‹ Leçons de clinique médicale. T. 3Chapitre 45 sur 287 · GÉNÉRATION SPONTANÉE DU PUS · texte numérisé non relu

GÉNÉRATION SPONTANÉE DU PUS

admis que diverses substances sont pyogènes pour tel animal et simplement phlogogènes pour tel autre.

Puis vient un autre groupe de faits de par lesquels les expérimentateurs semblent vouloir démontrer que, si les microbes (injection de cultures) ne déterminent pas toujours de suppuration, ils n'en produisent pas moins ce résultat chez un animal affaibli, ou dont les tissus ont été altérés auparavant par une substance caustique.

La suppuration est encore favorisée par d'autres circonstances : le refroidissement, une embolie, la ligature des artères, etc.

Dans d'autres faits, on a obtenu la suppuration en dehors de la présence des microbes, mais avec les substances phlogogènes sécrétées par ceux-ci. Ainsi Scheurlen étudie l'action de l'extrait stérilisé de viandes pourries qu'il injecte sous la peau. Après quatre ou cinq semaines, il trouve un foyer purulent, limité, ne contenant pas de microbes.

Grawitz a obtenu également de la suppuration sans microbes avec la cadavérine de Brieger (ptomaïne de la putréfaction). Roux et Yersin obtiennent des résultats analogues avec les cultures filtrées des microbes de la diphthérie.

11 faut donc en conclure que les microbes amènent la suppuration, non pas en tant qu'éléments vivants, mais en sécrétant des substances irritantes. Ces travaux nous ramènent aux anciennes idées humorales ; le pus apparaît comme produit par la réaction de l'organisme en présence d'une matière phlogistique : qu'elle soit produite par des substances inorganiques ou des agents animés, qu'elle soit aseptique ou microbienne, la suppuration relève toujours du même processus (1).

Je dois mentionner ici, en raison du grand mérite de l'auteur, des expériences de M. Straus sur des lapins, des cobayes et des rats. Afin de se mettre dans des conditions d'asepsie aussi rigoureuses que possible, il désinfecte la peau oîi doit porter l'injection, en la brûlant avec le thermocautère ; il fait l'injection à l'aide d'une effilure de verre, et brûle de nouveau la peau en sté-

(1) G, Roger, Causes et mécanisme de la suppuration (Gazette hebdomadaire, 1889), — Très bon travail, îi propos duquel il est bon d'ajouter quo l'auteur est très manifestement Favorable aux théories microbiennes.

rilisant ainsi la plaie. M, Strans a injecté de l'essence de térébenthine, de l'huile de croton diluée dans de l'huile d'amandes douces, etc.

Avec l'essence de térébenthine, absence complète d'abcès ; on trouve seulement sous la peau une petite poche remplie d'essence de térébenthine. Mais, dans certains cas, il y a de véritables suppurations^ et alors on constate toujours la présence de micrococcus.

Je fêtai simplement observer qu'en h^ûlant les tissus où il pratiquait ses injections, M. Straus injectait sa substance irritante dans une cavité morte, tuée par lui, où, par conséquent, toute vie ayant cessé, toute suppuration était rendue impossible. Il n'est pas difficile de comprendre au contraire que, dans les cas où il a obtenu de la suppuration, c'est que la mortification des tissus par la brûlure avait été incomplète, et qu'alors ce qui n'avait pas été tué avait, étant irrité, suppuré. Or, puisqu'il y avait des micrococci (et que M. Straus n'avait injecté que de la térébenthine), c'est que ces micrococci étaient nés sur place. — On ne peut échapper à cette conclusion.

Je n'insisterai pas sur la génération spontanée de la rage — au moins sans microbe — M. Pasteur l'ayant en vain cherché, ce microbe de la rage; la seule chose que j'en veuille dire ici, c'est ce qu'en dit M. Roux, disciple de M. Pasteur :

« Quelle est la nature du virus rabique ? — On n'en sait rien. Jamais on n'â pu colorer, mettre en évidence dans les tissus le mi' crobe. Qu'il se cultive dans les centrés nerveux, cela est certain ; mais les diverses recherches faites sur le microorganisme de la ragé sont à rejeter. Nous devons avouer notre ignorance sur ce sujet (I). »

Il est assez curieux qu'on admette comme certaine la « culture dans les centres nerveux « d'un microbe aussi incertain. — C'est tout ce que j'en veux dire aujourd'hui.

(1) La Tribune médicale, septembre 1X89, p. 423.

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