez notre première malade, toute cause de contagion fait défaut. Il n'en est pas de même des causes d'autotyphisation. Cette femme, qui avait joui autrefois d'une véritable aisance, était tombée subitement dans la misère la plus profonde, due à la perte de sa fortune. C'est au milieu de chagrins incessants, dans un logement trop étroit, avec une nourriture insuffisante et travaillant plus qu'elle ne le pouvait, qu'elle avait passé les derniers mois de sa grossesse. Elle était donc bien dans les conditions de dépression physique et psychique où l'accouchée peut se faire «sa» fièvre puerpérale, par déviation et exagération du travail physiologique des « suites de couche ».

Ces deux observations sont, au même titre que les deux précédentes, des cas de fièvre puerpérale spontanée. Ce sont les cas de ce genre qu'il faut savoir admettre, car leur importance hygiénique et clinique est des plus grandes.

Dans les cas précédents il s'agit, pour moi la chose est évidente, d'une auto-typhisation; ici l'auto-typhisation est spontanée. Mais après être née d'abord par des causes toutes personnelles, après avoir envahi une première femme, la fièvre

puerpérale, l'état typhique qui nous occupe, devient une source de contagion secondaire, et c'est la connaissance de cette contagiosité qui, pour moi, constitue le véritable progrès. Éviter les contacts, isoler les contaminées, localiser les sources d'infection, empêcher que l'auto-typhisation ne devienne de l'hétéro-lyphisation, c'est là, nous le verrons bientôt, ce qu'il y a de sage et de véritablement clinique.

Mais avant d'aller plus loin, je dois vous mettre en garde contre un entraînement né des doctrines microbiennes, entraînement qui n'est pas seulement inutile, mais qui, ainsi que vous allez le voir, peut devenir dangereux.

On semble aujourd'hui considérer l'accouchement comme un acte monstrueux, redoutable, et, pour ainsi dire, contre nature, à l'égard duquel on ne saurait prendre trop de précautions. Ces soins exagérés ne s'étendent pas seulement à la période puerpérale, on y a recours même pendant la grossesse, et l'observation suivante va nous montrer combien est dangereuse parfois cette intervention intempestive.

Une jeune femme, enceinte pour la seconde fois, avait, au sixième mois d'une grossesse parfaitement normale, un léger suintement vaginal, suintement physiologique en pareil cas, vous le savez. L'accoucheur du pays (c'était dans la banlieue), imbu des doctrines microbiennes, vit dans cet écoulement un foyer à streptocoques et prescrivit de faire trois fois par jour une injection avec une solution de sublimé. Les conséquences funestes ne se firent pas attendre, une péritonite éclata ; la malade fut transportée à Paris, et, comme je m'étonnais de l'origine de cet accident, M. Bailly, qui vit la malade avec moi, et son médecin ordinaire, le docteur Vernet, me dirent que, depuis la fièvre antiseptique des accoucheurs, de pareils cas n'étaient plus rares. Chez cette malade, l'affection se termina par une fausse couche et par la mort.

Voilà donc une mort due aux antiseptiques.

Voici maintenant un cas où l'empoisonnée par l'acide phénique a bien failli mourir; l'observation en a été remarquablement recueillie par le docteur Savornin.

Une dame de vingt-cinq ans, habitant les environs de Paris,

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de constitution un peu frôle, était en retard de deux mois environ, lorsqu'une sage-femme du pays, diagnostiquant une métrite, exécute des cautérisations répétées tous les deux jours.

Le 26 août, pour une légère métrorrhagie, k sage-femme pratique une injection vaginale avec le quart environ d'un irrigateur rempli d'eau phéniquée très concentrée. Aussitôt, vomissements répétés; la malade sent une odeur insupportable d'acide phénique dans le nez et la bouche; syncope, puis convulsions avec perte de connaissance, refroidissement, violentes palpitations après la syncope.

Le 27, le docteur Savornin, appelé, trouve la malade dans l'anéantissement. Face subictérique ; sclérotiques jaunâtres. Contracture des muscles de la nuque. Vomissements incessants depuis hier; pas de garde-robe. Pouls, 84 ; température, 37°, 6. Langue très tuméfiée, avec rougeur et gonflement du pharynx. Ventre souple. Région hépatique douloureuse. Anurie. Cœur normal. Pas d'œdème des membres inférieurs.

Métrorrhagie ; embryon de deux mois environ dans le vagin; rétention du placenta.

Injections vaginales de sublimé au trois-millième, avec compresses du même antiseptique sur la vulve.

Le 28, même état. Mauvaise nuit. Pouls, 84; température, 37 degrés. Pas de frissons. Anurie : le cathétérisme ramène quelques cuillerées à café d'urine.

Métrorrhagie ; une portion du placenta s'engage dans le col largement ouvert.

Le 29, même état. Pas de frissons. Pouls, 84 ; température, 37 degrés. Miction très peu abondante : urine couleur lentille, renfermant une certaine quantité d'albumine.

Lait, huile de ricin.

Le 30, contracture des muscles du cou diminuée. Éruption confluente d'herpès sur les lèvres. Difficulté de prononciation par tuméfaction de la langue. Un peu d'épistaxis, avec caillots tombés dans l'arrière-gorge. Pouls, 84 ; température, 37'',4.

Issue de nouveaux débris placentaires.

Le 1" septembre, état général moins mauvais. Disparition des épistaxis.

PÉKIL DliS ANÏlSEPTlQUliS. 758

Le 2, langue, avec petites ulcérations, recouverte d'un enduit épais. Urine toujours couleur lentille, albumineuse. Lait.

Le 3, érythème polymorphe scarlatiniforme , au niveau des grandes articulations, principalement sur la fesse gauche. Élat stalionnaire. Faiblesse extrême.

Urine de couleur presque normale, un peu albumineuse (30 centigrammes par litre, suivant le procédé d'ICsbach).

Le 4, rérythème gagne en surface : il prend l'aspect rubéolique. Surdité persistante à gauche. Un peu de sommeil nocturne. Le refroidissement du soir a manqué. Pouls, 80; température, 37°, 7.

Hier, vomissement bilieux et alimentaire. La bouche va mieux; garde-robe provoquée. PoUakiurie; urine de teinte ordinaire.

Toujours sortie de caillots désagrégés.

Le 5, l'éruption polymorphe devient varioliforme et s'étend; la face est indemne. Grande faiblesse. Pouls, 84 ; température, 38 degrés. La malade se plaint d'une peau dans la gorge; amygdale droite coiffée d'un exsudât blanc.

Plus de débris par le vagin.

Le soir, le professeur Peter, mandé en consultation, conseille : 1" 40 centigrammes de caféine, en quatre cache ts, en vingt-quatre heures; 2° 30 centigrammes de sulfonal, le soir; 3° alimentation, boissons alcooliques ; 4" penser aux inhalations d'oxygène et à l'hémoglobine (pronostic réservé).

Le 6, rérythème varioliforme s'est encore étendu.

Bouche en meilleur état, langue moins volumineuse, disparition de l'exsudat. La surdité de l'oreille gauche persiste.

Le 7, férytlième varioliforme occupe toute la surface du corps et gagne la face. Douleur vive à la pression au niveau du rein gauche.

Un peu de toux; râles rauqueux à la base des poumons, avec sonorité anormale. Pouls, 100; température, 38»,5.

Chute partielle des croûtes d'herpès qui étaient devenues une masse noire (herpès hémorrhagique).

Le soir, pouls, 100; température, 39 degrés. Enduit pultacé dans le fond de la gorge.

Le 8, rérythème pâlit; mains couvertes de grosses vésicules, Petek. — Clin. méd. m. — 48

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