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SÉROSITÉ ENGENDRANT LE BACILLE TUBERCULEUX

l'aspiration, et avec toutes les précautions antiseptiques d'usage. Les mômes précautions minutieuses ont été prises lorsqu'il s'est agi des inoculations. Gelles-ci ont toujours été pratiquées sur des cochons d'Inde et de la manière suivante: on injectait 3 centimètres cubes environ du liquide dans la cavité péritonéale à l'aide d'une simple ponction faite à la paroi abdominale avec l'aiguille d'une seringue de Pravaz.

Les liquides injectés ont été soit séreux^ soit séro-fiùrïnettx, soit purulents.

Sur les vingt-trois inoculations, quatre n'ont pas donné de résultat, les animaux étant morts trop rapidement. Neuf ont été négatives, c'est-à-dire qu'à l'autopsie, pratiquée trois et quatre mois après l'inoculation, on n'a pas rencontré de lésions tuberculeuses. Dix enfin ont donné un résultat positif, c'est-à-dire qu'à l'autopsie on a constamment trouvé le foie, la rate et les poumons, farcis de granulations grises et jaunes ou infiltrés de nappes grises et jaunes.

Dans ces lésions, les expérimentateurs ont cherché avec soin le bacille de Koch et l'ont toujours trouvé.

D'ailleurs, les autres caractères histologiques du tubercule, en particulier la présence de follicules tuberculeux très abondants, surtout dans les ganglions lymphatiques, n'ont fait défaut dans aucun de ces cas.

En résumé, à la suite de ces 23 inoculations, il y a eu 4 fois mort rapide des animaux (expériences nuUeS) ^ 9 fois absence de lésions tuberculeuses — 10 fois lésions tuberculeuses, c'est" à-dire que dans plus de la moitié des cas un liquide séreux, simplement inflammatoire, a été capable de faire engendrer le tubercule par un cobaye.

Il est certain que l'inoculation d'eau pure n'aurait pas eu cet effet ; ce qui revient à dire : « ce qui est malsain, est malsain, » vérité évidente de soi.

Le paralogisme des bactériologistes est celui-ci : «Pour savoir si, dans un liquide morbide où nous ne trouvons pas le bacille, le germe de ce bacille préexiste, nous allons faire des cultures sur un animal vivant; et, si le bacille apparaît, c'est que ce bacille ou ses germes y préexistaient. » Or, qui ne voit que c'est

l'animal vivant qui a fabriqué le bacille avec les éléments morbides qu'on lui a inoculés et qu'il a Iransfurmés ? Voilà ce que prouvent toutes ces expériences pour qui sait voir avec les yeux de la logique et non de la bactériologie ; — ce qui n'est pas la môme chose.

Le but pratique, idéal, serait d'empêcher la naissance du tubercule et du bacille colporteur de ce qui fait le tubercule. Gela, on le peut, et chez celui qui était prédisposé à la tuberculose comme le scrofuleux, et chez celui qui peut se tuberculiser par toutes les causes que j'ai dites (1), et chez celui qui est déjà tuberculeux à un degré peu avancé encore et qu'on traite rationnellement (2).

Maintenant un but non moins idéal, ce serait, le tubercule étant réalisé, d'empêcher la pullulation du bacille colporteur. Jusqu'ici on a essayé d'en entraver le développement par des moyens indirects (meilleure alimentation aérienne et alimentaire, révulsifs, etc.). Y arrivera-t-on par des moyens directement dirigés contre le bacille et agissant sur lui?

Je le désire plus que je ne l'espère.

La microbie nous a donné déjà tant de mécomptes. ). Sans parler des inhalations d'acide fluorhydrique avec lesquelles on espérait tuer le bacille et guérir les phtbisiques; sans parler de la respiration de l'air surchauffé, qui devait réaliser les mêmes bienfaits ; sans parler des injections sous-cutanées d'eucalyptus, de guayacol, de créosote, etc., nous devons rappeler qu'on avait cru trouver dans le tannin un préservatif de la tuberculose.

On donnait à des lapins cette substance à haute dose pendant quelque temps, puis on inoculait le bacille de la tuberculose à ces animaux, et le bacille de la phthisio ne se développait pas.

On pouvait croire qu'on avait découvert le moyen préservatif delà phthisie; mais lorsqu'on a expérimenté le tannin à haute

(1) Voir, tome 11 de mes Leçons de clinique médicale (leçons xxxviu îi XLv), Comment on se tuberculisc.

(-2) Voir tome 11, le(;on lxii et passim.

QUE l'homme n'est PAS UN COBAYE. 69

dose sur les tuberculeux, cette substance n'a nullement guéri les phthisiques, et ne s'est, par conséquent, pas opposée au progrès du mal, à la puUulalion des microbes.

Aura-t-on semblable déception avec la lymphe du docteur Koch? L'avenir seul nous l'apprendra (1).

On n'en est plus à compter les déceptions éprouvées quand on a voulu appliquer à l'homme malade les expériences faites dans le laboratoire sur des animaux ; c'est ici le cas de rappeler ce que dit Koch lui-même, et précisément à propos de l'application à l'homme de son prétendu médicament, à la suite de l'expérimentation de celui-ci chez les animaux :

« Quant à l'action du remède sur l'homme, nous avons observé, dès le commencement, que l'homme réagit contre cet agent d'une manière importante et facile à constater, mais tout autrement que le cobaye, l'animal choisi pour ces expériences. C'est une constatation nouvelle de cette règle importante dont l'expérimentateur ne peut jamais trop tenir compte, à savoir que Von ne peut pas des résultais des expériences faites chez l'animal conclure à des effets identiques chez l'homme.

« En effet, nous avons constaté une réaction bien plus sensible chez l'homme contre le remède, que ce n'était le cas chez le cobaye. On peut faire à un cobaye indemne une injection souscutanée de 2 centimètres cubes du liquide non dilué et même une plus forte encore, sans que l'animal présente quelque symptôme perceptible. Chez l'homme sain, une injection souscutanée de 25 centigrammes du liquide non dilué suffit pour produire une action considérable. En rapportant ces chiffres au poids du corps (1/1500), on trouve que la proportion qui n'a pas d'action visible sur le cobaye suffit pour produire chez l'homme une action énergique (2) » . — C'est-à-dire, en bon français, que la même lymphe a sur l'homme une action quinze cents fois plus forte que sur le cobaye! Allez donc, après cela, conclure du cobaye à l'homme I

Les qualités éventuelles de la bactérie (ou microbe) sont si

(1) Voir plus loin, page 73, combien mes réserves étaient prophétiques.

(2) Nouvelle communication sur un traitement de la tuberculose, par le professeur R. Koch, in Semaine médicale, 15 novembre 1890.

Peter. — Clin. mêd. ,,, :••

bien des qualités de milieu ou d'emprunt, que la bactérie peut les perdre en changeant de milieu : c'est ce que M. Pasteur a démontré. Qu'est, en effet, la bactérie inoffensive sortant de son n'ème bouillon? Elle était cependant sortie charbonneuse du corps d'un animal atteint du charbon ; elle s'est donc dépouillée progressivement de ses qualités d'emprunt en passant dans des bouillons successifs, puisqu'elle finit par sortir inerte du de ces bouillons. Et néanmoins, c'est toujours, morphologiquement, la même bactérie ; qualitativement, ce n'est plus la même : le milieu l'a modifiée !

C'est qu'en nous tout est synergique et adéquat, les solides comme les liquides, les granulations comme les humeurs; de telle façon que ce qui sort d'un individu sain est inoffensif pour un individu de même espèce, tandis que ce qui sort d'un individu malade peut être malfaisant pour autrui.

En effet, jusqu'ici je ne vous ai parlé que des solides, nous allons voir le rôle possible des liquides.

Des recherches retentissantes sur deux redoutables malaiiies ont porté aux doctrines parasitistes et microbiennes un coup aussi fatal qu'inattendu. Je veux parler des recherches sur le choléra et la rage.

On sait que M. Pasteur, en envoyant en Egypte quatre de ses élèves choisis, avait pour but formel, explicite et exclusif, la u recherche du microbe du choléra », et que son but ultérieur était « l'atténuation du virus cholérique » .

Cette atténuation, un médecin espagnol, le docteur Ferran, croit l'avoir réalisée, on sait avec quel insuccès.

On sait aussi quelle a été l'issue de la mission Pasteur en Égypte ; on connaît ses illusions. Elle prit pour un microbe pathogène de simples plaquettes du sang.

On sait encore que le savant allemand crut avoir découvert ce microbe dans la personne du bacille-virgule.

On sait enfln que, par de justes représailles, les savants français ont démontré au savant allemand que son bacille-virgule prétendu cholérigène : 1° pouvait ne pas exister dans les cas de choléra foudroyant, c'est-à-dire dans ceux où, par hypothèse, il aurait dù se trouver en formidable quantité: 2" que c'était un

VIRULENCE PAR PTOMAINES. 71

microbe banal, puisqu'on pouvait le trouver partout, voire même, le professeur Straus l'a fait voir, dans le liquide leucorrhéique ! !

On sait, par surcroît, qu'alors le docteur Koch n'a plus invoqué d'autre argument scientifique que la sécrétion d'une ptomaïne, par son microbe-virgule.

D'où cette conséquence, que la ptomaïne devrait être d'autant plus abondante que le nombre des bacilles-virgules est plus considérable. Mais quand on ne trouve pas ce microbe, d'oîi vient la ptomaïne ? Koch peut répondre que si l'on n'a pas vu son microbe, c'est qu'on n'a pas su le chercher. Mais n'en avoir pas trouvé, prouve au moins (quand il s'agit d'observateurs expérimentés) que les microbes étaient bien peu nombreux; ce qui revient à dire que la ptomaïne est d'autant plus abondante dans les cas foudroyants que les microbes y sont en plus petit nombre : ce qui revient à proclamer une absurdité.

Une autre conséquencejnattendue de la nouvelle doctrine de Koch, c'est que ce ne sont pas les solides, mais les liquides qui sont virulents dans le choléra, puisque c'est la ptomaïne soluble dans le sérum du sang, c'est-à-dire une dissolution de ptomaïne qui entraine les accidents cholériques.

Or, l'observation rigoureuse, non moins que les analogies morbides (ainsi l'intoxication par l'arsenic ou le tartre stibié, qui provoquent des accidents semblables à ceux du choléra indien), démontre que le choléra est un empoisonnement ; un empoisonnement par un alcaloïde animal, alcaloïde susceptible de se développer spontanément dans l'organisme vivant, par le fait de modifications peut-être isomériques, — indépendamment de l'action d'un microbe qui peut ne pas exister dans l'intestin du cholérique et qui, au contraire, peut se rencontrer dans le vagin d'une femme atteinte de leucorrhée, laquelle, de ce fait, devrait être infectée de ptomaïne, avoir le choléra, et n'a ni choléra, ni ptomaïne.

Ainsi, et comme conclusion dernière, la doctrine de Koch, solidiste en principe, aboutirait à une théorie humorale. Mais nous venons de voir que cette doctrine conduit à conclure en dernière analyse au développement d'une ptomaïne cholérique par un acte de la spontanéité morbide de l'organisme.

Il en est ainsi delà rage ; on sait que, dans l'hypothèse pastorienne, il doit y avoir un microbe rabique ;;or, ce microbe, on l'a cherché, mais en vain : d'abord, dans la salive, on en a trop trouvé, aucun n'était le bon microbe; on l'a cherché ensuite dans le système nerveux,Ion n'en a pas trouvé; mais si l'on n'y a pas vu de microbes, on a aperçu des granulations et l'on s'en est contenté.

Or, ces granulations sont des produits morbides, que Gliige a décrits, il y a déjà longtemps, et qui sont contenus dans des corps granuleux que l'on trouve dans toute myélite, dès sa première période. La régression graisseuse des tissus a pour résultat la mise en liberté des granulations moléculaires qui constituaient ces tissus. Ces granulations provenant d'une moelle atteinte d'inflammation simple sont évidemment impuissantes à donner la rage, mais il en sera tout autrement si elles proviennent de la moelle d'un animal rabique.

Dans sa communication à l'Académie de médecine, M. Pasteur nous a appris que, pour atténuer la virulence, non pas d'un virus, mais d'une moelle malade, il faut [dessécher cette moelle.

Ici encore une hypothèse parasitiste, et, par conséquent, solidiste, aboutit à une doctrine ^Mmo?'a/e, c'est-à-dire à la négation du parasitisme. En effet, comment agit M. Pasteur pour atténuer la virulence? Il dessèche des moelles considérées comme rabiques. Il prend une moelle d'un jour, elle est très virulente. Par le tâtonnement on arrive à un «ième jour oîi cette moelle a perdu sa virulence en même temps que la dessiccation lui faisait perdre son liquide. La virulence disparaît ainsi peu à peu de la moelle au point de s'éteindre tout à fait, suivant les propres paroles de M. Pasteur.

Quelle différence y a-t-il donc entre une moelle rabique sèche et une moelle rabique fraîche? La différence du liquide en moins; par conséquent, si une moelle rabique sèche a cessé d'être virulente, elle a cessé de l'être par la perte de son liquide ; c'est donc le liquide qui était virulent.

Dans ces moelles considérées comme rabiques, M. Pasteur n'a découvert aucun microbe; mais il y a constaté, disons-nous, des granulations extrêmement petites et très nombreuses, et il

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