LA CELLULE EST CRÉATRICE
de 1' «urine rud'imenlaire », et c'est la cellule épitliéliale striée des iubuli contorti qui achève la sélection et fait 1' « urine définitive M, ainsi que le professeur Kuss l'a très bien démontré.
Cela dit, voyons ce qui sapasse dans certaines conditions physiologiques qui confinent à la pathologie et dans certaines autres conditions éminemment pathologiques. Prenons comme exemples la grossesse pour le premier cas et la scarlatine pour le second. Il n'est pas douteux (c'est surtout évident chez les individus qui meurent dans la période aiguë de la scarlatine avec de l'albuminurie scarlatineuse), il n'est pas douteux qu'il y a là une glomérulite et une inflammation, non pas seulement des glomérules, mais des tubuli contorti, c'est-à-dire de cet ensemble qui constitue la substance corticale du rein. En effet, par l'examen microscopique et même à l'œil nu, on constate, d'une part, une énorme congestion des glomérules et des tubuLi contorti^ en un mot de toute la substance corticale, et, d'autre part, une sorte d'œdèrae aigu de l'ensemble du rein, qui est augmenté de volume.
Voilà ce que nous apprend l'autopsie d'un rein frappé de « congestion » et, disons mieux, si la maladie a persisté, d'à inflammation aiguë » : c'est la néphtnte parenchymaieuse de la scarlatine. Alors, vous ne trouvez pas seulement de la glomérulite et de la néphrite corticale, c'est-à-dire de l'inflammation avec hyperhémie violente des points non encore enflammés, mais vous constatez un très grand désordre anatomique.il y a une infiltration dans l'intérieur des glomérules, et, en outre, fait des plus graves, vous ne découvrez plus dans l'intérieur des tubuli contorti qu'un épithélium absolument dégénéré. Au lieu d'ôtre strié, il est granuleux, granulo-graisseux, trouble, infiltré, démoli. Et il n'y a pas seulement dans les tubuli contorti et recii cet épithélium démoli, dépavé, desquamé, entraîné, il y a des globules blancs et des globules rouges, il y a de l'albumine, il y a aussi de la fibrine; et tout cela constitue un magma qui roule de proche en proche des lubuli contorti aux tubuli recti, et de ceux-ci au sommet des pyramides de Malpighi.
Vous savez que Ton peut considérer la capsule de Bowmann comme étant le commencement des tubuli coniwti, de sorte que PETm.—- Clin, méd, ni. —6
ceux-ci sont la continuation de la capsule de Bowmann, et les lubuli recii la continuation des Lubuli contorti. Alors, dans les tubiUi recti, vous trouvez l'épilhéliuin desquamé, mêlé à des globules rouges et blancs, à de l'albumine, etc., le tout constituant ce qu'on a appelé les « cylindres granuleux », « granulo-graisseux», «hyalins.» Vous pouvez donc concevoir par la pensée que la congestion énorme qui commence par les glomérules (partie la plus vasculaire de l'appareil rénal) donne naissance à une sorte de déluge, de torrent qui emporte avec lui tout ce qu'il rencontre sur son passage, et c'est ainsi que les cellules épithéliales striées, d'abord inûltrées, puis gonflées, puis dépavées, sont entraînées sous forme de cylindres granuleux.
Ce qu''il y a d'intéressant, c'est la glomérulite, et surtout la CONGESTION qui l'engendre. Une pression considérable s'opérant dans les glomérules, il n'y a pas extravasation seulement de la partie aqueuse du sérum, ainsi que des sels (phosphates, carbonates, urates), ainsi que de l'urée, etc., en un mot, des principes tenus en suspension dans l'urine, mais il y a extravasation des globules rouges et blancs du sang. Dans toutes les autopsies, vous voyez mentionné ce fait, dont on ne tire pas suffisamment parti suivant moi. Or, puisque ces corpuscules solides sont extravasés, à plus forte raison un liquide pourra-t-il l'être. Il y a donc aussi el nécessairement extravasation du sérum en nature, de sorte que j'en reviens toujours à ce que j'ai dit primitivement : « Ce n'est pas de l'albuminurie, mais de la sérumurie qui en résulte», c'est-à-dire qu'il y a perte du sérum en totalité et de toutes ses qualités de nutrition ultérieure ; car s'il est vrai que les globules rouges jouent un rôle actif dans nos fonctions vitales, il n'est pas moins vrai que le sérum est le liquide vecteur de ce qu'il y a de nutritif dans le sang, et, s'il s'extravase, ce n'est pas seulement de l'albumine que perd le malade, mais tout ce que le sérum porte en lui de vivifiant. Le mot de « sérumurie » est donc bien plus compréhensif et plus exact que celui d'albuminurie.
Mais il n'y a pas seulement sérumurie, il y a dégradation du rein. Cette pression énorme qui e.Kisle dans le glomérule produit une sorte d'inondation qui entraîne avec elle l'épithélium sécréteur des lubuli contorti. Sans doute, le glomérule joue un rôle
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dans la sécrétion rénale, il la commence, mais c'est l'épilhélium strié qui la finit.
Si donc la cellule striée est malade ou détruite, la sélection rénale se trouble ou cesse.
Le rôle du médecin est donc d'empêcher l'inondation de se faire dans les tuùuli contorti et d'en entraîner les cellules épithéliales sélectrices. Or, tant que la congestion reste congestion, tant qu'on peut espérer que le désordre anatomique n'est pas considérable, on peut supposer que, la congestion disparue, le rein reprendra ses fonctions.
Gela est vrai dans la majorité des cas de scarlatine, que je prends comme type de congestion rénale sérumurique ; mais, si la congestion persiste, elle entraîne des désordres nécessairement plus intenses et alors elle devient phlegmasie, la néphrite parenchymateuse aiguë est constituée. Donc, enfin, pour conjurer le désastre, intervenez ici d'une façon active et suffisamment énergique.
Si vous laissez le mal persister, vous laissez la phlegmasie aiguë devenir chronique, comme vous avez laissé la congestion aiguë devenir phlegmasie, et le désastre est alors à peu près irréparable, ce qui se conçoit, 11 n'y a pas désordre seulement dans les iubuli contorti, mais dans les glomérules de Malpighi. ],e tissu conjonctif péri-vasculaire, la capsule de Bowmann elle-même, s'infiltrent de cellules de mauvaise formation ; le tissu conjonctif s'épaissit, les anses vasculaires sont comprimées par cet épaississement du tissu conjonctif, qui peu à peu se rétracte ; d'autre part, les cellules des lubuli contorti ont cessé d'être des cellules striées, propres, spécifiques et sagaces, c'est désormais un épithélium granuleux, absolument impropre à la sécrétion, et, progressivement, vous voyez à la rougeur d'autrefois succéder une certaine pâleur définitive du tissu. Ainsi se produit la décoloration, l'anémie de la substance corticale qui précède l'anémie de la substance tubuleuse. De sorte que l'hyperhémie a engendré la phlegmasie et celle-ci a provoqué, d'une part, la dégénérescence de l'épithélium et la substitution à l'épithélium spécifique d'un épithélium inapte à la fonction ; et
provoqué, d'autre part, une anémie définitive : le rein malade est alors devenu le « gros rein blanc » : « gros » parce qu'il est œdémateux, « blanc » parce qu'il est anémique, et « impropre à la fonction » parce qu'il n'a plus de cellules striées, sélectrices de la sécrétion urinaire.
Tout cela est fécond en enseignements, car il est avéré qu'à l'autopsie de certaines femmes qui meurent brightiques, six, buit ou dix mois après leur grossesse, vous trouvez un gros rein blanc ; car il est évident que la femme, qui a commencé par être grosse, était bien portante au moment où elle a conçu; car il est non moins évident qu'il y a là congestion rénale par le fait même de la «pléthore gravidique». Ici, comme dans la néphrite scarlalineuse aiguë (les autopsies le démontrent), tout a commencé par l'byperbémie, sans grand désordre encore, puis ultérieurement surviennent les désastres anatomiques que je vous ai dits. Il faut donc empêcher de tels malheurs chez la femme enceinte ; il faut intervenir — et c'est le rôle nécessaire, absolu, social du médecin — il faut intervenir pour empêcher la congestion rénale chez cette femme enceinte, la même congestion chez ce scarlatineux, de devenir de la phlegmasie, c'està-dire de la néphrite parenchymateuse aiguë ; et intervenir encore pour empêcher celle-ci de devenir chronique et absolument mortelle.
Par conséquent, vous le voyez, ce qu'il y a d'intéressant, c'est de se reporter au point de départ, c'est de penser à l'épithélium strié. Yous ne pouvez rien sur cet épithélium, il n'a ni nerfs ni vaisseaux. Tout à l'heure, je vous parlais de la cellule cérébrale. Comment fonctionne-t-elle? Elle non plus n'a ni nerfs ni vaisseaux ; elle fonctionne proprio motu. Il en est de même pour l'épilhélium strié du rein qui, sans nerfs, sans vaisseaux propres, tout seul et par sa force intime, fait ce quelque chose de surprenant, qui est l'urine. Voilà donc des cellules qui sont en apparence soustraites à l'action médicale : nous ne pouvons rien sur elles, mais nous pouvons quelque chose par l'intermédiaii'e du grand sympathique sur les artères rénales, sur les artérioles, qui sont animées par des filets du grand sympathique, et ici le mot est admirablement vrai. Donc, si vous êtes en pré-