EFFETS DE LA SAIGNIÏE
VOUS ce qu'il advient à de tels malades — le fait n'est pas rare? 11 advient que des paralysies se manifestent. Tantôt les paralysies sont localisées, tantôt elles sont systématisées, tantôt enfin elles deviennent générales.
Nous avons donc amélioré la situation de cet homme presque immédiatement par une saignée générale ; néanmoins il était encore sans connaissance; le soir, l'intelligence reparut un peu, il commença de répondre aux questions qu'on lui posait ; le lendemain, la connaissance était presque revenue, était plus appréciable au moins, mais on constatait que les membres inférieurs étaient paralysés. Il y avait de la paraplégie, à ce degré que le malade ne pouvait pas détacher ses membres inférieurs du lit sur lequel il reposait, et il y avait de plus ce fait — qui a été signalé par les auteurs — que les masses musculaires, surtout celles du membre abdominal, à la région de la cuisse, étaient tuméfiées, très douloureuses au toucher et plus encore à la pression. Il y avait de la rougeur et une sorte d'empâtement œdémateux qui simulait le phlegmon. Par conséquent, il n'y avait pas seulement impotence dans les membres inférieurs, mais il y avait aussi dans les muscles de ces membres de la dotileur. On le laissa sans traitement direct jusqu'au lendemain lundi 6 février, oii je me rendis corilpte de l'état du malade, et je constatai qu'il lui était difficile, presque impossible, sinon en s'aidant artificiellement, de soulever ses membres inférieurs. Je le fis lever, et, avec grand'peine, il descendit de son lit. Il avait cette position que l'on observe chez les individus atteints de méningite spinale, sinon de myélite, c'està-dire le tronc rigide avec impossibilité de le fléchir. Il se leva, manqua de tomber en descendant de son lit; il marchait comme un paraplégique, c'est-à-dire glissant ses pieds le long du sol sans les détacher, et lorsqu'il voulut tourner sur lui-même, il faillit tomber. Enfin, lorsque je l'invitai à remonter de lui-même éur le lit, il ne lè fit qu'avec les plus grandes difficultés; et tel était encore l'état de son intelligence, que cet homme, à l'injonction que je lui fis de se recoucher, était comme un imbécile, à intelligence vague, ne sachant môme plus exprimer sa pensée, manifester ses désirs, ni demander qu'on lui vînt en
NSa LA RÉVULSION.
aide. Alors, avec les plus grandes peines, il se remit dans son lit, sans Iléchir, pour ainsi dire, les jambes sur les cuisses, le membre abdominal presque rigide, glissa la jambe droite d'abord, la gauche ensuite, mais il fallut l'aider pour qu'il reprît la position normale d'un homme couché. Par conséquent, il y avait une faiblesse très grande du membre abdominal. Comme je lui demandais pourquoi il marchait si difficilement, il me répondit qu'il souffrait. En effet, en pressant les masses musculaires, je déterminais de la douleur.
Eh bien, messieurs, qu'indiquaient ces phénomènes, sinon une congestion du système cérébro-spinal? Supposons que je n'eusse pas connu la cause de ces accidents, j'aurais dit : « Voilà un homme qui a de la congestion des enveloppes de la moelle, et même un peu du cerveau. » Aussi je lui fis appliquer dix-huit ventouses scarifiées, le long de la colonne vertébrale. Elles furent posées dans la matinée, et, le lendemain à notre visite, cet homme se mouvait beaucoup plus facilement, marchait mieux, détachait mieux les pieds du sol, et souffrait bien moins dans ses masses musculaires, car il pouvait remonter dans son lit plus facilement. Par conséquent, l'amélioration était évidente. Cette amélioration était non seulement perceptible pour nous, mais elle l'était surtout pour le malade, car à la première question que je lui fis : « Gomment vous trouvez-vous aujourd'hui? » Il me répondit : « Beaucoup mieux, monsieur. » Il avait donc senti qu'il était mieux, il était devenu plus conscient, et il était rendu aussi à l'activité musculaire, qui était presque abolie chez lui antérieurement.
Mais, pourriez-vous me dire, la congestion n'est pas ici en cause, il est très possible que ses muscles fussent rendus impotents et douloureux par le fait de l'oxyde de carbone contenu dans le sang et qui en avait altéré l'hémoglobine, d'où des troubles de la nutrition qui se sont manifestés sur le système musculaire et sur les nerfs qui animent ces muscles. Oui, voilà l'objection qui peut se résumer sous cette forme ; — Intoxication du sang par l'oxyde de carbone, intoxication des muscles et de tous les organes par le liquide sanguin, donc intoxication sans congestion; d'où découle cette conséquence que le traitement