DOTHIÉNENTÉRIE ET FIÈVRE A RECHUTE
lorze heures par jour. Il ne mange jamais avant midi, et alors un bon repas. Second et dernier repas le soir à H heures.
Depuis un mois, le malade avait quitté son patron à la suite d'un coup de tête. Ayant dépensé toutes ses économies, il a été oblige de coucher dehors pendant trois jours, du 27 au 30 novembre. Il n'a presque rien mangé pendant ces trois jours. Dans la nuit du vendredi 29 au samedi 30 novembre, il a été pris d'un violent frisson en même temps que d'une céphalalgie intense. Il est resté six jours malade chez sa sœur; puis, voyant que son état s'aggravait, il est venu consulter à l'hôpital.
6 décembre. Le malade est couché sur le dos dans un état de stupeur très prononcé. Il répond assez difficilement aux questions qu'on lui pose. II n'a jamais eu d'épistaxis ni de vomissements. Langue sèche, trémulante. Rien dans la gorge. Anorexie absolue ; soif intense. Douleur assez vive à la pression dans la fosse iliaque droite. Diarrhée. Le malade va trois ou quatre fois à la selle par jour; couleur des matières : ocre jaune. Ventre légèrement ballonné. Foie peu volumineux. Rate peu volumineuse. Pas de taches rosées. Pas de délire, mais insomnie persistante. Céphalalgie assez vive. Rien aux poumons, ni à la percussion ni à l'auscultation. Rien au cœur. Pas d'albumine dans les urines.
Traitement : limonade vineuse ; sulfate de quinine, SO centigrammes ; potion de Todd. Un verre d'eau de SecJIitz; lait et potages.
7 décembre. Langue bonne. Toujours diarrhée, ocre jaune. Céphalalgie. Insomnie. Il existe deux ou trois taches rosées lenticulaires sur V abdomen ;ymivQ, un peu plus ballonné. Même traitement.
8 décembre. Le malade est toujours dans le même état. Pouls presque normal. Langue bonne. Taches rosées assez ixombreu^es sur l'abdomen et dans le dos. La diarrhée persiste ; ventre légèrement ballonné.
9 et 10 décembre, La maladie suit son cours et ne présente rien d'anormal. Le malade a un peu dormi.
11 et 12 décembre. Le malade se trouve bien. La céphalalgie a presque complètement disparu.
\'i décembre. La température tombe brusquement de 40», 6
à 33°, 4; c'est-à-dire de l'énorme chiffre de cinq degrés deux dixièmes (flg. 4). Le malade n'a pas eu d'hémorrhagie intestinale, ou du moins n'a pas rendu de sang dans ses matières. On lui donne un lavement glycériné. Les matières sont ocre jaune,
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Fig. h.
mais ne renferment pas de sang. Le malade ne se plaint d'aucune douleur et se trouve même assez bien. L'auscultation du cœur et des poumons ne révèle rien. Nombreuses taches rosées.
14 décembre. Le malade a passé une bonne nuit. Température et pouls un peu remontés, 37°, 6 et 82 pulsations. Ventre légèrement ballonné.
15 décembre. Le malade se plaint de tousser depuis hier. A l'auscullalion, on entend quelques râles muqueux à droite, des râles sibilants et ronflants des deux côtés en arrière. L'auscultation du cœur ne révèle rien. Le malade a bien dormi. Il a beaucoup moins de céphalalgie.
16 décembre. La température remonte à 38°, 4 le malin et à 39°, 2 le soir. Les taches rosées ont disparu.
Il y a eu ainsi une rémission de deux jours, et une détente de deux jours, ainsi qu'on peut le voir sur la courbe.
Le 17 décembre, la température du matin est à 37°, 8 ] puis elle tombe à 37 degrés, pour y rester.
Voici, d'autre part, les principaux symptômes que nous avons relevés chez nos Annamites malades :
1° Au numéro 28 de la salle Laënnec (service de clinique), se trouvait un homme de vingtquatre ans, atteint de fièvre, en butte à des épistaxis répétées, offrant une stupeur assez marquée, une langue saburrale, tremblante, une anorexie complète, une constipation absolue. Les conjonctives avaient
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Fig. 5.
une teinte ictérique manifeste ; on trouvait, dans les urines une grande quantité de^ pigments biliaires et des traces d'albumine. Le foie était congestionné et présentait une matité verticale de 15 centimètres. La rate était grosse. Les régions hépatique et splénique étaient douloureuses à la pression. Au bout de cinq jours, la température tombait brusquement de trois degrés (fig. S), mais le malade conservait encore de l'ictère, se plaignait de courbature et ne se remettait que d'une façon traînante.
2° Le numéro 29 de la salle Laënnec nous présentait, dans le même temps, des phénomènes analogues : fièvre, épistaxis répé-
Petkr. — C/m. méd.
tées, congestion du foie et do la rate, pigments biliaires dans les urines, constipation. Môme chute brusque de la température, convalescence traînante.
En môme temps, mon ami le professeur Dieulafoy, numéro 22
de la salle Vernois, observait un malade semblable et notait un état typhoïde très caractérisé, de l'albuminurie, de la constipation, une fièvre qui s'éteignit brusquement le troisième jour, mais laissa après elle une courbature généralisée et un état de malaise qui se prolongèrent pendant un temps assez long. Mais cinq jours après sa sortie, il rentrait dans mon service avec une température de 38°, 6, restait deux jours entre 39°, 5 et 40°, 6, puis tombait brusquementà36°,2, remontaità36°,5, retombait à 36°,2, pour rester enfin ^'^e- c. aux alentours de 36 degrés (fig. 6) .
4° Mômes phénomènes chez le numéro 23 de la salle Vernois. Épistaxis répétées et assez abondantes pour avoir nécessité une intervention. Guérison apparente le 6 mai; rechute le 17, et nouvelle rechute le 27, ainsi qu'on le voit sur la courbe (fig. 7).
5° Le numéro 27 de la même salle a été tout à fait remarquable par un délire furieux qui a duré toute une nuit. Guérison apparente le 7 mai, puis rechute également le 17 (fig. 8).
6° Enfin un autre Tonkinois eut aussi une rechute pour laquelle il entra chez nous le 18 ; rechute qui dura deux jours (fig. 9,p-
Vous vous souvenez, messieurs, que dès l'abord, on voyant ces malades, l'idée de fièvre typhoïde vint à l'esprit de quelquesuns, mais j'écartais ce diagnostic et vous disais : « Nous sommes en présence d'un état typhoïde, mais il n'y a pas de fièvre typhoïde. Nous avons probablement aUaire à une fièvre de fatigue et tous les phénomènes morbides disparaîtront par le repos sans
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que nous ayons besoin d'intervenir. » Et j'appuyais mon opinion sur les faits suivants :
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Fig. 7.
Ces Tonkinois, embarqués au nombre d'une centaine sur un
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10 II 12 13 |l^ 15 16 17 18 19 20 21 22
Fig. 8.
paquebot qui contenait quinze cents passagers, avaient été placés ou troisième classe et privés à la fois d'espace et d'air. Ils avaient
dû supporter les fatigues occasionnées par le mal de mer, par un genre de vie tout à fait nouveau pour eux et avaient été soumis aux privations et au changement d'alimentation. Fatigues excessives, changement de nourriture, encombrement, tout était là pour expliquer les symptômes que je regardais comme devant être rapportés à la « fièvre de surmenage ».
Je ne sais rien de plus intéressant sur ce point que le rapport officiel du docteur Delaunay relatif aux Tonkinois; il est rédigé
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Fig. 9.
sans parti pris doctrinal et relate les faits, ne croyant avoir eu affaire qu'à une fièvre typhoïde (opinion partagée par la plupart des médecins français).
Voici le passage : « La plupart des indigènes arrivèrent à Paris en parfaite santé, et la traversée qu'ils venaient d'effectuer ne paraissait pas les avoir fatigués outre mesure. Il faut en excepter, pourtant, le premier convoi d'Annamites, arrivé au commencement de mai. Sur un ensemble de 108 indigènes, coolies et ouvriers, il n'y avait pas moins de 12 malades forl sérieusement atteints et dont l'état nous inspira dès l'abord une véritable inquiétude. Quinze coolies plus malades encore — s'il est possible — avaient été, au moment du débarquement, regardés