‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 247 sur 287 · SPASME VASO-MOTEUR · texte numérisé non relu

SPASME VASO-MOTEUR

riété elle avait une attaque de nerls, se raidissait et tombait quelquefois.

A l'âge de vingt-sept ans, elle vit mourir son mari; elle eut une crise nerveuse et perdit connaissance pendant quinze à vingt heures, mais sans qu'il persistât de troubles de la motilité ni de la parole.

Quelque temps après, son père mourut subitement. En apprenant celte nouvelle, elle perdit connaissance, tomba et resta hémiplégique du côté droit avec aphasie pendant huit jours.

En 1887, elle eut cette grave attaque d'hémiplégie avec aphasie, hémiplégie qui siégeait encore du côté droit, et qui a laissé les désordres graves que nous retrouvons encore aujourd'hui. Maintenant, elle rentre dans notre service, se plaignant surtout de douleurs et de refroidissement des doigts et des orteils. Il y a deux ans que, pour la première fois, elle a éprouvé la sensation pénible de l'onglée. Les extrémités des doigts, sous l'influence du froid ou d'une émotion, s'engourdissaient, et elle avait la sensation du doigt mort.

L'onglée non pathologique est un phénomène physico-dynamique passager, déterminé par l'action du froid. Les petits vaisseaux de la peau se contracta rent, il y a spasme vasculaire et anémie de la peau, d'où la pâleur et la syncope, pour ainsi dire, de l'extrémité refroidie. Lorsque le doigt se réchauffe, h. la contracture de l'artériole succède une dilatation brusque et une réaction locale qui s'accompagne d'une sensation pénible de brûlure. Ainsi s'explique que ce doigt, mort pour les sensations d'alentour, anesthésique, devienne subitement douloureux. Il •y a là une sensibilité paradoxale qui est sous la dépendance des alternatives de vaso-constriction et de vaso-dilalation, et qui se retrouve aussi bien dans l'asphyxie locale des extrémités que dans l'onglée passagère. Celte contracture des arlérioles, phénomène purement dynamique, sous la dépendance des nerfs vasomoteurs, frappe les extrémités digitales aussi bien que les orteils, et plus rarement l'extrémité du nez. Chez notre malade, l'asphyxie locale s'est aggravée peu à peu, l'anesthésie devint telle dans ces derniers temps, avec la saison froide, que tout travail

est rendu impossible. En deux ans, l'onglée passagère du début a fait place à la syncope, puis à l'asphyxie locale vraie. Celte asphyxie n'est pas absolument symétrique du reste; les extrémités digitales et les orteils du côté gauche présentent une cyanose plus marquée que ceux du côté droit; la température est également plus abaissée du côté gauche ; il y a seulement syncope locale à droite et asphyxie locale à gauche; nous en verrons tout à l'heure la raison.

Il n'y a pas ici de gangrène des extrémités, qui est la terminaison fréquente de l'asphyxie locale, car il se peut que l'oblitération vasculaire, due au spasme vaso-moteur, devienne permanente. Il y a naturellement cessation de la vie là où il y a cessation de l'irrigation sanguine, et la gangrène en est le résultat fatal. J'espère qu'il n'en sera pas ainsi dans le cas actuel, en voici les raisons : lorsque la main est tenue au chaud, l'asphyxie disparaît, la contracture vasculaire n'est encore que passagère. Le fait même de l'amélioration notable des phénomènes de cyanose, depuis que la malade est à l'hôpital, nous autorise à penser que la circulation est encore suffisante et que la gangrène n'est point menaçante. En un mot, tant que les intermittences dans le spasme vasculaire sont encore longues, et c'est le fait des cas chroniques comme celui-ci, l'accès une fois terminé, la syncope disparaît, la chaleur revient, la sensibilité renaît et l'organe rentre presque dans son état normal.

Mais si le spasme reparaît, l'irrigation cesse d'être suffisante, et si cet état se prolonge, il y a mortification du tissu. Telle est la marche du phénomène pour les extrémités des membres ; eh bien, je crois qu'il s'est fait, du côté du cerveau de cette femme, une asphyxie locale de ce genre. Elle est devenue aphasique une première fois, par syncope locale de ses circonvolutions cérébrales. Le spasme des artères nourricières de sa circonvolution du langage a amené l'ischémie de la région motrice et l'arrêt de la parole. Mais, la contracture vasculaire cessant presque aussitôt, l'aphasie a également disparu. A ce premier accès ne correspondait qu'une suspension très courte de l'irrigation sanguine de la zone motrice, et pas le moindre sphaccle local n'en est résulté. Mais le deuxième accès fut plus grave, le spasme vascu-

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