LE SPIRILLE DE LA FIÈVRE A RECHUTE
des pieds. Le danger se montre partout, mais le pire est au dedans.
« L'encombrement est généraL Dans les ambulances, strictement calculées à 200 ou 400 bommes, on en accumule le double et parfois le triple.
« Aussi les ambulances et les hôpitaux deviennent-ils d'actifs foyers, non seulement de contagion, mais aussi de fabrication. Sur les navires qui transportent les malades, même encombrement.
<f Sans discernement, sans humanité, on a embarqué, malgré les plus vives instances des médecins, un nombre de malades toujours double de celui que les bâtiments de l'État pouvaient contenir.
a Le typhus s'est développé à bord de ces navires, et a sévi cruellement sur l'équipage. »
Au contraire, et comme preuve inverse, l'armée anglaise de Crimée, moins nombreuse, mieux nourrie, mieux logée, et qui ne connut pas l'encombrement, n'eut pas le typhus.
Aussi, le docteur Jacquot dit-il avec raison : u Ce n'est point LA GUERRE, mais Xq?, hommes qui la dbigent qui ont fait le typhus. »
En Grimée, il y eut d'autres facteurs : à l'encombrement étaient venues se joindre la fatigue excessive et une alimentation insuffisante, d'oîi : 1» typhus intime, spontané, par autotyphisation, typhus fabriqué par l'organisme même de ces surmenés faméliques; et Snyphus communiqué par hétérotyphisation chez ces encombrés.
Toutes ces causes ne sont-elles pas suffisantes pour créer le typhus; est-il nécessaire d'invoquer un germe spécial venu de je ne sais où? On a dit que tout soldat français emportait dans son sac le bâton de maréchal de France ; y emporterait-il donc aussi le « bâtonnet» du typhus ? Il serait puéril de le croire et inexact de le dire. Pour moi, je n'hésite pas à le professer : le soldat se fait à lui-même son typhus, il se le fait et sur place.
Dans la guerre de 1870, les conditions hygiéniques furent meilleures pour nos troupes; elles curent de mauvais pain, de mauvaise viande, mais il n'y eut pas, à vrai dire, de famine; il n'y eut pas davantage d'encombrement, et partant pas de ty-
phus. Donc, épreuve en Crimée, contre-épreuve en France : la démonslralion est complète.
(3n a dit, et cela n'a pas lieu de nous étonner, que la fièvre à rechute était engendrée par un microbe, une spirobactério, décrite pour la première fois par Obermeyer et étudiée par Virchow. Ces observateurs l'ont trouvée dans le sang, qui renfermerait une spirobactérie pour deux globules rouges.
Les spirilles apparaissent avec les premières manifestations fébriles et disparaissent bientôt après l'acmé ; ils sont plus nombreux pendant l'attaque d'invasion que dans les attaques ultérieures. Dans la deuxième rechute, ils sont déjà rares; dans les troisième et quatrième, ils peuvent faire défaut.
Ainsi, la présence des spirilles n'est pas constante. Lewis affirme n'avoir rencontré le parasite que 5 fois sur 23 malades examinés, et ses recherches ont été faites pendant l'épidémie de Bombay, dont Carter fut l'historien (1).
Et, d'ailleurs, on n'est pas parvenu à différencier les spirilles des schizomycètos absolument inoffensifs qu'on rencontre dans l'eau et le mucus buccal à l'état normal. (La bouche, nouvelle boîte de Pandore, renferme la cause de tous nos maux, depuis le pneumocoque de la pneumonie jusqu'aux spirilles de la fièvre à rechute.) Et, d'ailleurs, comment leur accorder une action spécifique quand on constate leur absence chez un grand nombre de malades, « sans cependant que les symptômes soient moins graves^ dans ce cas, que dans celui où les spirilles sont le plus abondants». (Lewis.)
Ce qu'on peut en conclure alors, c'est qu'ils n'ont pas encore paru : ils ne sont pas encore nés* Et il en est ainsi pour certains cas foudroyants de choléra : le bacille*virgule y fait défaut. (Straus.)
Je le répète, à la seconde rechute les spirilles sont rares ; à la troisième et surtout à la quatrième rechute, ils peuvent manquer, et cependant il y a de la fièvre! Moi, je crois que le spirille vient après et qu'il est engendré par la fièvre. M. Ciu'ter, lui, prétend que s'il n'y a pas de spirille, il y a ses germes. Cela doit ôtre.
(1) Corro, TtaM des fièvres tiiliettses et tyi>hi(jues des pays cfiauiis, 1883.