‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 36 sur 287 · MICROBES COLPORTEURS DE VIRUS · texte numérisé non relu

MICROBES COLPORTEURS DE VIRUS

est « vacciné ». Par quoi? Par quelque chose de vivant? Non, il l'est par un agent cuimique; — et voilà le microbe aux gémonies !

Ce qui fit autrefois le triomphe — triomphe aussi éclatant qu'il sera éphémère — des théories microbiennes, ce qui les fit accepter avec enthousiasme, c'est ce simple fait, la pullulation indéfinie des germes introduits par effraction dans l'organisme. Il suffit, disait-on, de prendre une goutte, une gouttelette, un atome de liquide virulent, de l'inoculer, et l'on assiste alors à la «puUulalion des microorganismes », d'oîi l'encombrement des vaisseaux dans les organes les plus importants, d'où les accidents observés; et voilà comment une si petite masse de liquide (de liquide, j'insiste sur ce mot) peut infecter la masse énorme de l'organisme !

Les esprits superficiels étaient satisfaits ; j'ai le bonheur de dire que je ne l'étais pas. Or, aujourd'hui on repousse cette pullulalion, et l'on reconnaît qu'il s'agit plutôt de phénomènes toxiques dus à la présence d'alcaloïdes ; — et voilà que le virus agit qualitativement et non plus quantitativement : son action est analogue à celle que produirait une parcelle de musc, qui, placée dans un appartement, l'emplit de ses émanations odorantes sans perdre la plus petite partie de son poids. Le mystère des maladies infectieuses nous semblait révélé par les microbes — et nous voilà, par les alcaloïdes, rejetés dans les ténèbres !

Je me suis toujours efforcé de vous faire comprendre que les microbes ne sont que les colporteurs d'un produit morbide et morbifique. Ce n'est pas dans l'air en effet qu'on va prendre avec une pince un microbe pathogène ; on le prend dans une goutte de liquide puisée elle-même dans un organisme malade.

Qu'est-ce donc que ce liquide que vous inoculez? C'est un liquide virulent contenant des bactéries (quand il en contient), plus des alcaloïdes. On en ni3t une goutte dans des bouillons successifs et l'on constate que ces bouillons sont de moins en moins virulents; en les inoculant à des animaux, on les rend réfractaires à l'action des liquides les plus virulents, c'est-à-dire qu'on a procédé de cette manière à une véritable « mithridatisation a du sujet en expérience. Mais les bactéridies du dixième bouillon sont morphologiquement identiques à celles du premier et

elles ont cessé d'être identiques i'atuogéniquemknï. Elles se sont donc DÉPOUILLÉES de quelque chose, et c'était précisément ce quelque chose dont elles étaient imprégnées qui les rendait nocives. — Ainsi s'explique l'absence de nocivité des bacilles du dixième bouillon.

Voici d'autres faits non moins concluants : Koch (de Berlin) a découvert le bacille dit « cliolérigène ». Or, ayant pris du liquide cholérique, il a fait des cultures dans des milieux inertes et il a constaté alors que les bacilles de ces cultures n'étaient plus virulents. Eh bien, le « bacille-virgule » contenu dans ces cultures peut acquérir de nouveau des propriétés virulentes, grâce à certains artifices d'expérimentation. Lœwenlhal (de Lausanne) semble l'avoir prouvé. Mais si ce bacille peut, d'une part, perdre, et, d'autre part, acquérir, c'est donc qu'il contracte, et, dès lors, il na que des propriétés d'emprunt.

Voici comment Lœwenlhal a opéré pour redonner au bacille toute sa virulence : il a pris des cultures ordinaires du bacille de Koch (non virulentes), et, dans le laboratoire de celui-ci, il les a ensemencées sur une pâle de sa composition, formée de viande, de farine de légumineuses et de suc pancréatique, — c'est-à-dire une sorte de milieu intestinal artificiel.

Eh bien, il a redonné ainsi au bacille toute sa virulence et a pu, de la sorte, inoculer le choléra. Donc le bacille de Koch, cultivé à la manière ordinaire, perd ses propriétés, et cultivé par le procédé de Lœwenthal, il les retrouve. C'est donc qu'il n'est pas virulent par lui-même.

Vous savez les diverses manières dont on a compris l'action des microbes sur l'organisme : pour les uns, « puUulation des bactéries », qui agissent alors par leur masse et leur nombre, mécaniquement; pour les autres, « décharges microbiennes», « traumatisme cellulaire » , dans le rein par exemple, d'où les néphrites dites infectieuses (tout cela semblait si simple !) ; selon quelques autres, plus délicats, action physiologico-chimique, « les microbes dépouillant les hématies de leur oxygène », d'où l'asphyxie; mais, quoi qu'il en soit de toutes ces hypothèses où ne manquent ni la variété ni les variations, les microbes agissent toujours per se.

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