QUATRE-VINGT-HUITIÈME LEÇON
Génération spontanée des maladies et doctrines microbiennes.
Le cancer et ses pseudo-microbes. — Les microbes n'y viennent qu'après. — La cellule cancéreuse engendre la cellule cancéreuse, et naît, elle-même d'elle-même, sans microbe. — Naissance du pus sans streptocoque. — Suppuration produite par des injections d'huile de croton, de térébenthine, etc., dépourvues de tout microcoque et, néanmoins, microcoques dans le pus ainsi produit. — La rage sans microbe.
Messieurs,
Il n'y a pas que des religions d'État — il y a une science d'Étal. La doctrine microbienne est actuellement officielle et orthodoxe, et nul ne peut faire sans elle son salut dans ce monde.
Ce n'est pas pour de tels motifs, mais par esprit de déférence que je voudrais croire ; seulement, il y faut la foi — et je n'ai que ma simple raison, laquelle m'interdit ici toute croyance.
Voici; par exemple, î\ propos du cancer, la dernière des intéressantes communications de mon savant ami Verneuil à l'Institut ; elle me conduit à des conclusions absolument inverses des siennes ; — ses conclusions me paraissent reposer sur ce qu'on appelle une « pétition de principe », en supposant démontré ce qui est précisément en question, à savoir : Vinvasion des tumeurs par les microbes.
Voici ces conclusions :
« \° Le tissu des néoplasmes malins : cancer, sarcome, épithéliome, etc., peut ôtre, à un moment donné, envahi par des microbes divans, dont on ne saurait encore déterminer stiremcnt le nombre ni les espèces;
« 2° Cette invasion (?) dont les causes et le mécanisme sont éga-
lement fort obscurs, peut rester latente (!), mais aussi, dans certains cas, amener, dans l'évolution et la nutrition des tumeurs, des modifications importantes, telles que l'accroissement rapide, le ramollissement et l'ulcération;
« 3° Les microbes ne se rencontrent pas dans tous les genres de néoplasmes ni dans tous les néoplasmes d'un même genre, pas même dans tous les points d'une tumeur envahie cependant ; c'est ainsi qu'on ne les trouve ni dans les lipomes, ni dans les fibromes purs, ni dans les cancers, ni dans les sarcomes commençants, indolents, t\ marche lente et recouverts de téguments sains. En revanche, ils existent à peu près constamment dans les néoplasmes anciens, à marche rapide, ulcérés ou ramollis ;
«4° Ces microbes, outre l'action irritante phlogogène etpyro^ gène qu'ils exercent localement sur le tissu même de la tumeur qu'ils envahissent (?), possèdent d'autres propriétés pathogènes, retentissant sur l'économie tout entière. Ainsi, vraisemblablement (?), ils sont aptes à allumer la fièvre plus ou moins intense et irrégulière, lors même qu'ils sont encore inclus dans une tumeur en voie d'accroissement rapide et de ramollissement (?); sans doute (?) ils jouent un rôle dans l'établissement de la cachexie;
« 6° De plus, lorsque pendant l'ablation d'une tumeur qui les renferme, ils viennent, mélangés aux fluides contenus dans les points ramollis, se répandre dans la plaie opératoire, ils la souillent, l'infectent, et enfin Vinoculenl de manière à provoquer une septicémie parfois mortelle;
« 6° La connaissance de ces faits non seulement plaide en faveur de l'extirpation précoce des néoplasmes malins, si désirable à tous les points de vue, mais encore dicte aux opérateurs certaines mesures préventives pendant et après l'ablation des tumeurs infectées par les microbes (1). »
(La conclusion pratique est qu'il faut opérer de bonne heure les tumeurs malignes; on le savait avant la doctrine microbienne.)
Mais ce qui résulte des termes mômes de celle communicalion, ■ (l) Séance de l'Académie des sciences du 26 août 1889.