‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 248 sur 287 · SPASME VASO-MOTEUR · texte numérisé non relu

SPASME VASO-MOTEUR

laire se prolongea, il y eut asphyxie locale persistante, profonde, qui intéressa une grande étendue des régions motrices de l'écorce cérébrale, supprima l'irrigation du territoire, d'où la destruction des zones motrices, l'hémiplégie, l'aphasie persistante. Il s'est fait, du côté des artères cérébrales, une asphyxie locale analogue à ce qui se passe dans les artérioles des extrémités des membres. Ce sont toujours les territoires les plus éloignés du centre circulatoire oîi la gangrène est la plus facile. Les artérioles cérébrales sont prédisposées à la syncope et à l'asphyxie locale au même titre que les artérioles digitales. Les artères des extrémités sont les plus touchées : 1° parce que, étant plus éloignées du centre circulatoire, la circulation y est moins active, l'ondée sanguine plus faible ; 2° les extrémités de ces artères ont une prédisposition, une impressionnabilité spéciale, par le fait qu'elles sont artères terminales etn'ontplus ce que j'appelle les voisins secourables de la circulation collatérale ; 3" enfin, les artérioles des extrémités sont plus exposées au spasme par refroidissement, elles ne sont plus recouvertes, comme les artères des membres, d'une couche musculaire épaisse ou de tissu cellulaire abondant. Aussi sont-ce les extrémités les plus éloignées, les moins recouvertes, les phalangettes, par exemple, qui sont atteintes les premières, puis les phalangines se prennent, et enfin les phalanges ; la lésion étant toujours plus avancée au voisinage de l'ongle. Ces phénomènes; dont je vous ai donné le mécanisme physiologique, nous permettent de comprendre la pathogénie de cette curieuse maladie. La contracture spasmodique des artérioles est la cause évidente des accidents de syncope, puis d'asphyxie et plus tard de gangrène. Maurice Raynaud, qui a fait sur la gangrène des extrémités l'excellent travail que l'on sait, l'a pu démontrer directement. Par l'examen du fond de l'œil d'un malade atteint de cyanose des extrémités, il a pu constater la contracture des artérioles de la rétine, qui était exsangue par suite du spasme vasculaire.

Ainsi, la pâleur, le refroidissement, la syncope des extrémités, sont essentiellement des phénomènes de vaso-constriction, phénomènes vaso-moteurs sous la dépendance du grand sympathique, comme vous le savez. Les hystériques ont une sensibilité

spéciale du système vaso-molenr, d'où les troubles multiples de vaso-dilatation ou de vaso-constriction qu'on observe tour à tour chez ces malades. La nôtre a de la cyanose, de l'asphyxie locale des extrémités parce que c'est une hystérique, elle a eu de l'aphasie pour la môme raison. C'est une nerveuse, qui a des troubles vaso-moteurs divers de par la sensibilité spéciale de son grand sympathique.

C'est là le fait habituel de celte maladie ; la gangrène symétrique s'observe dans les quatre cinquièmes des cas chez des femmes, et cela parce que la majorité des hystériques appartient au sexe féminin. Le cinquième des cas, qui frappe des hommes, atteint le plus souvent des hystériques encore.

Que faire à ces malades ?

Nous verrons tout à l'heure l'heureux résultat obtenu chez notre malade par l'application des courants continus. Ce qui prouve que cette affection dérive bien d'un spasme vasculaire, puisqu'en faisant cesser le spasme, on fit cesser la syncope et l'asphyxie locales.

Quant au langage, quoi que nous fassions, il est peu probable que nous le lui rendions complètement; le spasme vasculaire cérébral a été jusqu'à entraîner l'asphyxie locale, puis la gangrène de la troisième circonvolution frontale gauche, et la réparation complète est impossible. Cette femme est non seulement aphasique, mais, comme tous les malades qui ont eu une lésion cérébrale grave, elle a une altération profonde de toutes les fonctions intellectuelles. L'aphasique complet, en effet, a perdu non seulement la faculté d'extérioriser sa pensée, mais encore d'intérioriser la pensée d'autrui.

En effet, nous ne communiquons avec nos semblables que par des signes, que par des gestes ; ainsi par les gestes sonores des muscles du larynx, des muscles de la langue, des muscles du voile du palais. C'est par une harmonie merveilleuse que nous parvenons à exprimer notre pensée à l'aide de gestes combinés, aussi compliqués. Le geste sonore primitif est un son simple, a, i, c'est un geste laryngé où la langue, les lèvres n'interviennent pas. L'enfant crie a, ah toute la journée; puis, comme c'est un être intelligent, doué d'attention, il remarque que,

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