‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 271 sur 287 · CENT CINQUANTE-CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CENT CINQUANTE-CINQUIÈME LEÇON

Pleurésie aiguii et révulsion.

Combattre la fièvre et enrayer la fluxion locale. — Quand l'épanclioment séreux est abondant, il faut l'extraire, surtout si la lièvre est éteinte.

Messieurs,

Dans ma communication à l'Académie, qui n'a pas été bien comprise, je disais, le 26 avril 1892, à propos de la thoracentèse:

Je ne veux pas combattre la thoracentèse.

Ce que je veux dire à propos de la pleurésie aiguë, c'est que la constitution médicale n'a pas changé, mais la médication. Pour donner à cette proposition une éclatante évidence, je comparai la médication de la première moitié de ce siècle à celle de la seconde moitié, la médication de nos devanciers à celle de nos contemporains.

Pour le passé, je pris mes textes dans des livres qu'on ne lit plus guère aujourd'hui, dans le Traité de l'auscultation de Laënnec (1819), dans la Clinique d'Andral (1822), et dans la Clinique de Bouillaud (1837).

Pour le présent, je citai les faits actuels.

Or voici ce que dit Laënnec :

« Dans la pleurésie aiguë, lorsque le sujet est vigoureux et pléthorique, les meilleurs praticiens de tous les temps et de tous les pays ont <om;'om?'s conseillé la saignée du bras, à moins que le sujet ne fût une femme et que l'époque des règles ne fût proche ; dans ce cas, on doit préférer la saignée du pied.

« Mais si le point de côté et la fièvre ne cèdent point à une ou deux saignées, il vaut mieux, dans la pleurésie, comme dans toutes les inflammations des membranes séreuses, avoir recours aux saignées locales et, en général, on doit les répéter jusqu'à laces-

8/i0 LA RÉVULSION.

sation du point de côté et de la fièvre aiguë, et y revenir si ces symptômes reparaissent par la suile.

« Les venlouses scarifiées sont, à mon avis, préférables aux sangsues. » {Traité de l'auscuUalion.)

Ici, qu'on me permette une légère digression de physiologie pathologique destinée à faire comprendre et ma pensée et l'utilité absolue d'une intervention médicale énergique autant qu'opportune dans les premières phases de la pleurésie aiguë.

Dans la pleurésie aiguë — j'entends celle qui survient chez un individu adulte, robuste, jusque-là bien portant, et, par le fait tout accidentel d'un refroidissement, alors que sa température périphérique est surélevée par un exercice musculaire énergique et prolongé — dans la pleurésie aiguë, dis-je, on observe trois phases successives : 1° une phase hypérémique ou de fluxion, phase purement congestive et par le fait de laquelle il y a offense aux nerfs intercostaux et parfois aux phréhiques, d'oîi cette douleur parfois si intense et qu'on appelle le point de côté.

D'autre part et précédant cette douleur, il y a de la /îèwe caractérisée par le frisson et l'état général mauvais.

A quelques heures de là apparaît la phase exsudative où s'effectue, à la surface de la plèvre enflammée, un exsudât fibrineux.

Puis, peu d'heures ensuite, survient la phase sécrétoire, dans laquelle se fait, avec une rapidité plus ou moins grande, un épanchement de sérosité. Alors la douleur primitive s'apaise peu à peu et finit même par s'éteindre, comme si le liquide épanché jouait, à l'égard de la plèvre enflammée et du nerf offensé, le rôle d'un topique calmant, ainsi qu'on l'observe par le fait du larmoiement, dans l'ophthalmie aiguë.

Je ne saurais trop insister sur ce fait du point de côté; c'est le cri de souffrance du nerf irrité au voisinage de la plèvre enflammée, c'est le cri dénonciateur qui, après les quelques heures de fièvre préalable, vient nous avertir de la localisation du mal et nous dit : « 11 y a quelque chose là, prenez garde et agissez. »

Eh bien, puisque quelques heures s'écoulent avant l'apparition de l'exsudat fibrineux et, a fortiori, de l'épanchement de sérosité, le médecin a le temps d'intervenir pour s'opposer à la production de ces deux phénomènes; et l'énergie de cette intervention doit

Page 1