TYPHUS DES ARMÉES. 1S
l'obsorvation pure et simple des faits) ; Murchison les signale aussi.
Vous comprenez maintenant comment la fièvre de surmenage, véritable typhus ébauché dans nos villes, peut devenir le typhus vrai dans les armées. Pringle a décrit les épidémies de typhus qui frappèrent une partie de l'armée anglaise en 1745, ainsi que les conditions qui engendrèrent ce typhus :
(( Vers la fin de la campagne de 1745, dit-il, trois bataillons des gardes à pied et sept autres s'embarquèrent en Hollande ; ils abordèrent au sud de l'Angleterre. La traversée fut courte, et ces troupes arrivèrent en parfaite santé.
(( Le reste de l'infanterie, ayant campé plus longtemps, s'embarqua lorsque la saison était déjà avancée, et les vents contraires ayant retenu ces soldats en mer, ils débarquèrent malades à "Newcastle, à Holy-Island et à Berwick; or, pendant la traversée, plusieurs furent attaqués de fièvres rémittentes, qui, par le grand nombre de personnes et par Cair corrompu et renfo^mé du fond de la cale, se tournèrent bien vite en /îèyre de prison (le typhus), et devinrent contagieuses. »
Ce n'est pas tout : vous allez voir le typhus se propager dans les localités oii débarquèrent les soldats.
« On choisit à Newcastle un certain nombre de maisons pour les malades qui y abordèrent. Comme on mit aussi dans ces mêmes maisons ceux qui se trouvèrent mal à l'armée du maréchal Wade, ils furent si serrés, que l'air se corrompit en peu de temps. La fièvre devint si contagieuse, que la plupart des gardesmalades et de ceux qui prirent soin de cet hôpital en furent attaqués; trois apothicaires de cette ville, quatre de leurs apprentis et deux garçons en moururent.
« Les régiments de Ligonier et de Price abordèrent à Holy- Island. Ayant laissé leurs malades à Anvers, ils s'embarquèrent en parfaite santé; mais lorsqu'ils arrivèrent, ils se trouvèrent dans un état aussi fâcheux que ceux qui étaient à Newcastle: L'on n'avait point prévu ce désastre, et il se fit sentir dans le temps qu'on était dépourvu de tout. On tira des vaisseaux quatre-vingt-dix-sept soldats attaqués de la fièvre de prison ; quarante en moururent.
« L'infecUon s'étant répandue dans l'île, elle emporta cinquante personnes en quelques semaines, ce qui fait un sixième des habitants de ce petit pays. La môme fièvre fut portée à Berwick, par les soldats qui débarquèrent ; mais les malades étant en plus petit nombre, la maladie ne fit pas de progrès (i).>.
Ainsi donc, traversée rapide, rien ; traversée avec vent contraire et encombrement sur les navires, typhus ; typhus qui se répand aux alentours des endroits où sont parqués les malades. Et rappelez-vous bien ceci : c'est que les meilleurs séjours pour les malades étaient les vastes granges et les églises ; là où les typhiques sont accumulés dans les chaumières, ils meurent; là où ils ont l'air à discrétion, ils guérissent. « Donc, pour de tels maladies, ajoute judicieusement Pringle, l'air vaut encore mieux que la chaleur. »
On sait que je prêche d'exemple et que je fais largement ventiler mes salles d'hôpital ; on sait également ce que j'ai dit de l'utilité de l'air frais et pur aux tuberculeux (2) et ce que semblent ignorer les auteurs de communications académiques récentes.
A cent ans de distance, en Crimée, en 4856, on observa, dans les mêmes conditions, les mêmes désastres.
0 Après un séjour prolongé dans la boue des tranchées, dit le docteur Jacquot, après les factions, les travaux, les corvées, les marches dans les champs profondément défoncés, après avoir été mouillés par la pluie et la neige, les soldats grelottant et manquant le plus souvent d'effets de rechange, s'entassent sous les tentes et les huttes, allument, s'ils peuvent, quelque maigre feu, et ferment hermétiquement toutes les ouvertures, avec une persévérance et une insistance contre lesquelles échouent les conseils les plus pressants et les mesures les plus sévères. L'extrême malpropreté des hommes, les haleines fétides, la fumée du tabac, l'évaporation de l'eau qui trempe les vêtements, tout se réunit pour empester ces bouges étroits. Là est le typhus. Au dehors est la congélation poussée souvent jusqu'au sphacèle complet
(1) Pringle, Maladies des armées, 1750. (J'ai clioisi Pringle, observateur exquis, parce que, écrivant en 1750, il le faisait l'esprit dégagé de toute idée microbienne.)
(3) Voir t. II, leçon xxxix, p. 58 et suiv.