CAS DE PARAPLÉGIE
La congestion médullaire est de la plus haute gravité; il faut la combattre par la révulsion sanglante.
A côté de ces faits de l'hôpital, en voici quelques autres de la ville.
11 y a six ans, un homme de quarante-huit ans vint se traîner dans mon cabinet; depuis dix-huit mois, il souffrait de ses reins et de ses membres inférieurs. On l'avait considéré comme un rhumatisant et envoyé à Bourbonne-les-Bains, puis, plus tard, soumis à l'hydrothérapie. 11 allait de mal en pis et devenait paraplégique.
Contre cette affection médullaire, je conseillai d'abord la cautérisation ignée, tous les cinq jours, sur la région vertébrale, l'iodure de potassium à la dose de 2 grammes tous les jours, et une injection de 1 centigramme de morphine tous les soirs. Au bout de quatre mois, la guérison était complète ; on avait diminué peu à peu l'énergie de ce traitement.
Un autre, grand industriel, atteint de myélite par suite de fatigues exagérées, et frappé d'impotence des membres, fut guéri de ces accidents paralytiques par quatre cautères sur la région lombaire, qui furent entretenus pendant quatre mois.
En 1870, une jeune demoiselle polonaise était frappée de contracture hystérique de la nature la plus grave. J'étais son médecin, et je convoquai en consultation Axenfeld, Guéneau de Mussy et Duchenne de Boulogne ; mon avis était de cautériser la colonne vertébrale. Guéneau de Mussy considérait le cas comme incurable et lit rejeter mon opinion. Au moment du siège de Paris, cette jeune étrangère quitta la capitale et se retira à Bex, en Suisse; j'appris, après la levée du siège, qu'elle avait été guérie par le docteur Gossy, à l'aide de moxas placés sur la colonne vertébrale.
En lS90,une dame épuisée dans son incitabilité par la fatigue auprès de son mari six mois malade, l'insomnie pendant tout ce temps, le chagrin de sa mort, fut, peu de mois après, frappée de pneumonie avec pleurésie diaphragmatique. Le cas fut très grave, la convalescence prolongée, et voici qu'on s'aperçut d'abord de douleurs dans ses membres inférieurs, avec exagéralion des réflexes rotuHens, puis la faiblesse survfnt, qui fut suivie
d'une paralysie complète : il y avait paraplégie réflexe consécutive à cette affection thoracique aiguë, chose rare. La paralysie ne guérit qu'au bout d'une année de traitement où, en premier lieu, j'appliquai des ventouses scarifiées, puis des pointes de feu, répétées toutes les semaines, des bains chauds tous les deux jours, et la strychnine à l'intérieur. Elle a d'abord pu faire quelques pas dans sa chambre, plus tard marcher dans la rue pendant quelques minutes, et enfin, au bout d'une grande année, reprit son activité d'autrefois. Sans cette thérapeutique énergique, elle serait restée infirme à jamais.
Inversement, il m'a été donné de voir, en 1885, à l'hôpital de la Charité, une jeune fille infirme, elle, et pour toujours; elle avait une « paralysie amyotrophique ». Mon interne d'abord notait avec une satisfaction d'artiste et de savant la dégénérescence des muscles, et de quels muscles. Or, cette jeune flUe avait eu, quatre ans auparavant, de vives douleurs rachidiennes et, en raison de son sexe et de sa jeunesse, on l'avait considérée comme une hystérique et une chlorotique, et traitée avec des pilules de Méglin et des ferrugineux, négligeant et méconnaissant la congestion méningo-médullaire et laissant l'hypérémie devenir une myélite scléreuse avec dégénérescence musculaire consécutive ; une telle méprise est un méfait.
De même, il y a quatre ans, j'ai vu dans une très grande ville d'Allemagne, et dans un service d'hôpital consacré à des maladies du système nerveux, un grand nombre de paraplégiques, lesquels étaient entrés autrefois à l'état aigu, mais qui ne présentaient sur la région rachidienne aucun vestige de révulsion : « On n'y fait plus cela! » On remplace cette médication par le seigle ergoté et l'électrisation, avec la paralysie comme conséquence.