ZOOGLÉE ENGENDRANT LE BACILLE TUBERCULEUX
les recherches si remarquables de MM. Malassez et Vignal.
Ces savants expérimentateurs, en examinant un tubercule cutané, enlevé sur un malade du service de M. le professeur Lannelongue, constatent qu'il ne renferme aucun bacille de Koch.
La substance de ce tubercule est inoculée i\ des cobayes ; ils deviennent tuberculeux; on constate dans les organes lésés la granulation grise, mais pas de bacilles. D'autres animaux sont inoculés avec les mêmes produits, et à la sixième génération subitement appai'aissent les bacilles.
Pendant cinq générations successives, il y a eu une tuberculose non bacillaire, qui, à la génération suivante, devient tout à coup bacillaire.
Pour moi, la conclusion logique, rationnelle et simple de telles expériences, sans aucune espèce d'hypothèse, c'est que des zooglées, c'est-à-dire des « granulations moléculaires », peuvent se transformer tout à coup en « bacilles » ; et cela, évidemment, par les seules forces de l'organisme vivant et réagissant, c'est-à-dire par ce que l'on appelait autrefois la spontanéité morbide.
Par contre, MM. Malassez et Vignal, partisans des doctrines parasitistes, font deux hypothèses pour soutenir cette doctrine, que leurs expériences tendent à infirmer.
Première hypothèse : peut-être leurs liquides virulents contiennent-ils deux germes, celui des zooglées et celui des bacilles de Koch, et il se pourrait que le premier germe se développât d'abord et tuât les animaux avant que le second germe eût eu le temps de se développer.
Deuxième hypothèse : il se pourrait qu'il y eût eu des négligences dans l'expérimentation ; que les zooglées fussent venues obstruer le champ d'observation et cacher aux yeux inattentifs le bacille de Koch.
Ainsi, des observateurs compétents en histologie aiment mieux croire qu'ils se sont trompés dans leurs recherches, que de conclure à la fausseté d'une doctrine que leurs expériences renversent. C'est le comble de l'abnégation et de l'humilité scientifiques.
Il serait si simple, cependant, de conclure comme je le fais de
leurs expériences, et de ne pas imaginer d'hypothèses pour les besoins d'une mauvaise cause.
En réalité, le bacille de Koch est \e-dernie)' terme de l'évolution du tubercule, loin d'être le premier terme et la cause de la tuberculisation ; la preuve en est donnée par la « granulie » : les granulations s'y développent avec une rapidité terrifiante et, si l'on en croit M. Grancher, les bacilles manquent ou sont très rares dans cea jeunes granulations; tandis qu'on trouve surtout les bacilles dans les vieux tubercules et dans les parois des cavernes. Il en serait ici comme du choléra, plus rapidement il tue, moins il y a de bacilles-virgules : le temps aurait manqué pour l'apparition des bacilles ! On ne comprend guère cette cause qui ne viendrait qu'après son effet.
Cette spontanéité dans l'évolution des granulations en bâtonnets, et par la voie expérimentale, nous Talions voir tout à l'heure dans des cas oti l'expérimentation n'est pas intervenue.
Nous avons vu que le bacille de Koch, préparé et coloré par la méthode d'Erlich, se présente sous la forme d'un petit bâtonnet dont la longueur est évaluée à 3 ou 4 [i. et la largeur à 0,3 ou 0,5 V
Moins rigide, moins long que celui de la lèpre, il peut se couder à l'une de ses extrémités et ressembler à un F majuscule; il peut encore, beaucoup plus rarement, se contourner en forme d'S.
On a trouvé dans les lésions de la lèpre un bacille rectiligne, comme celui de la tuberculose, et à peu de chose près, complètement semblable à ce dernier. Comme lui, il se colore parles solutions à base d'aniline, mais il est un peu plus rigide et un peu plus long.
Il y a quelque temps, Lustgarten (de Vienne) a cru trouver, dans des lésions syphilitiques, le bacille de la syphilis et, peu de temps après, MM. Leloir et Babès ont décrit le même bâtonnet qu'ils avaient observé sur des chancres indurés et sur plusieurs plaques muqueuses. Chose étrange 1 ce bacille de la syphilis est droit, comme ceux de la tuberculose et de la lèpre, et il a les mômes réactions colorantes; peut-être est-il plus facilement attaqué par l'acide nitrique et par l'alcool. Soit, je le veux bien,