AUSCULTATION DE LA BASE A LA POINTE
notre malade la région supérieure du cœur, la région delà base, on entend un va-et-vient, un double bruit do souflle-U y a donc une lésion de la tunique interne de l'artère qui a résulté d'une endarlérite chronique athéromateuse, athéromato-calcaire; le vaisseau s'est dilaté par suite de la lésion des tuniques interne et moyenne. En étudiant le tracé du pouls, on trouve le plateau révélateur de l'alhérome indiquant la résistance de la paroi artérielle au moment de la descente du tracé ; çà et là, il y a un petit crochet tenant à l'insuffisance sigraoïdienne secondaire à la dilatation de l'aorte. Seul, le revêtement supérieur, endothélial, de ces valvules est atteint. Le tracé nous montre encore, indépendamment du plateau, des irrégularités dans la durée de certaines pulsations artérielles.
Le malade présente des symptômes fonctionnels notables. Il a des palpitations depuis un mois seulement, d'après ce qu'il raconte, et a cependant été souffrant depuis qu'il a été touché par l'influenza. Actuellement, il lui est impossible de travailler, et, la nuit, il ne peut rester dans son lit et dort sur un fauteuil.
La dyspnée est considérable. De plus, la voix est à moitié éteinte; il y a comme une demi-aphonie, et cela, non parce qu'il y a une laryngite, mais parce que le malade est atteint d'une parésie, sinon d'une paralysie du nerf récurrent gauche. Cette paralysie est d'ailleurs démontrée à l'examen laryngoscopique. Depuis quelques jours, les phénomènes dyspnéiques von t presque jusqu'à l'orlhopnée et les palpitations sont intenses. En explorant le pouls, on trouve que la radiale est résistante au toucher, et cela nous indique un état alhéromateux étendu à tout le système artériel. Il y a des irrégularités, des intermittences de temps à autre, des pulsations de force et de durée inégales.
Cependant le cœur n'est pas primitivement malade. Il est atteint parce qu'il lutte contre les conséquences des lésions do l'aorte et de la plupart des artères.
Étudions maintenant l'état de l'aorte. En percutant à son niveau, à la base du cœur, on constate que sa largeur, d'un côté à l'autre, est de 8 centimètres, et que cette largeur, à la crosse, atteint lO centimètres. Or, chez un homme en bonne santé, la largeur de l'aorte est de 5 à5 centimètres et demi, si l'individu
étudié esl un géant ; de 3 à 4 centimètres chez un sujet d'une taille moyenne. Comme notre malade est de petite taille, il est donc évident que, chez lui, il y a une dilatation de l'aorte dont la hirgeur est à la base de 3 centimètres de plus qu'elle ne devrait l'être normalement, et présente à la crosse une dilatation de plus de A centimètres. Vous voyez combien il est important de percuter soigneusement au niveau de la base du cœur, afin de reconnaître l'état de l'aorte.
Je vous ai déjà dit que, à l'auscultationjOn trouvait au niveau de la région aortique un double bruit de souffle; ces bruits sont dus au frottement du sang contre la paroi du vaisseau, rendue irrégulière et raboteuse par l'athérome, et à l'insuffisance valvulaire qui dépend de la dilatation.
.En même temps, en auscultant au niveau de la pointe, on constate l'existence d'un bruit de galop. Quelle est sa pathogénie ? Pour bien la comprendre, rappelez-vous que, parmi les conditions qui assurent l'intégrité de la circulation, figurent en premier lieu la contraction normale du cœur, qui lance à chaque systole le sang qu'il renferme, et, en second lieu, l'élasticité des artères au niveau des gros vaisseaux, ainsi que la contractilité des artérioles aux extrémités de l'arbre circulatoire. Lorsque, comme dans le cas présent, le cœur n'est plus aidé par les artères, le ventricule gauche exagère sa contraction et cette exagération des contractions a immédiatement deux conséquences. D'abord, le ventricule gauche s'hypertrophie comme le font les muscles du mollet chez une danseuse, il s'hypertrophie par excès de travail, par surfonctionnement. Cette hypertrophie n'a rien de providentiel, elle est simplement la conséquence de la maladie. Au bout de quelque temps, l'hypertrophie s'accompagne de la fatigue et plus tard de l'épuisement du muscle, et il en résulte des irrégularités dans les contractions du cœur entraînant naturellement des irrégularités dans les contractions du pouls. Il y a là une fatigue du cœur qui le porte à se reposer de temps en temps comme le fait le portefaix qui pose par instants son fardeau sur une borne. Ces irrégularités dans les battements conduisent souvent à une erreur de diagnostic, car on est tenté d'en conclure qu'il y a une maladie du cœur, tandis qu'il s'agit.