‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 262 sur 287 · MÉCANISME DE U RÉVULSION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE U RÉVULSION

tère comme dans ses collatérales. L'afflux sanguin est diminué à la moelle par l'artère spinale dans l'exemple que nous avons choisi, et cela mécaniquement pour ainsi dire. De plus, nous agissons en faisant de la révulsion sur sensibilité de la paroi, sur les ramifications cutanées du nerf intercostal, irritation qui va provoquer un réflexe, le phénomène sympathique propre à toute irritation de ce nerf, et déterminera la vaso-constriction dans le territoire correspondant.

Enfin, l'excitation nerveuse n'a pas seulement porté sur les nerfs cutanés ; elle a irrité également les filets nerveux qui enlacent les ramifications de l'artère intercostale, les nerfs vasomoteurs, nouvelle source d'excitation centrale pour le nerf grand sympathique et de réflexe sur la branche viscérale.

La révulsion a ainsi un triple effet, sur Vartère, sur les ne?'/is cutanés, sur les filets sympathiques du vaisseau.

Ainsi) messieurs, la révulsion est justifiée par l'argument ânatomique; voyons si les faits la justifient et si les théories qu'on lui a opposées ont quelque valeur. Les erreurs pathogéniques, les théories construites sur une idée fausse de l'action de la révulsion avaient déjà fait rejeter par les anciens cette thérapeutique. Van Helmont, le premier, s'est élevé contre les émissions sanguines en faisant remarquer que la saignée restait inefficace contre la fièvre, qu'elle n'agissait pas directement contre Tinflammation, et qu'elle ne réussissait que dans les cas de pléthore primitive. Dans tous les autres cas, la saignée devait être rejetée. C'était là une grande erreur d'interprétation. La saignée ne doit pas être regardée comme un moyen d'afi'aiblissement permanent de l'organisme, mais comme un moyen de placer l'organisme dans un état d' affaiblissement momentané. Par cette perte passagère, il y a diminution de la vitalité générale et de l'intensité de l'état inflammatoire. L'action de la saignée est une action plus dynamique que physique. L'individu étant troublé dans sa circulation et son organisme, il faut chercher, par une révolution dans l'acte circulatoire pour ainsi dire, à rétablir l'équilibre.

De nos jours encore, après les théories de Rasori et de Broussais, une réaction vive s'est faite avec Skoda qui prétend que les émissions sanguines sont illusoires au double point de vue

du principe et de la marche de la maladie, Skoda abandonne celle-ci à son cours spontané, persuadé qu'il ne peut rien contre l'inOammation ; il ne donne de médicaments que pour la forme. Il n'admet que l'action du mercure, de l'opium et de la quinine, les autres médicaments étant à peu près inutiles.

Hé ! messieurs, cette théorie nihiliste s'est répandue ! L'école de Vienne et toute l'Allemagne sont tombées dans ce nihilisme thérapeutique.

Or, ces erreurs de thérapeutique dérivent de notions pathogéniques inexactes; plus faussement encore, actuellement, les doctrines microbiennes ne nous laissent voir dans la maladie que le microbe, elles négligent Vacte morbide, l'acte hypérémique ou inflammatoire, et nous font rester inactifs devant l'inflammation.

Ainsi, on dit que l'anthrax est déterminé par un streptocoque qui fait, tantôt la suppuration, tantôt le furoncle, et contre lequel nous ne pouvons agir directement. Alors on ne fait plus rien contre le furoncle, on ne met plus de cataplasmes, on ne fait pas d'incision, on ne fait que des pulvérisations phéniquées et on laisse le furoncle dégénérer en un énorme anthrax. Si, au début, on avait appliqué une poignée de sangsues, on aurait certainement eu raison de l'élément congestif et inCammatoire; la douleur, la tension, la rougeur auraient disparu. Parla révulsion, on aurait pu faire un acte tutélaire très bienfaisant visà-vis de l'inflammation anthracoïde, à quelque point de vue théorique qu'on se place. Toutes les fois qu'on se trouve en présence d'une congestion, d'une inflammation, on doit recourir à la médication contre-fluxionnaire, et on en obtiendra les résultats les plus satisfaisants.

Ceci, messieurs, je vais vous le prouver par les faits suivants : Un égoutier entre jeudi dernier, salle La&nnec, n" 9, dans un état fort grave. 11 était dans un égout, travaillant comme d'habitude, lundi de l'autre semaine, jusqu'au soir. Couvert de sueur, au moment de l'orage, il quitte son travail, à peine couvert, il est traversé par la pluie, et rentre chez lui grelottant. Il se sent un fort malaise, courbatu, et se couche sans dîner. Mais déjà au frisson de refroidissement a succédé la fièvre ; il est agité, ne

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peut dormir, se tourne dans son lit sans trouver une position commode pour reposer ses membres déjà douloureux. 11 a en même temps une violente céphalalgie, des battements aux tempes, des bourdonnements d'oreilles, le cerveau est touché.

Le lendemain, il veut se lever, mais ses jambes fléchissent ; il a de vives douleurs à la région lombaire et est obligé de se recoucher. La fièvre continue, l'insomnie persiste.

Le mercredi, il vient à l'hôpital, tenant à peine sur ses jambes, et se traînant le long des murs. Il n'est pas admis et rentre chez lui épuisé.

Le jeudi, nous le recevons; il marchait péniblement, le tronc penché en avant, trémulant. Le faciès était injecté, le regard effaré, se plaignant de courbature.

A la première question que je lui pose : « De quoi vous plaignez-vous? » il répond très justement : « Je souffre de partout. » C'est ce que nous dit encore un individu atteint de fièvre typhoïde. C'est l'expression d'un système nerveux profondément touché ; le bulbe, la moelle, sont offensés.

Lorsque nous faisons asseoir le malade sur son lit, il se lève tout raide, la tête penchée en avant, la nuque tendue, ne pouvant redresser la tête ni la tourner latéralement. Quand on veut le faire marcher, il ne peut tenir debout, et, de plus, il se plaint de douleurs dans tous les membres, dans les genoux en particulier. Mais ce n'est pas là la douleur articulaire. Quand il se recouche, il ne prend pas la position en demi-extension du rhumatisant ou de l'arthritique, il se pelotonne, il se couche en chien de fusil. C'est là le type de la douleur médullaire. C'est un individu profondément touché dans son cerveau, ainsi que le prouvent la céphalalgie, l'insomnie ; dans sa moelle et ses méninges, ainsi que le prouvent l'hyperesthésie cutanée et les douleurs, la courbature, la parésie ,des membres.

Cet individu était gravement atteint; il avait ^lO'j^, et nous ne pouvions incriminer que son système nerveux, car les urines n'étaient pas albumineuses ; le poumon ne donnait aucun râle, le cœur était normal, et nous ne trouvions nulle autre phlegmasie organique. Étant donné la cause, l'effet subit du refroidiïsoment et les signes, la localisation de la congestion sur l'axe

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cérébro-spinal, le diagnostic et la thérapeutique s'imposaient. Nous étions en présence d'une congestion méningo-encéphalique et médullaire, et il fallait agir sans perdre un instant.

Nous avons appliqué dix ventouses scarifiées à la nuque et à la région dorsale supérieure de la colonne vertébrale, et l'effet thérapeutique ne s'est pas fait attendre.

Le samedi, le malade nous dit qu'il a bien dormi, ce qu'il n'avait pu faire depuis le lundi. La douleur du pneumogastrique gauche, les douleurs des membres ont disparu ; il peut tourner la tête, l'incliner, et le mal de tête a presque disparu. La température concorde avec l'amélioration de l'état nerveux; de 40°, 2 elle est tombée à 38\1.

L'amélioration continue le dimanche et les douleurs des membres ont complètement disparu, mais le malade se plaint encore de lourdeur de tête.

Le lundi, la céphalalgie est pénible; le malade a été un peu agité dans la nuit, il se plaint d'avoir la tête lourde et demande lui-même des ventouses scarifiées.

On lui applique trois sangsues à chaque apophyse mastoïde.

Le lendemain, la céphalée a complètement disparu; le malade est assis sur son lit, il a bien dormi, il demande à manger et la guérison est complète.

Cet homme a guéri grâce à la révulsion ; et si l'on n'avait rien fait, la congestion méningée et médullaire aurait persisté, puis amené une inflammation chronique de la moelle, et, dans un mois peut-être, ce malade serait un myélitique, aurait fait une syringomélie ou une sclérose en plaques, comme nous le voyons souvent chez les malades non traités dès le début.

J'ai même guéri un malade ataxique pris tout à fait au début. Ce malade avait des douleurs fulgurantes, des troubles oculaires, des douleurs en ceinture, une perte complète des érections; je fis appliquer une révulsion énergique, des centaines de pointes de feu, et, en trois mois, le malade était complètement guéri. Mais il faut agir dès le début, avant que la congestion n'ait duré et amené la dégénérescence scléreuse d'un grand nombre de tubes nerveux.

Je vous citerai encore un fait survenu dans des conditions

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analogues à celle de l'égoulier. En 1886, à l'hôpital de la Charité, je vis, à la visite du malin, un sergent de ville qu'on venait d'apporter paraplégique. Cet homme, qui avait fait son service de nuit, avait été mouillé, refroidi, et, se sentant courbatu, s'était assis sur un banc. Mais, lorsqu'il veut se relever, il est comme figé ; il appelle un de ses camarades pour l'aider, mais ses jambes fléchissent, il est paraplégique. Nous le trouvions inerte, ne pouvant lever les jambes du plan du lit, le réflexe rotulien complètement aboli, mais sans troubles des sphincters. Rien du côté des membres supérieurs, pas de douleurs de tête. Nous étions évidemment en présence d'une congestion médullaire intense limitée, et qui avait amené l'étranglement d'un grand nombre de tubes nerveux.

Je fis immédiatement appliquer six ventouses scarifiées à la région lombo-sacrée, et, dès le lendemain, le malade pouvait soulever les jambes du plan du lit.

Nous continuâmes la révulsion par des applications de pointes de feu, simultanément à droite et à gauche de la colonne vertébrale. Trois jours plus tard, le malade se trouvait debout, mais les jambes étaient faibles. Enfin, le dixième jour, il quittait l'hôpital complètement guéri; le réflexe rotulien était redevenu normal. Il est évident que nous avions produit là une contrefluxion salutaire, modifié la congestion médullaire avant qu'elle n'ait eu le temps d'entraîner la fluxion chronique et la sclérose.

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