‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 239 sur 287 · PATIIOGÉNIE ET PROPHYLAXIE DE LA FIÈVRE PUERPÉRALE · texte numérisé non relu

PATIIOGÉNIE ET PROPHYLAXIE DE LA FIÈVRE PUERPÉRALE

Miction normale, sans poUakiurie ; quanlito négligeable d'albumine. Rein gauche moins douloureux à la pression. Pouls, Ht); température, 38", 5.

Le 9, l'éî'y thème se développe à la face. Sommeil spontané, pour la première fois. Un peu de toux; rhonchus dans les poumons. Foie un peu volumineux. Pouls, 100; température, 38°, 1.

Le professeur Peter, mandé à nouveau, conseille : 1" 50 centigrammes de quinine, chaque jour; 2» insister sur le vin de quinquina et kola ; 3° rincer la bouche avec l'eau de Vichy : 4° lotions tièdes et vinaigrées au dixième sur les quatre membres.

Le 10, l'éry thème a gagné les paupières, les fosses nasales, le cuir chevelu; sur le reste du corps, il se dessèche à la façon d'un eczéma.

État stationnaire. Sommeil spontané. Reins indolores à la pression. Pouls, 96; température, 38°, 4.

Le soir, picotements sur toute la surface du corps, constriction des seins; ces phénomènes disparaissent avec quelques cuillerées d'une potion bromurée. Pouls, 84.

Le 11, les régions qui avaient été envahies par l'éry thème présentent une teinte violacée. Les paumes des mains sont douloureuses, par suite de la compression exercée par l'épiderme sur les vésicules qui les occupent; flexion des doigts impossible. Herpès des lèvres entièrement disparu. Un peu de gaieté.

Urine transparente. Un peu de toux. Pouls, 88; température, 38M.

Écoulement d'un peu de sang par la matrice.

Le 12, teinte violacée disparue; vésicules desséchées; éruption de la face arrêtée. Gaieté. Sommeil. Pouls, 84; température, 38°,1.

Les ongles sont devenus durs et cassants.

Un litre et demi d'urine en vingt-quatre heures. Plus de métrorrhagie.

Du 13 au 15, amélioration continue. Malade en pleine desquamation. Timbre de la voix revenu. Pouls, 76; température, 37»,8.

Le 16, pour la première fois depuis le début des accidents, la malade a mangé de la viande.

Le 17, éruption eczémateuse au niveau des poignets. Desquamation de la face. Pouls, 64 ; température, 37°, 8.

Le 20, la desquamation des mains est terminée; les doigts sont libres, à la grande joie de la malade, qui s'est levée pendant trois heures et fait observer gaiement que les yeux seuls n'ont pas ressenti les effets de l'empoisonnement. Pouls, 60; température, 37 degrés soir.

Prescription : vin de kola seulement, alimentation à volonté. Bains dans quelques jours.

Le 23, disparition de la surdité. Chute d'une certaine quantité de cheveux. La malade se sent bien et veut reprendre, au premier jour, ses occupations ordinaires.

« Dans ce cas, dit avec raison le docteur Savornin, le poison chimique, se comportant comme un agent infectieux, frappe tout l'organisme, le foie, les poumons, le cœur, les reins, l'utérus, les centres nerveux, aussi bien que les muqueuses et lapeau.» J'ajoute que cette observation présente cet intérêt énorme, de voir une fièvre avec éruption, presque une fièvre éruptive, engendrée sans microbes par l'administration d'un agent chimique. Et il se trouve que, par une singulière ironie, cet agent chimique est précisément l'acide destiné par excellence à tuer tous les microbes pathogènes, l'acide phéniquef

L'érythème a été polymorphe (scarlatiniforme, morbilliforme, varioliforme); ainsi un acide minéral a produit une maladie générale, éruptive, simulant successivement la scarlatine, la rougeole, la variole. Or, ce que fait un agent chimique acide, un agent chimique alcaloïdique ne le pourrait-il faire, et les alcaloïdes spontanément produits dans l'organisme ne pourraientils faire la scarlatine, la rougeole, la variole, maladies oii Ton n'a pu trouver le microbe spécifique dit pathogène?

Que de choses dans une observation !

En tout cas, je m'en autorise pour vous décrire succinctement les accidents dus à l'intoxication phéniquée.

L'accident commun est- l'érythème, divisé par Blosson en éry thème simple et éry thème fébrile; quelquefois ce sont do véritables poussées eczémateuses. Enfin, il faut signaler, avec MM. Poucet etTiUaux, des gangrènes limitées.

756 PATH0GÉN113 KT PHOPHYLAXlii DK LA FIÈVRE PUERPÉRALE.

Viennent ensuite les accidents généraux. Depuis longtemps, les. expériences et les faits cliniques ont mis nettement en évidence la puissance toxique de l'acide phonique.

Cette intoxication peut être aiguë ou chronique; dans les deux cas, la coloration foncée des urines est un symptôme d'une valeur diagnostique indiscutable ; elle est le résultat d'une hémoglobinurie : l'acide phénique a détruit les hématies (1).

L'intoxication aiguë peut être divisée en légère et grave.

La première, rarement signalée et ordinairement méconnue, est caractérisée par quelques troubles gastriques et un peu de céphalalgie.

La seconde, beaucoup plus fréquente, offre des symptômes bien autrement accentués ; collapsus profond précédé quelquefois de convulsions chez les enfants; vomissements bilieux, diarrhée abondante et noire; le pouls devient petit et fréquent, la température s'abaisse notablement (2) ; les expirations sont courtes et laborieuses. La terminaison doit-elle être fatale, le collapsus s'aggrave, le pouls s'accélère, la respiration devient difiicile, véritablement dyspnéique et la mort semble la conséquence d'un affaiblissement graduel et progressif. Les lésions, à l'autopsie, n'offrent aucun caractère pathognomonique.

Dans l'intoxication chronique, les symptômes sont à peu près les mêmes, mais d'une intensité moindre ; les accidents gastriques et fébriles dominent.

Le traitement de l'intoxication phéniquée consiste à supprimer immédiatement la cause et à faire sortir au plus tôt le malade de son collapsus par des injections sous-cutanées d'éther et de caféine, par l'administration de café et de vin généreux, par la glace et du Champagne, de préférence aux médicaments pharmaceutiques.

Mais où les antiseptiques deviennent surtout redoutables, c'est après l'accouchement. Tant qu'il s'agissait de précautions hygiéniques, de propreté et d'isolement, les résultats étaient mer-

(1) Voir la leçon cxLin.

(2) Voir un fait d'intoxicalion par l'acide phénique dans un cas de dolhicnentérie, leçon ci, p, 244.

veilleux et l'on pouvait, à boa droit, applaudir aux eil'orts du professeur Tarnier, exigeant dans sa Maternité une propreté sévère, une chambre pour chaque accouchée. On vit alors, l'encombrement ayant cessé, cesser aussi les épidémies qui naguère faisaient si souvent fermer d'urgence les services d'accouchements, et l'ancienne Clinique de la Faculté disparut, dans laquelle blessés et accouchées s'infectaient mutuellement.

Un autre progrès fut la pratique des injections vaginales après l'accouchement ; mais ces injections ne sont bienfaisantes que comme agent de propreté ; elles n'agissent pas en qualité de raicrobicide, elles font disparaître mécaniquement les causes d'autoinfection. C'est en se plaçant à un autre point de vue que les microbiologistes les emploient ; ils veulent tuer le microbe, ils ont tort, et leurs pratiques peuvent devenir dangereuses. La preuve de cette assertion, je la trouve dans une brochure toute récente, publiée par un de nos confrères de Dunkerque.

L'auteur, M. Lancry, ancien interne des hôpitaux de Paris et d'un service d'accouchements, était parti muni de cet arsenal antiseptique qui fait dire aux mères dont les filles accouchent : « C'est donc un acte bien terrible qu'un accouchement? Pour moi, on n'a pas pris tant de précautions quand j'ai mis au monde celle qui tout à l'heure va à son tour accoucher; comment ai-je pu échapper ? Et tout cet appareil est-il bien nécessaire? »

Mais je laisse la parole à M. Lancry, son récit sera la confirmation la plus démonstrative de mon dire.

« Il y a bientôt trois ans, dit-il, quand je fus appelé à faire mon premier accouchement en clientèle, chez une femme — pauvre — dénuée de ressources — et domiciliée à 3 kilomètres de chez moi — la question de la prophylaxie des accidents infectieux chez les femmes en couches m'apparut, à moi, qui sortais d'un service d'accouchements à Paris, sous un jour bien inattendu.

« A i^aris, j'avais vu mettre à la disposition des accoucheurs dans les hôpitaux et un personnel extrêmement nombreux et toutes les ressources hygiéniques, pharmaceutiques, que peut donner une administration riche et complaisante.

« Ici, les nécessités de la clientèle m'obligeaient— ot d'éviter

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