CRÉATION DES ALCALOÏDES TOXIQUES
jour, moelle qui s'est desséchée, elle a cessé d'ôlre virulente. Quelle est la différence entre la moelle du onzième jour et la moelle du premier jour? Elles sont semblables au point de vue anatomique, à cela près que, dans la moelle desséchée, il y a le liquide en moins. Et voilà que cette moelle desséchée a cessé d'être vinilente! C'est donc que le liquide était virulent, qu'il contenait quelque chose de dissous et qui s'est volatilisé. Or, que je sache, jamais le microbe ria été volatil: c'est un corps solide. Donc, par celte expérience même, non moins que par ses recherches infructueuses. Pasteur démontre que ce n'est pas le MICROBE qui donne la rage, mais une substance dissoute et jusqu'à un certain point volatile.
Qu'est-ce que cela peut être, sinon un alcaloïde? Et c'est, en effet, à cette conclusion qu'il est arrivé. Par conséquent, ce n'est pas un microbe qui fait la rage; le virus de la rage est essentiellement liquide; c'est donc alors que la ceZ/w/e vivante animale, dans des conditions déterminées, peut modifier assez les liquides ambiants pour y créer un alcaloïde virulent qui est l'alcaloïde de la rage !
Et cela est si vrai que M. Pasteur prend une moelle desséchée, exposée pendant deux jours à une température de 33 degrés, il la délaye, l'inocule et il ne détermine pas d'accident : le virus semble n'exister pas; et cependant, s'il inocule, à quelques mois de distance, une moelle rabique fraîche (qui donne la rage sûrement) à un animal qui aura été préalablement traité par cette moelle desséchée^ la rage n'apparaît pas, au moins, dans les limites de son incubation habituelle. Il y avait, par conséquent, dans cette moelle desséchée et non virulente en apparence, quelque chose qui pouvait servir de vaccin. Ce <; quelque chose » il l'appelle un « vaccin chimique », c'est-à-dire un alcaloïde; de sorte qu'il y a encore une quantité infinitésimale, impondérable, invisible et intangible de cette matière qui imprègne les cellules médullaires et qui peut infecter l'organisme, mais d'une façon inoffensive et préservatrice pendant un certain nombre de jours ou de mois.
Aussi nous tournons toujours autour de la création par l'or- (janismc vivaot d'un alcaloïde qui détermine des accidents et Peter. — Clm, méd. ,„ -j*
qui csl nocir pai' le lait môme de sa constitution propre, mais qui ne préexiste pas dans l'organisme, pas plus que la morphine et les autres alcaloïdes de l'opium ne préexistaient dans la graine de pavot.
Ainsi enfin, après vous avoir signalé la puissance créatrice de la cellule, je vous fais voir la puissance modificatrice des milieux non vivants (bouillons de culture) et des milieux vivants (lapins, singes, etc.). Et voici M. Gamaleïa qui démontre le môme fait! Il prend du virus cholérique, c'est-à-dire je ne sais quelle substance recueillie dans l'intestin de cholériques et qui contient le bacille-virgule de Koch (et il insiste avec raison sur ce fait que Koch, dans ses cultures sur la gélatine ou sur l'agar-agar, a obtenu des colonies du bacille-virgule qui étaient inoffensives, c'est-à-dire qui ne pouvaient pas donner le choléra, sauf une ou deux fois sur de très nombreuses expériences); puis, comme M. Pasteur pour la rage, M. Gamaleïa cultive la substance cholérique, non plus sur des substances mortes, gélatine, agar-agar, mais sur des cobayes d'abord, sur des pigeons ensuite, et il obtient de la culture du bacille-virgule des produits excessivement virulents, c'est-à-dire le virus cholérique à son maximum d'intensité, au sortir de l'organisme d'un pigeon dans lequel on a déposé une gouttelette de culture de virus cholérique. Ainsi, le pigeon fait pour le virus cholérique ce que le lapin fait pour le virus rabique. Ainsi encore, le bacille-virgule pej'd sur la culture de gélatine et gagne dans des cultures organiques vivantes; ce qui prouve, une fois de plus, la toute-puissance de l'organisme vivant pour modifier ou créer et, dans tous les cas, pour renforcer ou atténuer.
Enfin, M. Gamaleïa, s'inspirant toujours de M. Pasteur, a stérilisé ces liquides si virulents en les soumeltant à une température de 143 degrés, de façon à tuer le bacille-coma; il a pris le liquide dans lequel se trouvaient les cadavres des bacillescoma, il l'a inoculé et il a tué par ses inoculations. Il y a, dit-il, dans ce liquide un alcaloïde ou un vaccin chimique analogue à celui de la rage. 11 a pris alors ce liquide et en a inoculé 8 centimètres cubes un jour, 4 centimètres cubes le surlendemain, et il est arrivé à faire tolérer par les organismes vivants la dose