‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 252 sur 287 · BRUITS DE SOUFFLES FONCTIONNELS · texte numérisé non relu

BRUITS DE SOUFFLES FONCTIONNELS

Virchow avait déjà été frappé de l'existence de ce « rétrécissement» de l'aorte chez les chlorotiques ; il avait même édiûé làdessus toute une palhogénie de la chlorose. Pour moi, l'aorte chez les chlorotiques ne présente pas un véritable rétrécissement, c'est plutôt d'un «retrait» qu'il s'agit; cette dernière expression me semble beaucoup plus exacte. L'aorte, qui est surtout élastique, se moule exactement sur la quantité de sang qu'elle renferme ; or, dans la chlorose, le sang a non seulement perdu de ses qualités, évaluées quant au nombre et à l'activité des globules qu'il renferme, mais il a aussi et surtout diminué de quantité. Si par une médication judicieuse, par le fer, l'hydrothérapie, par une alimentation bien comprise, vous venez au secours de vos malades, vous voyez l'ondée sanguine devenir de plus en plus forte, et alors au fur et à mesure que le sang se reforme, l'aorte se dilate; peu à peu vous assistez à la disparition des bruits anormaux qui étaient dus au retrait primitif du vaisseau.

Chez la jeune fille dont je vous parle, il y avait, au moment de son entrée dans nos salles, un dédoublement très accentué du premier bruit; actuellement, elle est en traitement depuis trois semaines, le dédoublement est encore perceptible, mais beaucoup moins accusé. Chez elle, il y avait d'ailleurs d'autres souffles, souffles fonctionnels, à l'orifice tricuspidien et à l'orifice mitral; enfin, en même temps que du pouls veineux, il y avait un dédoublement du bruit; tout cela s'est notablement atténué; le souffle mitral a même complètement disparu et le souffle tricuspidien est aujourd'hui extrêmement léger.

Je vous ai cité cet exemple pour bien vous montrer que le dédoublement du premier bruit peut être occasionné, non seulement par un obstacle à la circulation siégeant dans le ventricule lui-même, mais même dans l'aorte; le retrait de l'aorte chez les chlorotiques peut lui donner naissance.

On peut l'observer dans d'autres circonstances encore; dans l'arlério-sclérose par exemple. Dans cette affection, l'élasticité normale de l'aorte et la contractililé des petits vaisseaux diminuent notablement ; or, cette élasticité et cette contractililé sont d'un puissant secours pour la répartition de l'ondée sanguine dans la grande circulation; quand elles font défaut, la lâche du

ventricule gauche se trouve augmentée, il distribue moins facilement le sang, le claquement mitral se trouve en relard sur le claquement tricuspidien, de là le dédoublement du premier bruit.

Je vous ai dit que, chez cette malade, nous avions aussi un dédoublement du second bruit. A quoi tient ce dédoublement? En général, le dédoublement du second bruit est dû à un rétrécissement mitral. Le second bruit, vous le savez, provient du claquement simultané des valvules sigmoïdes ; normalement, les deux valvules produisent un bruit unique; dans le rétrécissement mitral, le sang du cœur gauche passe plus lentement de l'oreillette dans le ventricule ; celui-ci se remplit moins vite; il se vide également moins vite; de là un retard au moment de la diastole entre les claquements sigmoïdiens.

Le rétrécissement mitral, quoi qu'on en ait dit, est le plus habituellement d'origine inflammatoire; il provient d'une endocardite qui a donné lieu d'abord à une insuffisance de la valvule, puis, peu à peu, les tissus enflammés se rétractant ont amené une coarctation et une induration du bord libre des valves. Le rétrécissement n'est qu'une conséquence éloignée de l'endocardite qui avait d'abord produit l'insuffisance mitrale.

Chez les chlorotiques, qui présentent un dédoublement du second bruit, y a-t-il réellement un rétrécissement mitral, ou s'agit-il simplement d'un spasme de l'oriQce?

Dans le rétrécissement mitral vrai, organique, outre le dédoublement des claquements sigmoïdiens, on perçoit ordinairement un roulement présystolique, et quand le rétrécissement est ancien et a amené une hypertrophie de l'oreillette, on peut entendre un léger souffle présystolique et même parfois un souffle diastolique; ce dernier est rare d'ailleurs. jChez notre malade, le premier bruit est bien soufflant, mais le souffle est nettement systolique; il n'y a pas chez elle de roulement présystolique ; je sais, d'autre part, que c'est une chlorotique. Or, chez les chlorotiques, j'ai vu souvent ces dédoublements disparaître en même temps que la chlorose ; il y a donc tout lieu de croire qu'il ne s'agit pas là d'un véritable rétrécissement mitral. Quand M. Durosier a affirmé que le rétrécissement mitral était beau-

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