GÉNÉRATION SPONTANÉE DES MALADIES
c'est que le microbe vient APRi!:s la formation de la tumeur, LONGTEMPS api'ès («dans les néoplasmes anciens»); qu'il n'y vient pas toujours (« on ne le rencontre ni dans tous les genres de néoplasmes, ni dans tous les néoplasmes d'un môme genre »); qu'il ne vient pas « dans tous les points do la tumeur ».
La conclusion qui s'impose, c'est que le microbe est un produit, un produit d'ÉvoLUXiON (apparaissant tardivement et à un moment donné de la vie de la tumeur) ; un produit contingent (qu'on ne trouve pas toujours ni dans tous les points de la même tumeur, lesquels, tout simplement, ne sont pas arrivés à ce degré qui donne naissance au microbe).
Ainsi, ce néoplasme naît malin de lui-même, tout seul, sans microbes, puisqu'on ne rencontre ceux-ci ni dans les cancers, ni dans les sarcomes commençants.
En conséquence, et rigoureusement, si le cancer commence sans microbe, c'est qu'il n'en a pas besoin, c'est qu'il naît spontanément, par simple déviation organique, déviation qui tient à la nature même du sujet vivant, et qui est certainement moins difficile à comprendre que ne l'est l'invasion hypothétique par les microbes, dont M. Verneuil dit lui-même qu'elle est fort obscure.
De la quatrième conclusion de M. Verneuil, il résulte que le microbe est infectieux par délégation, et que c'est de la sorte qu'il engendre la cachexie.
Ainsi, le cancéreux fait d'abord sa tumeur sans microbe et ensuite sa cachexie avec et par le microbe ; c'est la prédisposition cancéreuse qui lui fait son cancer, puis le microbe qui lui fait sa cachexie cancéreuse; il se passe du microbe pour le cancer et est obligé de s'en servir pour la cachexie!
La chose est difficile à comprendre.
Comme tous les microbiens, M. Verneuil ne démontre pas l'invasion des microbes, il la suppose; alors que, dans sa communication môme, tout révèle la naissance spontanée du microbe, dans la profondeur de la tumeur, à un moment donné de l'évolution totale de cette tumeur, comme de l'évolution totale successive des diverses parties de celle-ci.
Mais la doctrine du parasitisme craque si bien de toutes parts.
que ce sont ses partisans les plus sincères (et précisément parce qu'ils sont sincères) qui fournissent à l'envi les arguments adverses.
Quoi de plus renversant pour cette doctrine que le travail si consciencieux du docteur Rappin, sur le cancer (1)?
Le docteur Rappin commence par dire qu'il a constaté « la présence des microorganismes au sein même des tumeurs cancéreuses (2) ». — « Ces microorganismes sont, le plus souvent, des cocci, des diplococci, analogues à ceux des suppurations, et même des diplococci capsulés, se rapprochant ainsi du pneumocoque de Frânkel (3). »
C'est-à-dire de tout un peu ; mais rien de caractéristique. L « Les cellules qui renferment les raicroorganismes acquièrent I souvent des dimensions énormes ; on pourrait presque les comj parer à des cellules géantes ayant englobé les parasites, et jouant ainsi le rôle de macrophages (4). »
Ici l'auteur suppose deux choses : 1° que les granulations sont 1 des parasites; 2» que les cellules les ont englobées, c'est-à-dire que ces granulations y sont entrées. Or, nous allons voir qu'elles ; en sont sorties.
« Il est des préparations où les microorganismes se montrent , libres; ils flottent alors et forment de véritables nuages oti l'on ' distingue des myriades d'individus dont le nombre est incalculable. Dans ces cas, un assez grand nombre de cellules semblent VIDES et réduites simplement à leur membrane d'enveloppe (5). »
Si elles sont wîWes, c'est que les microorganismes en sont sortis (ce qui est le renversement de la doctrine de la phagocytose) ; I si les microorganismes sont sortis des cellules, c'est qu'ils ont j été engendrés dans les cellules et ne les ont, par conséquent, pas I engendrées.
' Mais, d'autre part, si la théorie de Metschnikoff était vraie, . les cellules géantes ayant dévoré les microbes du cancer, il ne I devrait pas y avoir de cancer; or, c^est justement dans une tu-
(1) Recherches sur l'inoculabilité du cancer. Nantes, 1890.
(2) Ibid., piige S.
(3) Ibid., page 6.
Ci) Ibid.y page 7.
(5) Ibid.
Peter. — C/m, ,„ ,
meur cancéreuse que s'accomplit celte anthropophagie de microbes ! Comprenne qui pourra !
En résumé, M. Rappin, allant à la découverte du microbe du cancer, a trouvé dans des tumeurs cancéreuses, d'une part, des cellules pleines de granulations moléculaires isolées (cocci) ou accouplées (diplococci); et, d'autre part, des cellules vides (ou plutôt vidées). La conclusion, c'est que les cellules ont produit ces granulations ; lesquelles ont été ensuite mises en liberté.
Il est très possible, d'ailleurs, que ces granulations, banales et sans spécificité, nées dans un milieu cancéreux, s'y soient imprégnées du suc cancéreux et soient ainsi devenues capables de transmettre le cancer dont elles sont les colporteurs, mais non pas les facteurs : il faut donc se garer de ces produits morbides ; — c'est ce qu'on savait depuis longtemps.
C'est le 28 novembre 1887 que Scheurlen annonça, à la Société de médecine de Berlin, qu'il avait découvert le microbe du cancer; or, voici qu'à cette occasion .le docteur Rappin souleva une question de priorité, « mais, par une conception étrange, dit le docteur Paul Raymond dans un excellent travail (I), il fait provenir ce microorganisme des cellules ellesmêmes. «Dans toute cellule séparée de son milieu physiologique « ou des conditions normales de son existence, c'est-à-dire ten- « dant à se mortifier, le protoplasma évolue et donne naissance «par sa transformation à certains microorganismes.» C'est revenir aux doctrines de Béchamp (2). Ainsi donc, voici deux expérimentateurs : pour l'un le bacille produit le cancer, pour l'autre ce même bacille n'est plus guun pt^oduit du cancer.
« Ainsi encore, le microorganisme, qu'on avait pu croire un moment spécifique du cancer, échappe à nouveau. Bien plus, ce microorganisme, pour certains auteurs, ne peut pas exister (Franckel). N'est-ce pas à cette conclusion qu'arrive M. Brault dans un excellent mémoire? Ce qu'on peut dire surtout, c'est qu'il n'est pas nécessaire pour expliquer les phénomènes cliniques du cancer. €'esl à cette conclusion quwrioe Virchow dans
(1) Origine épilhéliale et nature parasitaire du cancer {Gazette des hôpitaux, 14 seplembre 1889).
(2) Bécliamp, les jVicrozymas. Paris, J.-B. Baillière, 1883.
une lettre écrite à Spencer Wells, et cette conclusion s'applique aussi bien au bacille qu'aux autres microzoaires qu'on a été tenté de rechercher dans les tumeurs cancéreuses.
« Qu'un bacille qui pénètre dans les tissus y détermine une irritation à la suite de laquelle se manifeste une prolifération cellulaire, voilà qui n'a rien que d'admissible; mais comment expliquer l'infection? Ce bacille pénètre dans toute l'économie; au contact d'une autre cellule, il détermine de nouveau une irritation, d'où tumeur secondaire ; mais alors cette tumeur secondaire doit revêtir le type de la cellule qui prolifère : celle-ci doit végéter comme végétaient les cellules de la tumeur primitive, c'est-à-dire suivant le type auquel elle appartient ; on doit donc trouver dans un cancer qui s'est généralisé à la fois l'épithéliome pavimeuteux, l'épithéliome cylindrique, l'épithéliome glandulaire. Or, ceci n'a jamais lieu : toujours la tumeur secondaire reproduit le type de la tumeur primitive. Si les cellules des glandes de l'intestin ont été les premières à proliférer, on retrouvera dans les ganglions, dans le foie, dans tous les nodules secondaires, l'épithéliome cylindrique de la tumeur mère. Comment expliquer ce fait, sinon par le transport avec le bacille de la totalité ou d'une partie seulement d'une cellule cancéreuse?Si l'on admet dès lors cette embolie cancéreuse, la notion du bacille n'a plus de RAISON u'être; elle n'est plus nécessaire: que le microorganisme existe ou non, peu importe. Les faits s'expliquent alors d'euxmêmes, et c'est à celte conclusion que nous arrivons : une cellule cancéreuse joue ce rôle de microorganisme infectant ; elle pénètre, ce qui est prouvé, soit par la voie lymphatique, soit par la voie veineuse, et dans le point de l'économie oti elle s'arrête, elle donne naissance à une tumeur secondaire de par le fait même de sa tendance à une prolifération excessive, qui n'est pas moins démontrée. En proliférant, que reproduira-t-elle ? Son type môme, assurément, c'est-à-dire le type de la tumeur mère.
« Les faits de contagion, les faits mômes d'inoculation, pour démontrés qu'on les tienne, ne s'expliquent-ils pas ainsi de la façon la plus manifeste ? Est-ce forcer les analogies quand on voit la facilité avec laquelle se reproduit une cellule normale
dans une greffe culanée par exemple, de lui comparer une cellule animée de propriétés pathologiques?
« Cette opinion a, d'ailleurs, été déjà soutenue : on en aura la preuve par celte phrase que nous empruntons en terminant au travail de M. Denucé : « Pour Beale, Odénius, Fortes, l'élément infectieux du cancer est la cellule cancéreuse elle-même. Beale croit que l'inoculation directe de la cellule cancéreuse chez une personne saine peut déterminer l'apparition d'un cancer. 11 admet même la possibilité d'une culture de cellules cancéreuses dans un milieu approprié. Pour Odénius, la cellule cancéreuse est douée de la double propriété de se multiplier à l'infini et de sécréter une substance exerçant sur les tissus animaux une action chimique. Par sa multiplication rapide, elle refoule les tissus voisins et exerce sur eux un effet mécanique. Elle se substitue ainsi aux autres éléments épithéliaux et même aux éléments ou tissus de substance conjonctive. »
Ainsi, le cancer peut naître sans microbe et par déviation trophique de la vie cellulaire ; dans un milieu approprié, Fou peut faire des cultures de cellule cancéreuse.
Or, ce qui est vrai du cancer, l'est également du pus, qui peut naître sans streptocoque.
Voici pour le prouver :
Riedel obtient une suppuration aseptique en injectant du mercure dans le genou d'un lapin. Gohnheim arrive au môme résultat par l'injection d'huile de crolon sous la peau du chien. De môme, Councillmann, par ce procédé ingénieux: la substance (mélange d'huile de coton et d'huile d'olive) est introduite sous la peau dans un tube de verre fermé à ses deux bouts. On brise le verre quand la plaie est cicatrisée. 11 n'y a donc certainement pas eu de microbes, et cependant, on trouve du pus avec l'huile de croton et l'huile d'olive. Ces faits Ont été cpnlirmés par plusieurs expérimentateurs.
Grawitz et de Bary n'admettent pas que, chez le lapin et le cobaye, il se fasse de la suppuration sans microbes. Mais, chez le chien, ils ont produit des abcès aseptiques avec le nitrate d'argent à 5 pour 100, l'ammoniaque, la lérébenthiue. // sewô/e