QUATRE-VINGT-SIXIÈME LEÇON
Microbes et alcaloïdes.
Microbes dits spécifiques en réalité banals et non spécifiques. — Microbes détrônés par les vaccins cliimiques. — Alcaloïdes fabriqués par les grands organismes vivants. — Microbes colporteurs de ces alcaloïdes. — Ce qu'il faut penser de la panspermie et de l'antisepsie, son corollaire pratique. — Ce que vaut la phagocytose.
Cette leçon pourrait aussi bien avoir pour titre : « Grandeur et décadence du microbe. » C'est qu'en elTet, si, les années précédentes, j'ai combattu devant vous le microbe alors qu'il était tout-puissant et qu'il régnait en maître dans le domaine des maladies dites «infectieuses », je veux encore m'occuper de lui en ce jour, bien que son action palhogénique ait été singulièrement amoindrie.
Le mouvement scientifique qui, à l'heure actuelle, entraîne le monde médical, est tel que le clinicien ne peut se désintéresser de ces nouvelles doctrines; ce que je veux vous montrer, c'est l'évolution qu'elles ont subie. Grâce aux recherches patientes des mêmes savants qui, naguère, invoquaient l'action exclusive des microorganismes, l'esprit médical s'est porté brusquement d'un pôle à' l'autre de la pathologie.
Nous avons vu, il y a deux ans, comment les oulranciers delà localisation étaient devenus les oulranciers de la généralisation. Après avoir localisé la maladie dans un organe, puis dans le tissu de cet organe, puis dans les éléments de ce tissu, ils avaient fini par trouver le microbe comme cause prochaine des lésions. La pneumonie, par exemple, était, autrelois, considérée comme une fièvre, la « fièvre péripneumonique », c'est-à-dire une
maladie générale avec déterminalion morbide sur le poumon ; par le fait de l'anatomie pathologique, elle devint une phlegmasie pulmonaire, et l'on disait, en montrant l'exsudation alvéolaire: «Voilà le mal.» On prenait la lésion pour la maladie. Puis, sous l'influence des doctrines contemporaines, les recherches suivent une autre voie; le pneumocoque est découvert, et l'on dit : « Voilà la cause de la pneumonie. » Or, ce pneumocoque étant un agent infectieux, on en conclut que la maladie engendrée par lui est une maladie infectieuse, et voilà comment, de par l'histologie pathologique, la pneumonie redevient une maladie générale.
Mais, au hasard ou à son gré, ce pneumocoque peut être « endocardocoque » ou « méningocoque » — faire alors une « endocardite » ou une « méningite » — et voilà l'agent tout matériel de la spécificité qui nous éloigne de la spécificité. — C'est le chaos !
Actuellement, nous assistons à une transformation du même genre : le solidisme aboutit à l'humorisme, et c'est le microbe qui sert de trait d'union entre les deux doctrines : le microbe n'est plus dangereux par lui-même, mais par les alcaloïdes qu'il sécrète. Et ce sont les pères mêmes de la microbie qui en sont arrivés aux « vaccins chimiques ». — Ce sacrifice d'Abraham est le détrônement du microbe 1
On a laborieusement cherché, cherché de toutes les façons, et toujours infructueusement cherché, le microbe de la rage; cependant, la rage est transmissible. Et, tout en se passant du microbe, on a vu ou cru voir qu'il y avait dans cette moelle rabique quelque chose comme un poison soluble qu'on a qualifié de « vaccin chimique». Mais comment? par qui? par quoi celui-ci s'y est-il fabriqué ? Sans microbe, assurément ; et par la moelle, incontestablement. — Et voilà la moelle qui crée des poisons I
Vous prenez une moelle rabique fraîche, vous l'inoculez à un lapin, et il meurt. Vous faites sécher une moelle rabique fraîche, pendant quarante-huit heures, à 35 degrés, vousl'inoculezensuite, et le lapin reste vivant. Puis, à quelque temps de là, vous inoculez ce môme lapin avec une moelle rabique fraîche; il résiste. Il