‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 259 sur 287 · DOULEURS CERVICALES SYMPTOMATIQUES · texte numérisé non relu

DOULEURS CERVICALES SYMPTOMATIQUES

trop forlement, lorsque le récit du malade vous porte à craindre l'existence d'une angine de poitrine symptomatique d'une lésion de l'aorte. Cette mésaventure m'est arrivée.

Pour explorer la sensibilité du nerf phrénique, la pression doit s'exercer en dedans du scalène antérieur; elle ne provoque aucune douleur si le nerf est sain, et en produit une assez vive dans le cas contraire.

Ces prémisses étant posées, voici ce qui peut advenir de cette exploration :

Dans Vangine de poitrine, par exemple, sous sa forme névrosiqiie, il y a douleur du pneumogastrique gauche et non des phréniques; chez les tabagiques, il y a également douleur à la pression du plexus cardiaque au second et au troisième espace intercostal gauche, et douleur du pneumogastrique gauche. Cette douleur, à peine accusée spontanément, devient très vive à la pression. Le pneumogastrique droit est alors plus rarement douloureux; pourquoi cette intolérance du pneumogastrique gauche ? Je me le suis demandé longtemps, car, sur les planches d'anatomie d'Hirschfeld, les deux pneumogastriques fournissent le même nombre de branches. J'en parlai à M. le professeur Sappey qui fit à ce sujet des recherches cadavériques et put constater que le pneumogastrique gauche fournit un plus grand nombre de filets au plexus cardiaque et que, parfois môme, il est le seul à en fournir. Ainsi s'expliquait la prédominance de douleur du pneumogastrique gauche, au cas d'affection douloureuse du cœur.

Le phrénique est également douloureux dans l'angine de poitrine, mais dans l'angine de poitrine d!origine organique; et cela parce qu'il est en contact avec le péricarde; et que, consécutivement à la lésion aortique, le péricarde s'enflamme dans sa portion qui revêt la base de l'aorte. De plus, le phrénique confine par ses filets d'origine avec le plexus cervical et le plexus brachial, d'où, par action réflexe, la douleur simultanée du bras gauche et môme des deux bras dans quelques cas. Ainsi ces douleurs des phréniques indiquent une lésion de l'aorte et vous révèlent la gravité du cas, puisqu'il s'agit alors d'une angine de poitrine avec lésion, de Vangine qui tue.

Ces mômes douleurs, vous les observerez dans certaines maladies du foie : le phrénique et le pneumogastrique droits peuvent devenir sensibles spontanément ou à la pression. Il y a alors douleur à l'épigastre, dans le cou, à l'épaule et jusqu'au coude. Il est très important de connaître ces points douloureux ; voici, par exemple, une malade qui souffre de coliques hépatiques; généralement elle accuse une douleur très forte à l'épigastre, et, s'il n'y a pas de vomissements, s'il n'y a pas encore d'ictère, vous pouvez croire à de la gastralgie ; mais s'il y a douleur à l'épaule en même temps, et si, par la pression au cou et à droite, vous provoquez de la douleur, vous devez songer à une affection calculeuse du foie. Et la douleur du cou à droite ne doit pas vous étonner, car c'est, vous le savez, le pneumogastrique droit qui envoie le plus de filets nerveux à cet organe.

Je vous ai montré, ce matin, une jeune flUe couchée au numéro \ \ de notre salle des femmes ; c'est une tuberculeuse. Elle tousse, cela n'a rien d'étonnant ; mais elle vomit en toussant, cela non plus n'a rien de surprenant pour qui sait interpréter l'enchaînement de ces deux symptômes « toux » et « vomissements». Pour moi, cela indique que les ganglions péri-trachéaux et péi'i-bronchiques sont malades et devenus tuberculeux comme le sont les sommets des poumons. Et ce qui le démontre d'una façon évidente, c'est que les pneumogastriques, le gauche sur-* tout, sont douloureux à la pression. Chez cette malade, du reste, les lésions pulmonaires sont prédominantes à gauche. Il doit en être de môme des lésions ganglionnaires, d'où compression du pneumogastrique et très certainement névrite de ce tronc nerveux. C'est à cette névrite qu'il faut attribuer et la toux et le^ vomissements.

A l'état normal, les terminaisons gastriques du nerf vague supportent le contact des aliments; mais quand le nerf est irrité, il se produit un réflexe du pneumogastrique stomacal au pneu mogastrique pulmonaire, d'où résulte une toux quinteuse et par elle des vomissements. De pareils malades toussent parce qu'ils mangent et vomissent parce qu'ils toussent.

Ce simple phénomène, le vomissement par la toux, acquiert une importance diagnostique considérable. On vous montre un

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enfant qui tousse et vomit en toussant; si cet enfant n'a pas la coqueluche, vous pouvez presque à coup sûr diagnostiquer la tuberculose, et cela sans que l'auscultation des sommets vous fournisse le moindre signe révélateur. Les poumons peuvent être sains, mais les ganglions sont malades.

Un autre phénomène corrélatif, et des plus intéressants en pareil cas, c'est la tachycardie, par parésie des pneumogastriques. Cette malade, que je vous ai fait examiner, a une fièvre très modérée, 38 degrés à peine, et, cependant, son pouls atteint 120 et 130 pulsations. Et la preuve que, chez elle, les ganglions doivent être incriminés, c'est que, par la percussion à l'aide du plessigraphe,j'ai pu trouver et limiter devant vous une masse ganglionnaire engorgée, et dans la région cervico-vertébrale et dans la région sous-claviculaire gauche.

Cette même douleur des pneumogastriques, vous la retrouverez dans la coqueluche, dans Yadénopathie trachéo-bronchique aiguë, et même parfois dans Vasthme. N'oubliez donc pas de la chercher, car, dans les cas douteux, elle peut merveilleusement aider au diagnostic.

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