TOUTE-PUISSANCE CRÉATRICE DE LA CELLULE VIVANTE
que si l'on inocule un virus, contenant des microbes, dans un organisme qui a été primitivement inoculé contre le charbon, par exemple, les bactéridies charbonneuses sont prisonnières (?) des cellules lymphatiques ou des leucocytes, ce qui les met dans l'impuissance d'infecter l'organisme.
Je voudrais aller plus loin maintenant et vous démontrer la puissance créatrice de la cellule. Un végétal, le Papaver somnifenon, se reproduit par graine; c'est la graine de pavot, tellement inolTensive qu'on en fait de l'huile à manger, l'huile d'oeillette, avec laquelle nous assaisonnons. notre salade ou certains mets, et jamais nous n'avons été empoisonnés par cette huile, et jamais nous n'avons été par elle endormis! Eh bien, prenez cette graine, puis mettez-la en terre^ elle va donner naissance à un végétal qui produira des fleurs et ultérieurement un fruit : Iq pavot ; et dans la paroi de la capsule de ce pavot, dans l'intérieur de laquelle se trouve la graine d'œillette, il y a un suc, le suc de pavot. Ce suc, épaissi, c'est l'opium, lequel contient une dizaine d'alcaloïdes, dont les principaux sont : la morphine, la codéine, la narcotine, la narcéine, la méconine, etc.
Voilà qui est bien étrange ! Comment, cette graine qui ne contient aucun des alcaloïdes dont je viens de vous parler, qui n'a aucune des propriétés narcotiques de ces alcaloïdes, cette graine a produit tout cela! Et comment ? Bien simplement : c'est qu'il y a probablement dans le terrain de la morphine, de la narcotine, etc.. Alors, vous analysez ce terrain et vous y trouvez des sels de potasse, de tout, excepté de la morphine, de la narcotine.
Vous prenez une autre graine, par exemple celle qui produit le quinquina, et dans cette graine, il n'y a pas non plus de quinine, pas plus que decinchonine. Vous mettez cette graine dans le même terrain d'où est sortie la morphine, la codéine, et voilà que, dans le végétal, il y a de la quinine, de la cinchonine.
Vous continuez l'expérience en semant de la graine de tabac, et vous avez de la nicotine. Vous mgttez ensuite en terre de la graine de café, vous avez de la caféine. Vous y placez de la graine de canne à sucre, et voici que cela produit du sucre, qui n'est pas contenu dans le terrain !
Peter. — Clin, méd, m 5
Si VOUS ne voyez pas là hi démonslralion de la touie-puis- Sance créaLnce de la cellule vivante, c'est que vous 6les aveugles ou aveuglés.
11 est donc indéniable que la cellule vivante de certains végétaux est absolument créatrice : elle fait, elle engendre, elle CRÉE de toutes pièces, en puisant dans le sol et dans l'aiPj ce qui ne s'y trouve pas. Il est donc absolument démontré que «la cellule est CHÉATHiCE » ; ce fait banal de la graine de pavot, accomplissant ces cboses merveilleuses, on n'y songe pas, bien qu'il soit hautement révélateur. Eh bien, ne comprenez-vous pas que si la cellule végétale peut faire de telles choses, la cellule animale peut en faire d'analogues? Ce que Gautier a appelé des leucomaïnesi qu'est-ce, sinon des alcaloïdes toxiques, comme la codéine, la narcotine, etc., qui ne préexistent pas plus dans le muscle que les alcaloïdes dans la graine de pavot ?
Donc, la cellule animale ou végétale peut vivre en dehoî's de l'organisme, et elle peut créer quelque chose qui ne préexistait pas.
Y a-t-il rien de plus significatif que celte puissance créatrice de la cellule ?
Après vous avoir démontré la puissance créatrice de la cellule, voyons d'abord l'action des milieux dans lesquels sont placés ou peuvent l'être, soit ces cellules, soit leurs produits (et ici je parle des « cultures i.> dans des milieux qui ne sont pas vivants» mais où se trouvent des substances organisées qui ont cessé de vivre).
Par exemple, Toussaint, qui, le premier, a fait des cultures de microbes, les a faites dans de l'urine; c'est-à-dire dans un milieu provenant d'un être vivant, contenant des substances qui ne vivent plus, mais qui sont d'origine organisée.
L'urine étant essentiellement variable bien que d'origine organique, M. Pasteur a fait) en s'inspirant des travaux de Toussaint, les cultures dans du «bouillon de veau» stérilisé. Mais ce bouillon de veau est de l'eau dans laquelle a bouilli de la chair qui a cessé de um'e> une décpction de substance morte. (Ceci est de la plus haute importance.)
Dans ce bouillon, M. Pasteur met utie goutte de liquidé prise sur un animal atteint du charbon, liquide contenant des bdcté-
TOUTE-PUISSANCE CRÉATRlCË DE LA CELLULE VIVANTE. 85
ridies. Il fait ainsi une première culture : une goutte de ce bouillon est encore extrêmement virulente. Puis il fait deux, trois, quatre cultures, jusqu'à une n"° culture ; et à cette n"" culture, le bouillon n'est plus virulent.
Ici arrêtons-nous un peu. A la première culture, la goutte de bouillon était presque aussi virulente que celle puisée dans l'animal charbonneux ; elle contenait des bactéridies en grand nombre et elle déterminait des accidents à peu près analogues à ceux de la goutte de liquide émanée de l'animal charbonneux. A la deuxième culture, elle était moins virulente ; à la troisième encore moins, et à la n™^ culture, la goutte de bouillon n'était plus virulente ou l'était à un degré si faible, qu'elle était impuissante à produire des accidents. Toute la doctrine des inoculations pastoriennes repose sur ce fait, qu'en inoculant une goutte du n™^ bouillon, qui n'est pas virulent, ou l'est à peine, on peut du n™^ — 1, du n"" — 2, etc., arriver à inoculer impunément une goutte du liquide virulent du premier bouillon. Mais comment cette goutte du n"" bouillon peut-elle faire que la goutte du ^me I gQj|- supportée, que la goutte du n""" — 2 le soit également ? C'est qu'il est vraisemblable qu'il y a encore dans ce M"" bouillon quelque chose et que ce quelque chose, c'est un alcaloïde, un alcaloïde qui imprègne à peine le corps des microorganismes de ce n""" bouillon et y est à un tel degré de dilution qu'il est devenu impuissant à déterminer des accidents ; et cependant il donne à l'organisme dans lequel il est placé un certain degré d'immunité.
Il y a donc diminution progressive de la virulence des bactéridies, mais celles-ci n'en sont pas tellement dépouillées qu'elles n'en aient encore quelque peu. Mais ce quelque peu ne leur est pas propre, car si elles possédaient la virulence en soi, elles l'auraient toujours, puisqu'elles sont toujours identiques à ellesmêmes, elles ont cessé d'être virulentes ou le sont à un degré infinitésimal. Donc elles ont emprunté au liquide du milieu charbonneux quelque chose dont elles sont imprégnées.
Tout à l'heure nous avons démontré par des faits de l'ordre le plus vulgaire que la cellule végétale peut faire des alcaloïdes et vous voulez que la cellule vivante animale n'en fasse pas I
La cellule animale de Gaulicr vous répond : elle en fait. Et comment voulez-vous que, dans la « maladie », qui est une Xityik'no^i des fonctions de la vie, \di cellule animale ne fabrique pas certains alcaloïdes ou certaines modifications isomériques des alcaloïdes, telles que, par exemple, la paramorphine par rapport à la morphine? Gomment voulez-vous que l'animal ne puisse pas faire ce que fait le végétal dans des conditions déterminées de sa vitalité troublée?
C'est une hypothèse, me direz-vous.*Non, c'est un fait. M. Pasteur prend une goutte de liquide rabique emprunté à un chien enragé et il l'inocule par trépanation à un lapin. Il donne la rage à ce lapin. Il cherche dans cette goutte de liquide, mais ne trouve pas de microbe.
Dominé par une idée théorique, il a voulu trouver, pour la rage, le vaccin qu'il avait cru trouver pour le charbon et alors, puisqu'il ne pouvait cultiver un microbe insaisissable, il a cultivé le virus rabique dans des oi^ganismes vivants et non plus dans des bouillons morts. Et d'abord chez le singe, dont l'organisme se rapproche de celui de l'homme, il est ainsi arrivé à ce résultat imprévu que le virus rabique s'atténuait en passant de l'organisme du chien dans l'organisme du singe — et on pouvait le prévoir, parce que le singe n'est, pas plus que l'homme^ prédestiné à la rage comme le chien.
Puis il a cultivé le virus rabique primitif dans l'organisme du lapin et il a obtenu ce résultat que, de lapin en lapin, le virus de la rage acquiert une virulence plus grande.
Voilà M. Pasteur en possession d'un virus rabique excessif, le virus rabique lapinien, et il y cherche encore le microbe sans le trouver. Inspiré par les travaux de Duboué, il arrive à localiser le siège de la rage dans le bulbe. Il cherche dans le bulbe et il ne trouve pas davantage le microbe. Pour atténuer alors ce virus excessif lapinien, il prend des moelles fraîches et les place dans des flacons où l'air est sec et à une température de 23 degrés, et voici ce qu'il observe : s'il inocule par trépanation ces moelles fraîches de lapin en les diluant d'une certaine façon dans du bouillon stérilisé, il détermine la rage avec une intensité sans égale. S'il prend la moelle du onzième ou du douzième