CENT QUARANTE-SEPTIÈME LEÇON
Asphyxie locale des extrémités.
Aphasie par émotion avec hémiplégie droite fugitive, puis plus grave et permanente. — Rôle du grand sympathique et du vaso-moteur. — Spasme vasculaire allant de la syncope locale à l'asphyxie, et de l'asphyxie locale à la gangrène. — Traitement par les courants continus.
Messieurs,
Je voudrais vous parler aujourd'hui de cette malade atteinte d'asphyxie locale des extrémités, que vous venez de voir couchée au numéro 17 de la salle Trousseau.
L'histoire clinique de cetteTemme, que nous avons pu^suivre depuis le début de ses accidents nerveux, il y a quatre]ans, nous permettra d'éclaircir certains points obscurs de la pathogénie de cette affection vaso-motrice, et de vous' montrer le rôle joué par le grand sympathique en particulier.
En 1887, cette femme fut apportée dans notre service frappée d'hémiplégie droite avec aphasie complète. Nous apprîmes que, quelques jours auparavant, à la suite d'un grand chagrin d'amour, cette femme avait perdu subitement connaissance, et que, depuis, elle était restée paralysée de tout le côté droit, et avait perdu la parole.
C'était une aphasique vraie, n'ayant à sa disposition que ces trois mots : « un petit peu. » A toutes les questions, si on lui demandait, par exemple, de nommer un objet, elle ne pouvait répondre que : « un petit peu » .
Progressivement l'hémiplégie disparut, laisanl place à de la contraclure, surtout au membre supérieur. Quand elle quitta l'hôpital, un an après le début des accidents, le membre inférieur était à peu près revenu à l'état normal, le bras droit et la main du môme côté, au contraire, étaient notablement plus faibles que du côté sain. Le langage n'était qu'en partie revenu, il persistait de nombreuses lacunes; et aujourd'hui encore, si la conversation se prolonge, les réponses de la malade deviennent incohérentes. Les premières paroles sont souvent justes, car ces aphasiques préparent d'avance ce qu'ils vous diront; ils s'attendent à ce qu'on leur demande : «Comment allez-vous; » el ils se préparent à dire : « Pas trop mal. » Alors, si au lieu de la question habituelle, vous leur dites, par exemple : « Gomment vous appelez-vous, » ils vous répondent encore la même phrase préparée : « Pas trop mal. » Yous avez vu cette femme très embarrassée, après m'avoir dit : « Cela me fait mal, » de dire ce qu'elle éprouvait. A ma question : « Qu'est-ce que vous éprouvez ? » elle n'a répondu que : « A monsieur j'ai dit, » en montrant l'élève qui avait pris l'observation. Elle est, à n'en pas douter, encore aphasique.
Je vous ai montré également quelle difficulté elle a à se servir de ses doigts. Je lui ai fait prendre une épingle avec les doigts de la main gauche, elle a hésité et a été obligée d'y revenir à plusieurs fois. La difficulté a été plus grande encore quand il s'est agi de piquer l'épingle dans la toile. Cette incoordination motrice lient d'abord à l'anesthésie, puis aux fourmillements, aux douleurs que le toucher provoque sur ce doigt mort. La main droite est encore plus maladroite et plus faible, quoique moins cyanosée, car à l'asphyxie locale s'ajoute la raideur du membre paralysé autrefois.
Ce qai est remarquable, c'est que cette aphasique est une hystérique ; l'anesthésie pharyngée absolue, des plaques d'aueslhésie disséminées ne nous laissent aucun doute à cet égard. Elle a, de plus, une hérédité nerveuse manifeste. Sa mère est très irritable, a eu des attaques de nerfs fréquentes. Notre malade nous dit que, de tout temps, elle a été nerveuse; dès son enfance elle pleurait pour un rien, à la moindre contra-